• Lundi 02 janvier 2012 à 18 h 10
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Je suis en train. Pas entrain de manger ou entrain de repeindre un tractopelle. Non, vraiment en train. Avec de vrais rails et des chemins de fer.

De façon périodique, je prends le train. Pas n’importe quel train, le TER n° 17718 en provenance de Marseille St-Charles et en direction de Lyon Part-Dieu. Bien sûr, seulement que je pars d’Avignon. Quand je pars de Lyon, ça doit en être un autre, va savoir, je suis pas Mme SNCF. Je connais pas tous les trains personnellement.

Toutefois, la dernière fois, un drame s’est produit. Alors que, comme à l’accoutumée, j’étais en retard pour la gare, je me suis égaré dans les dédales de ma conscience, confondant les lettres, les chiffres, les horaires et les couleurs.

13h23 : J’ai mon train à 13h26, je n’ai pas pris mon billet.

13h25 : Comment dire, je crois que c’est ça qu’on appelle l’apocalypse. Plus qu’une minute avant mon train. Je regarde en vitesse les affichages, cherchant frénétiquement comme un colombien en quête de poudreuse le salvateur « Marseille St Charles » clignotant sur le tableau d’affichage. Dans un sursaut de bonheur humide au niveau au niveau de l’entrejambe, je l’aperçois : Voie H. Départ imminent.

13h25 et 32 secondes (car je suis très rapide) : Je suis sur la voie. « Madame, dîtes-moi, vous qui dans votre resplendissante beauté aérienne connait de ce monde tous les mystères enfouis, c’est le train pour Marseille St Charles ? ». Après avoir répondu dans son infinie sagesse et son immense mansuétude « Ouais ouais, c’est ça, mais là je suis pressée quoi alors zut », je rentre.

13h 29 : Départ du train.

13h 31 : « Monsieur, je crois que vous êtes à ma place ». Hm ? Pris de surprise et tétanisé à l’idée de devoir déplacer le bordel qui en deux minutes avait amplement eu le temps de s’éparpiller, composé essentiellement de physique et de mathématiques (car je suis en maths sup, ouais, tu m’as compris !), j’accepte cependant la sentence fatale et me décide à déplacer l’amas de muscles qui constituent mon corps d’athlète (car je suis en maths sup, ouais, tu m’… en fait, oubliez) d’un geste fluide et souple.

13h 33 : L’effort m’a asséché la trachée et un sentiment assoiffé habite désormais l’étroit habitacle des muqueuses de ma gorge. Je demande s’il est possible de se rafraîchir dans ce train, avec toutefois la conscience de l’homme moderne qui vit avec son temps et qui sait bien que dans le TER, l’eau est aussi rare que les A offerts à la Grèce par Standard & Poor’s. Pourtant, alors que je m’apprêtais à me résigner, la larme à l’oeil et la détresse au coeur (et deux e dans l’o que WordPress ne veut pas faire),on me conseille le bar situé à l’extrémité du wagon.

13h 35 : Je paye 4€ ma Vittel et je pleure, rêvant d’avoir une hache/tronçonneuse/moissonneuse-batteuse/kalachnikov/stérilet de Geneviève de Fontenay — rayez la mention inutile.

13 h 36 : Je suis de retour à ma place.

13 h 36 bis : Il y a des TGV magazines sur les tablettes de gens. What the fuck ?!

13 h 38 : « Le TGV n° 53645 en provenance de Marseille St Charles ».

13 h 39 : Ah.

13 h 40 : Putain.

13 h 41 : « Allô Maman ? »

13 h 42 : « Oui bon, ça arrive à tout le monde »

13 h 43 :  » TGV et TER, CA COMMENCE PAREIL ! ».

13 h 48 : Après une conversation agitée me conseillant de ne pas me faire contrôler, le contrôleur passe. « Alors, vous allez rire, mais je crois que je me suis trompé ». « Ah oui, vous êtes trompé. Et là, c’est pas la deuxième classe ».

13 h 49 : Yeah baby, j’me suis fait contrôler dans le mauvais train en première classe.

Bref. Finalement, j’ai payé que 10€ d’amende parce que ma carte bleue est pourrie donc ils acceptent pas et puis le contrôleur était sympa, lui (pas comme vous, bande d’ingrats).

