
- SANDRA, À TAAAAABLE !
Sandra, elle a entre quinze et vingt-cinq ans, à ça près. Jeune fille semi-pubère affublée de ces mini-jupes qui font rougir le plus cryogénique des prêtres, Sandra appartient à ce peuple qui vit encore au crochet de ses parents car incapable de faire de sa vie une histoire flamboyante. À peine bonne à conter la couleur de son nouveau stérilet au gout cassis (pour plus de plaisir au niveau des papilles de Monsieur !) ou à écrire ses peines de cœur sur son skyblog je-sui-tro-pa-comprise-par-le-monde-tou-entié, avec Kevin (ou Dylan ? Était-ce Dylan ? Qui seulement peut le dire). Elle nous dit que les adolescents d’aujourd’hui, c’est tous des cons, mais pas elle, parce qu’elle elle connait grave l’amour avec Kyle. Ted ? Était-ce Ted ? En plus, elle est trop cultivée, elle connait toute l’histoire d’amour entre Rimbaud et Voltaire.
Sandra, c’est la décadence. « Notre culture est morte, et c’est nous qui l’avons tuée » aurait pu écrire Nietzsche s’il avait vécu aujourd’hui sans s’être suicidé avant son troisième lustre. Nietzsche qui se plaignait déjà d’une décadence en ayant pour contemporains Flaubert, Zola, Tolstoï, Rimbaud, Cézanne, Monet, Van Gogh, Brahms, Debussy ou Wagner. S’il avait écrit « La culture est morte, et c’est nous qui l’avons tuée », on lui aurait, et justement, ri au nez. On a rarement eu mieux depuis Une Saison en Enfer, le Clair de Lune ou le Champ de blé avec Cyprès.
Aujourd’hui, début de la deuxième décennie des années deux-mille que l’on espèrerait presque être la dernière tant la douleur est insupportable, ce sont des envies d’exil au Népal qui me prennent, des désirs de devenir moine au Tibet pour agiter des moulins à prière et ne plus jamais allumer W9 ou Direct Star l’après-midi.
Sandra, elle contribue à la mort d’un peuple qui s’abrutie, qui devient incapable de différencier le génie d’un crotin quelconque. Le peuple, ce marasme dégoulinant dont les classes majoritaires s’enorgueillissent de leur fashionitude dans des slims criards, se gavant de chips devant Secret Story qu’Ayem c’est trop une bombasse. Dernièrement, c’est le dégueulard de vomi gélatineux appelé Keen’V qui a fait son apparition indispensable sur la scène française, se rajoutant aux autres.
Dans sa chanson d’une rare force « J’aimerais trop », il arrive à concilier la passion brûlante des Hommes avec une modération quasi-divine dans des sentences aussi vives que définitives. Exemple : « J’aimerais trop qu’elle m’aime (sous-entendu : ça m’ferait kiffer mon boule meuf) ». Incroyable. Et à rajouter derrière : « Mais elle elle ne veut pas ». Tout ça dans un cadre exotique sans cliché où il travaille comme sous-fifre dans un hôtel. Un truc du genre, tu penses bien. « J’aimerais trop qu’elle m’aime, mais elle elle ne veut pas ».



