« Putain ! », crie le misogyne primaire dans un excès de colère foudroyante. Voyez-vous très cher (un peu comme les appareils apple, cessons de nous voiler la face), je peux comprendre cette attitude hostile dont les femmes – nos femmes – sont les tendres victimes. Même si je préfère employer le moins vulgaire (mais tout aussi expressif) « secrétaire de direction », il n’en reste pas moins que la gente féminine ne l’a pas volé.
Prenons les faits ! Alors que la sainte journée avait suivi son cours aux effluves indélicates (voyez-vous, Paris, la journée, c’est un ensemble de relents vomitifs pour le moins peu appétissants), le soleil laissait place à la nuit qui enrobait de son délicieux foulard de velours noir les quelques réverbères défoncés du boulevard St Germain. La lumière grésillait, mon souffle froid léchait la fenêtre sur laquelle s’était vite déposée une couche de buée opaque. Je pouvais apercevoir, baignée dans un flou argenté, le croissant de lune qui n’éclairait qu’à peine plus la route qu’un de ces fameux réverbères incompétents. C’est bien des fonctionnaires.
À cette heure ci, le monde s’endort et les chats myopes se lovent tendrement sur le patchwork de la vieille sorcière habitant l’antique demeure au coin de l’avenue Foch. Avant de s’endormir, elle n’a pas allumé le chauffage à pétrole, sa main est froide. Très vite, le chat aux poils roux part se coucher dans le tiroir aux petites culottes qui était resté ouvert ; c’est mauvais signe : quand le chat n’est plus sur mémé, c’est que mémé n’est plus. Mais il y a plus important, à cette heure de la nuit, où quelques télés osent avec insolence balancer des nouvelles infanticides avec autant de passion qu’un autiste enrhumé.
Les titres s’enchainent tandis que monsieur Jourdain s’est endormi le sexe à la main devant un film qui a laissé place aux informations. Évidemment, cela n’intéresse pas monsieur Jourdain. Depuis que madame Jourdain est partie, monsieur Jourdain n’est plus intéressé par rien, il finira par mourir d’un orgasme mal calculé quelques mois plus tard, dans un des hôtels miteux de Bangkok. Mais les infos se fichent bien de lui.
« C’est un monstre ! », « Courjault congèle ses bébés à côté des courgettes » (Charlie Hebdo n’aurait peut-être pas osé), « Une mère congèle ses progénitures entre le poulet et le brocolis ». Ces titres énoncés par la stagiaire du journal expriment ici un désarroi profond de la population tout entière. Le peuple n’a plus les moyens de se payer des brocolis surgelés marque repère (qui sont en moyenne moins chers chez Leclerc). Et puis je me souviens des prédictions alarmantes de spécialistes annonçant massivement la rudesse d’un hiver prochain. Les artriteux confus des maisons de retraite aux infirmières psychopates n’auraient pas été épargnés, il fallait bien faire des provisions. Puis s’ils étaient morts-nés, ces pauvres enfants aux joues roses et au nez rond, raison de plus. On ne joue pas avec la nourriture (j’espère qu’elle a pensé à garder le placenta). Mais bon, suite à cette explication illustrée, on peut mieux comprendre le « putain ! » angoissant qui signe une misogynie profonde et les deux millions de cas de femmes battues chaque année.
Parce-que nous aussi, hommes, nous sommes traumatisés par ces femmes qui ne savent plus faire le repassage et dont la nourriture est aussi bonne qu’une boîte de cassoulet périmé deuis le débarquement de Normandie – au moins. De ce fait, je reste célibataire.
