Sinon, là, je suis dans le bon train, et c’est plus long. Je me surprends à rêver d’îlots, d’archipels et de soleil opaque. De sable fin, de gravier chaud, de vagues s’échouant au crépuscule sur les rochers endormis de la rive rafraîchie. Mais rien n’y fait. Seul un TER penché, une oppressante promiscuité qui ne me permet même pas de regarder Brazil, ou Pulp Fiction (prévus spécialement pour l’occasion) à cause de cet oubli idiot de casque. Donc je me coltine avec l’aide inconsciente de mon voisin des épisodes de Dexter en accéléré (car il les regarde en accéléré, oui, en ACCÉLÉRÉ) que j’ai déjà vu.

D’ailleurs, ce final. Mon-Dieu. Terrible. D’ailleurs son « Oh god » est juste génial.

Bref. J’ai pris le train (et là je complexe car il y a des tonnes de mathématiciens qui travaillent alors que moi je vous raconte mes satanés conneries ferroviaires qui n’intéressent personne).

• Samedi 12 novembre 2011 à 16 h 16
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Je suis allé faire les courses. Quand tu fais les courses en prépa, tu as toujours cette impression de commettre un acte de dissidence, parce que tu prends du temps pour faire autre chose que des maths (hérésie s’il en est une. Quand on a du temps libre, on fait des maths, on ne doit pas s’adonner aux autres considérations. Manger ? POURQUOI FAIRE ? C’EST PAS ÇA QUI ME FERA INTÉGRER HEIN !).

Et comme j’étais parti dans une opposition politique digne des plus forts engagements de M. Keen’V, qui est à la culture ce que l’insecticide est à la faune invertébrée, je me suis dis que j’allais venir ici, et que j’allais vous raconter dans ma vie dans l’espoir de quelque reconnaissance.

J’ai donc fait mes courses, pour me préparer à manger.

14h 20 : Je rentre dans la cuisine.

14h 56 : J’explique sur ce blog que je ne mange qu’à 14h 20 parce que je me suis levé tard ce matin, j’ai raté la cantine, et du coup je suis allé faire les courses tard, mais ne chipotons pas, je vous en prie. En plus, ça n’intéresse personne, donc parlons de choses qui intéressent le monde entier :

14h 21 : Qu’est-ce que je vais faire à manger ? Merguez, chili, saucisses, steaks, oeufs ?

14h 21 et 31 secondes : Merguez et  oeufs.

14h 21 et 32 secondes : Merde, j’ai pas d’huile. J’ai pas de beurre non plus. Idée : « Est-ce que ma poêle est non adhésive, comme la poêle en pierre du télé-achat dans laquelle tu peux faire des oeufs sans aucune matière grasse et que même après ça accroche pas ? ». Réponse : « Non ». « Merde ».

14h 21 et 33 secondes : « Je suis en prépa ». Qu’à cela ne tienne, les merguez, c’est gras, je vais faire mes merguez d’abord, et ENSUITE, je mettrai mes oeufs dans la poêle, utilisant de cette façon la graisse des merguez.

14h 22 : Je mets dans la poubelle un des oeufs que j’ai cassé en route parce que je suis très doué et que la caissière m’a bousculé et qu’il fallait aller vite parce que les gens derrière me regardaient et que j’étais au téléphone et que ça faisait « bip bip BIP BIP » et que les articles s’entassaient devant moi et que j’essayais de sortir un sac de mon sac à dos (et que j’ai commencé à écrire « j’essayaient » mais je suis fatigué et même que hier j’ai donné ma clé d’internat à la vie scolaire à la place de la clé de la salle de musique et que je m’en suis rendu compte que devant ma porte « Zut, c’est pas ma clé ça » et même que quand je suis redescendu je lui ai dit « Je suis fatigué » et qu’il m’a répondu « Hein ? » et que je lui ai dit « Vous avez l’air fatigué aussi » et qu’on a ri all night long jusqu’à au moins 20h 30) puis que je lui ai donné ma carte Simply Market avec écrit « Happy » dessus et que je me suis dit « Mon Dieu, ce qu’ils me connaissent mal ». Bref, j’ai jeté un oeuf à la poubelle.

14h 25 : C’était très intelligent le coup des merguez. C’est très gras, donc taupin : 1 – huile : 0. Mais c’est très gras donc taupin : 0 – Peinture de la cuisine refaite : 1. Si on vous demande, vous n’avez rien vu.

14h 26 : J’enlève les merguez, je mets les oeufs.

14h 26 et 12 secondes : Je mets la moitié du deuxième oeuf à côté de la poêle en le cassant.

