Contrairement au film La Rafle, que j’ai bien aimé même si bon, ceci n’est pas une autobiographie réelle. Mais faisons comme si. Après tout, Amélie Nothomb se gène-t-elle ? Non.
Je dois dire que j’en ai marre des ces sandwiches fait maison, ceux qui ont le bord dénué de toute garniture parce que justement, c’est le bord. Ce bord qu’on met de côté car il est franchement dégueulasse de manger du pain normal quand on a de la charcuterie à côté.
De ce fait, je me suis dit que j’allais me faire un MacDo. Le truc gras par excellence, le machin qui est censé vous dégouter de toute forme de sandwich quand on vous explique comment c’est fait, la chose qui excite vos papilles et titille vos narines. Mais comme je suis un gros chieur, ou du moins je peux être une véritable enflure, je n’allais pas y aller comme ça.
La scène prend place au MacDo du coin. Peu importe le lieu précis en France, on en a strictement rien à battre, ça n’a absolument pas d’importance. Du moment que y’a le parc — si on peut appeler ça un parc, mais cessons de faire des procès à tout va à tout ce qui ne va pas dans ce bas monde — c’est l’essentiel. Les personnages se situent à l’intérieur du restaurant (LOL), une queue innommable enfile les allées étroites bordées par des sièges. Les serveurs sont débordés par des commandes qu’ils ont un peu de mal à contenter.
MOI : Bonjour. Je voudrais trois Menu Maxi Best Of Big Mac, deux Royal Bacon, un deluxe, un Sundae, mettez moi aussi des potatoes, de l’Orangina. Ah non, pardon, du Fanta, vous faites pas l’Orangina (connasse).
ELLE (c’était une femme, encore plus drôle) : Pour vous tout seul ?
MOI : Non, j’ai mon ami Casper à côté de moi. Et comme je suis schizophrène…
ELLE : Ce sera tout ?
MOI : Non, je voudrais faire un tennis avec vous aussi.
La foule commence à s’impatienter.
ELLE : Ca fera 45.20 €.
MOI : C’est cher, je vous le prend à 40 €.
ELLE : 45.20 € s’il vous plait.
MOI : Bon, 42 €, c’est mon dernier mot.
ELLE : Monsieur, je vous en prie…
MOI : Appelez-moi donc Mathieu, nous nous connaissons un peu maintenant. Sourire.
ELLE : Les gens attendent. 45.20 €.
MOI : Ah ! Vous êtes coriace vous !
Le MOI sort de ses poches des tas de pièces rouges qui sortent en cascade et les appose sur le comptoir.
MOI : Prenez ce dont vous avez besoin, j’attendrai que vous me rendiez la monnaie.
Hue générale dans le public, très déçu par cette prestation. Les injures volent, les enfants boudent, les chiens se mettent à pisser partout. Ceci est essentiel au bon déroulement de la scène.
ELLE : Vous déconnez j’espère ?
MOI : Pas le moins du monde. Allez-y, comptez, j’ai faim moi.
ELLE : 1, 3, 8, 13, 15, ..
MOI : 54, 78, 91, 12, 5, 1 325. J’espère que ça ne vous dérange pas trop ?
Regard de foudre qui transperce cet odieux personnage.
ELLE : Putain, j’ai perdu le compte.
MOI : Vous allez parler mieux oui ?! Vous allez pas bien ? Allez-y, reprenez.
La (pauvre) serveuse reprend le compte et arrive à 15.22 € après quelques minutes. Le MOI a quand même réussi à préserver sa vie jusque là.
MOI : Bon, vous êtes vraiment trop lente. Enlevez donc les Potatoes et le Sundae.
ELLE : Vous êtes un gros connard. 15.22, 15.27, 15.32, …
MOI : 78.84, 17.21, 12.36, 15.78…
ELLE, criant presque : 16.02, 16.05, 16.10…
MOI : 45.65, 79.23, 54.12. Ah, non, je me trompe. 54.13, 16.22…
ELLE, encore plus fort : 16.54 !
MOI : Pourquoi criez-vous ? Quelque chose ne va pas ? Pauvre de moi, vous êtes vraiment incompétente ma parole. Vous êtes très fesses à claques, je suis désolé de vous le dire mais… NE VOUS ARRÊTEZ PAS DE COMPTER. Vous voyez pas que les gens attendent ? Et puis pourquoi m’avez vous mis tout ça ? Vous voyez pas que je suis seul ?
En effet, la plupart des personnes présentes s’étaient rabattues sur les autres guichets, les protestations devenaient des manifestations et des pancartes étaient affichées, accompagnées de gens qui scandaient des slogans ravageurs.
ELLE : Bon, Monsieur…
MOI : Rendez-moi mes pièces. Lui tendant un billet de 20€. Rendez-moi la monnaie, je veux juste un Big Mac et un Coca. Chez Quick, c’est mieux.
ELLE, rageant : Pédéraste.
MOI : Ah, enfin, merci bien ! A demain !