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• Samedi 24 avril 2010 à 16 h 17
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Tous les jours, sans exception (si ce n’est peut-être Samedi dernier, je jouais avec les papillons dans des prairies verdoyante, parmi les amandiers fleurissants aux fragrances délicatement veloutés et les nuages crémeux s’épanouissant au firmament miroitant) je me pose des questions sur ma santé mentale. Avant de rentrer dans les détails, commençons par le commencement, qui commence là où tout a débuté, c’est à dire au début de mon histoire.

Il faisait nuit, les étoiles brillaient si ça se trouve, étions-nous en hiver ou en été ? Aucune espèce d’importance, il faisait nuit et c’était donc le moment de se coucher après une dure journée de labeur passée à réfléchir sur la meilleure façon de s’habiller à la plage (maillot slip, boxer collant, short, combinaison, je ne sais pas, je ne sais plus, si vous avez des suggestions). D’un pas fatigué croulant sous le poids de courbatures virulentes dues — donc — à cette journée éprouvante, je me rends dans ma chambre. Et c’est là que soudain…

Soudain…

Soudain…

Soudain (c’est con comme mot, « soudain » en fait. Il fait parti de ces mots qui, quand on les répète beaucoup de fois d’affilées, nous font douter de la compétence des Immortels) je m’aperçois de la présence oppressante d’un insecte. Dans mon lit. Posé sur le drap, nonchalant, entre la couette retroussée et le traversin tortueux. Ce genre d’insecte bizarre qui ne porte pas de nom, d’une longueur d’environ 4 cm et qui semble se terminer par une sorte de dard mais pas vraiment un dard. De son regard il semblait me dévisager. Je pensais au Grégor de La Métamorphose, je me disais que je ne pourrais jamais être ami avec ce genre de bestiole, que je pouvais m’occuper sans problème des insectes énormes, mais qu’il fallait que quelqu’un s’occupe des plus petits.

Alors bien sûr, avec la délicatesse qui me caractérise, j’ai évidemment pris mon marteau piqueur, mon chalumeau, j’ai enfilé ma combinaison anti-nucléaire et j’ai mis le feu à mon lit. C’est quand j’ai ouvert mon livre (De l’inconvénient d’être né de Cioran, pour ceux qui ça intéresse) que j’ai constaté l’ampleur du drame : le même insecte se trouvait entre la couverture et la première page.

Depuis, tous les soirs, avant d’aller me coucher, je secoue ma couette, mon duvet, mon drap, je retourne la taie de mon oreiller, je vérifie ma bibliothèque et j’inspecte le dessous de mon lit. Et tous les soirs je retrouvais ce même putain d’insecte (que je n’avais pas tué, vous vous en doutez quoi, merde, ça tâche ce genre de trucs), jusqu’au jour où je l’ai jeté par ma fenêtre.

Depuis, quand je m’endors, j’ai peur que des araignées rentrent dans mes narines, que je n’arrive pas à lui boucher l’accès, que je sois obligé d’écraser le côté de mon nez pour faire exploser l’insecte inopportun ou pis, qu’il arrive à rejoindre mon bulbe olfactif. Et si je le fais éclater dans ma narine, comment vais-je nettoyer les restes ? Vous êtes vous déjà posé la question au moins ? Même chose avec les oreilles, en pire. Si ça rentre, c’est mort. Je crains pour mon liquide céphalo-rachidien, j’ai peur. Si Gicquel était pas mort, il le dirait une fois de plus : La France a peur. Tous les soirs, je sens des pattes qui me montent dessus, je sens des crocs qui tirent sur mes poils, je sens des baves et des fils, des larves et des oeufs.

Je sombre dans la folie. Les insectes sont en train de nous envahir. Nous n’avons aucune chance.