14h 26 et 14 secondes : Psssccchhht.

14 h 26 et 16 secondes : Position du penseur, regarde par la fenêtre et songe à sauter sur la voie ferré (PS : la voie ferrée est juste à côté de l’internat, c’est ça l’humour. On dirait qu’on nous dit : « On sait que vous êtes en prépa, on a pensé à tout. Regardez : y’a même un train à suicides à côté »).

14h 30 : Où sont passé mes oeufs ? Pourquoi c’est tout rouge ?

14h 31 : Ah oui. Ils sont là.

14h 33 : Hé hé. I WON AGAINST THE KITCHEN.

14h 40 : Je nettoie la cuisine parce que maintenant elle est crade.

15h 10 : Je conclue cet article.

15h 17 : Je fais des maths.

• Mercredi 26 octobre 2011 à 22 h 10
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Samedi matin. 8h. Cela faisait pratiquement quarante minutes que j’étais levé, et j’avais à peine eu le temps de boire mon café avant de descendre de ma chambre pour rejoindre la salle. Quatre heures plus tard : démonstrations ratés, problèmes éludés et désespoirs angoissants.

- T’as réussi ?

- J’ai passé une demi-heure à rien faire, me disant que je n’avais pas ma place ici. Plus réfléchi à l’existence qu’au problème de Monsieur Connes. J’ai failli pleurer. Je sais pas pourquoi je m’en suis abstenu.

- Moi aussi. C’était horrible. Entre 10h 30 et 11h 30, j’étais amorphe. Impossible d’aligner correctement deux quantificateurs. Tu lis la question. Tu commences. Tu n’arrives pas. Tu admets le résultat.

- Puis tu passes à la question d’après. Tu commences. Tu n’arrives pas. Tu admets le résultat.

- Et tu laisses des blancs, dans l’espoir d’y revenir après.

- Sauf qu’après, t’es plus dans l’exo, et tu y arrives pas plus.

- Et au final, t’as cinq copies doubles à la structure lacunaire. Atomique. Qu’en penserait Rutherford ?

- Il serait pas très fier de nous.

- Ça non…

Samedi midi. Tu te casses au self, la correction de 14 pages à la main. Tu la lis. Tu te dis « putain, mais ça j’aurais pu le faire, pourquoi je l’ai pas fait ? », « mais quel con, je me suis planté dans le calcul, toute ma deuxième partie est fausse », « oh merde, cos(2π/5) c’est positif. Mon exercice 2 est faux, alors que j’avais juste dans le raisonnement. Si seulement on avait le droit aux calculatrices… ».

- Tu manges pas ?

- Pas faim. T’as fait  juste ça ?

- Ouais.

- Et ça ?

- Faut pas abuser.

Samedi après-midi. Tu ranges ta correction. Comme tous les samedis après-midi, tu pars au casino à 20 mètres du lycée, ou au Simply Market si t’as du courage (il faudrait d’ailleurs que tu actives ta carte de fidélité, qui s’appelle « Happy ». Genre t’es happy le samedi après-midi. Y’a qu’à la fac que tu peux être happy le samedi après-midi. A la fac ou à la caisse du Simply Market, parce qu’en tant que caissière, tu ne réfléchis pas, tu ne connais pas la théorie des ensemble ou la théorie de la réaction prépondérante. Tu regardes passer les gens chaque jour, ceux qui ont un peu plus raté leur vie que toi, et ceux qui indéniablement la réussiront mieux). Tu restes planté une demi-heure devant le rayon des bonbecs. Tu observes les prix. Tu t’en fous, c’est une soudaine mélancolie. Tu prends un paquet, t’arrives à la caisse.

C’est pas celui que tu voulais, tu vas le reposer. Tu regardes le rayon, astreint à un silence morbide, le visage creux et le regard vide. Tu reprends le même. Tu t’empares d’un paquet de chips qui traîne par là. Tu rentres. Tu regardes pas le type de la loge, tu récupères ta carte d’internat. Tu croises d’autres internes qui se cassent à l’ENS regarder des expériences de physique. T’as pas le courage de sortir, d’aller à l’ENS. T’iras jamais à l’ENS ? Peut-être pas.

- Non, je vais bosser.

Tu vas bosser. T’ouvres ton classeur immonde, plus lourd que l’ensemble de tous tes cours depuis la sixième. Tu mets Gainsbourg en fond sonore. « Dans son regard absent et son iris absinthe ».

Tu ris. « Toutes les femmes sont à prendre. Enfin, y’en a qui peuvent attendre ».

Tu t’y mets, un peu. Tu manges des chips, ça craque. Tu mets en route ta machine à café. Tu fiches, tu fiches, tu fiches. Pourquoi la dérivée de sinθ c’est ωsinθ ? Puis tu comprends. Tu débutes. T’as pas l’habitude.

Ton téléphone sonne.

- Tu viens à la patinoire ?

- Je sais pas, je me tâte.

- Tâte-toi vite, on attend plus que toi.

- J’arrive.

On m’avait pas dit rendez-vous devant le lycée.

On part à la patinoire, qu’il est déjà lundi.

Lundi, tu penses à samedi prochain. Quels bonbons vas-tu donc acheter, cette fois ?

• Dimanche 23 octobre 2011 à 10 h 05
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Oh. My. God.

Suicide Social – Orelsan (The best EVER)

• Vendredi 16 septembre 2011 à 21 h 24
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En fait, c’est trop con, mais il semblerait que j’ai un accent et que « je parle par le nez de temps en temps ». Est-ce que vous y croyez ? Moi je n’y crois pas. Et je ne suis pas non plus en train de croire que je suis sur le point de vous raconter mes âneries alors que j’ai un DS de maths demain – un samedi matin, à 8h, OUI – sur tout un tas de trucs trigonométriques et complexes (mais c’est de la bonne, pas des complexes « quelle est la forme exponentielle de 1 + i ? »).
Dans ma petite bourgade du sud, quand on essaie de qualifier un objet dont la teinte se rapproche de celle du mimosa, on dit jaune. Jaune, avec un peu le fond de la gorge. « Jauuune ». Ici, on dit « jône ». Avec la bouche ouverte en rond, un ô qui plonge dans les abimes. « Jôôôône ». Et c’est laid, non ? On entend même pas les cigales chanter. Et c’est ça pour tous les « o, au » de la langue. Et ceux qui ont un accent circonflexe sur le ô, ça descend sous le cap fatidique de l’audible. « Nôôôôôôtre » au ralenti. C’est ri-di-cu-le. Mais je suis en infériorité numérique, et la majorité a toujours raison, donc maintenant je suis contraint de dire « jône », et j’ai l’impression d’être ridicule.
Mais il me semble que le pire dans tout ça ne soit pas tellement les divergences multiples sur les qualifications linguistiques de prononciations diverses, mais les considérations cantinières du midi. Autant on fait tous des maths de façon plutôt pas mal, autant parfois, on tombe dans des bassesses de sujets de discussion qui font pâlir la philosophie des textes de Zaz. Et on retombe dans le débat « Pot d’eau ou pot-à-eau ? ».
Que ceux qui disent  « pot-à-eau » mettent un commentaire pour me témoigner leur infini soutien. Moi, je dis pot-à-eau, et c’est beaucoup plus logique. Mes détracteurs arguent, de leur côté, qu’on ne dit pas « pot-à-lait » ou « pot-à-café », et ils ont raison, mais il faut voir la magie du pot-à-eau d’une façon différente.
Quand on dit « pot-à-eau », on désigne le contenant. C’est un pot avant tout, un pot qui est supposé contenir un peu d’eau, sinon tu te lèves parce que t’as soif et tu traverses le self pour le remplir. Un pot-à-eau, c’est avant tout la forme du truc, la carafe dans sa structure (et pas le pichet, parce que l’accent re-rentre en jeu à coup de « pichaiiis » ou « pichê »). Le pot d’eau, lui, c’est différent. Le pot d’eau, c’est avant tout un machin qui contient quoi ? De l’eau.
D’ailleurs, l’année dernière, nos parrains ont eu un sujet de maths où il fallait démontrer la formule de Machin. Machin, c’est un mathématicien qui a trouvé une formule INUTILE, mais il a un nom tellement rigolo que tous les profs de maths doivent vouloir la mettre dans leurs contrôles. La « formule de Machin ». C’est trop lol. C’est mon rêve de dire un jour « Et là, on utilise la formule de bidule, pardon, de Machin ».
Je reviens au sujet. Un pot d’eau, c’est quelque chose qui contient de l’eau. Et si le pot il est vide ? C’est plus un pot d’eau. C’est un pot de VIDE. « – Passe le pot d’eau – Il est cher vide (« cher truc » : expression lyonnaise qui pue). – Ah. Passe-moi le pot de vide alors ». C’est ridicule. Et s’il est rempli de café ? Le pot d’eau = fail sémantique. C’est pas un pot d’eau, c’est un pot de café.
Et là, pot-à-eau vous casse la gueule à tous, parce qu’il résout en deux temps trois mouvements (n’importe quelle équation différentielle avec la transformée de Laplace) le problème du pot d’eau. Petit un : s’il est vide, peu importe, c’est un pot-à-eau qui a juste besoin qu’on le remplisse. Petit deux : c’est du café ? C’est implicitement souligné dans la formulation qu’un pot-à-eau n’est pas forcément à eau, mais que c’est conseillé pour plus de facilité dans l’usage. Petit trois : la réponse D. Petit quatre : là, j’ai mis Desproges, me demande plus de trop réfléchir.
La prochaine fois, nous démontrerons la supériorité des passages piétons en Provence.

• Samedi 10 septembre 2011 à 13 h 04
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Dire qu’on a pas le temps de faire un truc est un mensonge éhonté qui ne devrait pas exister. On a toujours le temps de faire ce qu’on aime, et surtout on le trouve toujours. Non, en vrai, c’est juste que j’ai plus internet et que, de ce fait, l’écriture d’articles se retrouve dans une position difficile par rapport à ma volonté seule.

Donc. Vous le savez peut-être pour un peu que vous m’ayez lu ces derniers mois, je suis en prépa maths au lycée du Parc (HX4 power !). Ces quelques lignes seront donc destinées à répondre à mes proches qui n’ont pas de nouvelles parce que je ne les aime pas en vrai (mais un peu de temps en temps) et à ceux qui seraient possiblement intéressés par la vie en prépa. Il y aura de toute manière d’autres articles par la suite, je ne vous oublierai pas. Bref, la rentrée pour les internes était dimanche, ça fait donc même pas une semaine que je suis là mais j’ai l’impression que ça fait dix ans.

Le premier soir, déjà, il pleuvait. Et le premier soir, c’est la soirée d’intégration (qu’on n’appelle plus bizutage parce que maintenant c’est interdit et que le proviseur a bien dit que le ministre ferait une déclaration si un grand lycée comme ici subissait des bavures, ACHTUNG !). On s’est donc retrouvés dans le parc d’à-côté ¬– un parc genre génial – mais sous la pluie, où on a dû s’asseoir, et où ensuite on a dû traverser la ville et demander aux gens une signature sur un papier avec écrit dessus « Les taupins sont trop sexy ». Les taupins c’est nous, les scientifiques, ceux qui dominent le monde pour l’heure et pour la fin des temps (pas comme les BCPST (la concurrence entre filières est rude, mais on ne le pense pas (par contre, si vous entendez « HEC enculés ! », c’est normal (c’est la faute aux A/L ça encore) ) ). L’encre était baveuse, va signer sur un papier trempé un dimanche soir à plus de dix heure où y’a plus personne à part un dernier kébab encore ouvert. Bon. On a quand même eu une quinzaine de signatures, ce qui est franchement PAS MAL.

D’un côté (à partir du lundi), il y a les cours, et une vie sociale que l’on néglige quand on en parle. Mais la prépa est un espace de grands malades mentaux où les vacances (c’est pas moi qui le dit, c’est les deuxièmes années), c’est les moments de libres où on a le temps de faire des maths. Sauf que là, on s’éclate tous à faire des maths. Si c’est votre truc et que vous hésitez, n’hésitez plus. Vous passerez votre journée sur des triples sommes, des quantificateurs et des qualifications d’espace pour les complexes. On a écrit trente pages de maths, mais c’est jouissif. C’est le passage du lycée, où la pratique des mathématiques est une tare, à la prépa où cette même pratique est un loisir. Du coup, tu t’amuses sur les DMs qu’on te file tout en travaillant. Ce qui est assez énorme.

Les premières années sont les bizuts, c’est comme ça, même si ça devrait plus se dire. Mais c’est loin du bizutage violent que chacun a pu entendre. On est lié aux deuxièmes années qui nous parrainent et qui sont d’un sympa juste incroyable (dont la plupart en MP* ont un an d’avance et sont pour certains plus jeunes que toi), on peut avoir des discussions juste fascinantes sur un tas de sujet qu’on devait ruminer tout seul entre les murs du lycée faute d’interlocuteur, et la moyenne de la classe – avec les notes de terminales – tournent à 18. Les « Ouais, j’ai eu que 19 en maths, T’IMAGINES, PUTE DE SPÉ QUOI ! » sont légions. Et les mêmes notes en philo également. De premier pour presque tous, on peut facilement se retrouver 46e. Et surtout, on rencontre de ces esprits qui n’existent qu’en rêves. Des gens capables de réflexion d’une vivacité hors du commun, des gens qui t’expliquent un truc quand c’est toi qui a toujours tout expliqué, des gens qui prennent autant leur pied que toi à faire des maths, des gens qui parlent maths autour d’un verre de téquila et qui cherchent le moyen le plus efficace pour manger de la bonne bouffe chez soi (à base de grand-mère, d’enfant, de petits enfants, de mariage grabataire et autres afin d’optimiser les chances de faire un truc bon à partir de deux trucs dégueus en soi). Ce qui n’est pas un mensonge, je vous jure.

Jouis-sif. Pas d’autre mots. Je crois que j’ai jamais été autant à ma place qu’ici. À tous ceux qui pensent que la prépa est un tue la vie maintenant, je leur dirai que c’est faux faux faux. C’est surprenant, mais pour le moment, on est un bon groupe à avoir l’impression de se connaitre depuis la maternelle. On est ensemble à la cafét’, on boit du café, on fait les DMs ensemble jusqu’à 9h le soir, on sort au parc, on va se promener, on met en commun des connaissances, et au final on se retrouve avec un noyau dur d’amis qu’on peut pas éclater. Et on en a le temps. Parce que c’est du boulot, mais du boulot qui plait et qui de fait rend les choses beaucoup plus palpitantes.

Après, y’a aussi les choses comme le 2h de maths, 2h de physique, puis 2h de maths le mercredi. Avec le prof de physique qui rogne sur la récré où qui peut vous dire « En fait, je vous garde jusqu’à dix-huit heure aujourd’hui, c’est bon ? ». Impensable au lycée. Les jours n’existent plus. Seul le week-end sépare les semaines les unes des autres. Jouis-sif. J’arrive pas vraiment à mettre des mots sur l’ambiance. Y’a pas la concurrence – chez moi du moins, je vais essayer de pas parler au nom d’HIV ou de Louis le Grand – qu’il peut y avoir dans les plus grandes prépas (les deux meilleures prépas scientifiques devant le Parc en fait). C’est carrément un esprit d’entraide et un esprit, même s’il est dans la compétition pour trouver en premier la solution, qui entraine vers le haut ceux qui ne font pas les liens ou qui les font ailleurs. Chacun a son talent et son intuition à apporter au groupe.

Enfin, ça parle concours. Là, je décroche. Qu’est-ce que j’en sais moi ce que je veux faire comme concours ? J’ai fait prépa parce que les maths ça m’amuse. Mais l’X (polytechnique pour les néophytes), l’ENS, Centrale ou les Mines reviennent. Il n’y a que celles-ci au sortir d’une école comme celle-là. D’ailleurs, je suis en 831, qu’on appelle aussi HX4, soit Hypo X (optimistes), mais va savoir quoi choisir. C’est sans doute ça le plus dur.

Et en plus, on fait sport quand on veut lalalalaire. On peut y aller trois fois par semaine et pas pendant un mois. C’est archi-libre, et ça permet de décompresser un peu pour s’arrêter de faire des maths pendant un quart d’heure (il ne faut pas abuser des bonnes choses).

Si j’avais pour l’instant un conseil à donner aux indécis qui font des maths, qui aiment ça parce que c’est aussi esthétique que l’Art, qui en font parce que la réflexion et l’imagination sont stimulées et stimulantes, n’hésitez plus une seconde : partez en prépa. C’est un autre monde, et c’est un monde magique.

• Vendredi 02 septembre 2011 à 11 h 56
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En fait, ceci est peut-être un article. Tout dépendra de la tournure que prendront les choses au fur et à mesure que là, assis comme un imbécile devant mon laptop, je vois clignoter dans ma tête les lumières de l’inspiration. Parfait.

Depuis quelques temps, je note dans mon téléphone des idées qui me viennent pour ne pas les oublier, qu’elles soient drôles, philosophiques, littéraires ou sans intérêt. C’est, disons, dans la possibilité d’une éventuelle ré-utilisation, sur ce blog ou quand j’irai chez Ruquier et que je battrai le record de Tsamère (qui a vraiment choisi un pseudo… peu importe, vous avez raison). Le truc c’est que souvent, quand ces idées me viennent, je suis peu en position de rédiger quelque chose de conséquent. Entendez que ça m’arrive quand je suis en train de m’endormir et que la dernière chose que j’ai envie de faire c’est de pondre cinquante mille mots sur mon clavier de téléphone. J’ai commencé à écrire donc sur mon mur, mais APPAREMMENT, il faut pas. C’est ma mère qui le dit. Elle a peut-être raison. Et en plus, cette méthode a un problème : il faut un crayon. Et tous mes crayons ne cessent de disparaître. Et va trouver un crayon dans le noir, quand tu t’endors, sans allumer la lumière.

Mais comme je vous aime et que je veux partager avec vous mes idées subtiles et pleines de joies, je note sur mon téléphone même quand c’est l’heure de dormir. Ou quand je suis en train de courir, poursuivi par des gobelins, ou quand je chevauche un dragon. Je fais pas un dessin, vous comprenez le topo.

Et finalement, vous allez me dire : Pourquoi n’a-t-il toujours pas énoncé la moindre idée ? Tout simplement parce qu’elles sont trop bien pour que je les partage. Non, je plaisante. Mais il fallait cette introduction pour bien comprendre le contexte. Ainsi, hier, en les relisant tranquillement pour passer le temps, je suis tombé là-dessus :

Exploitation homme jambon

Ça, c’est moi qui l’ai écrit. Mais alors, va deviner ce que je voulais dire… C’est comme ça, sur fond jaune et entre des rayures marrons pour les lignes (mon logiciel de notes pour Androïd est très sophistiqué). Peut-être simplement que l’homme est un jambon, dans sa perspective d’exploitation ? Non, sans doute pas. Je sais pas pourquoi, mais je sens que ça a un rapport avec le musulman moyen. Ça me ressemble bien. On a déjà l’idée pour le jambon. Cherchons pour Exploitation homme maintenant.

Ces mots sont-ils des entités disparates, sans rapport les unes avec les autres ? Ou bien faut-il les relier ensemble de la manière suivante par exemple : « Exploitation (de l’) homme » – « par le jambon ? ». Ou alors « Exploitation » – « (de l’) homme jambon » ? Mais que pourrait bien être un homme jambon ? Une métaphore de l’inconscient ou de la décadence humaine ? L’homme est-il en train de devenir un porc, exploité par les multinationales et la Chine ? Probablement pas.

Alors que peut bien signifier ce « Exploitation homme jambon » ? Voilà maintenant trois jours et trois nuits que j’erre dans des dédales sans fin, couverts de suie et de sang caillé sur le sol sans trouver la moindre solution. Comme une âme en peine, le dos courbé, j’avance sans savoir où je vais, n’attendant que de tomber sur un Minotaure qui me dévorera ou sur une Ariane qui par ses magies vénusiennes me fera oublier cette étrange interrogation qui s’offre à moi dans sa robe d’épines pointurlututu.

Exploitation homme jambon

En gros, on voit mieux. Ce serait quelque chose comme :

« Aujourd’hui, c’est le début du Ramadan. Mahmoud, jeune garçon issue d’une famille bourgeoise du XVIe arrondissement de Paris, enfile son costume trois pièces, sa cravate, et pose sur sa tête un chapeau léger pour protéger son front délicatement basané de la trop vive lumière du soleil. Dehors, les oiseaux chantent et on égorge des cochons pour en faire du jambon. Cette seule perspective suffit à Mahmoud pour vomir sur le carrelage le caviar de la veille, avec les truffes confites. « — Anita, cria Mahmoud, Anita, venez par ici ! Anita, mettez-moi donc ceci au frais pour ce soir je vous prie, dit-il en pointant du doigt les mets succulents à peine entamés par les sucs gastriques. — Ce sera tout Monsieur ? — Cessez de m’exploiter, Anita ! Je ne suis pas un cochon ! — Mais Monsieur… — Vous êtes renvoyée Anita, vous n’aviez qu’à pas être portugaise ! ». Peut-être était-ce que j’avais en tête. Même si cela est peu probable et n’a aucun sens.

Diantre, qu’est-ce que « Exploitation homme jambon » peut bien vouloir dire ? J’offre un joker dédicacé à celui qui me donnera la meilleure idée.