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• Samedi 09 janvier 2010 à 14 h 29
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J’ai décidé de centraliser les divagations de ma plume poétique dans un même recueil, histoire que si je meurs d’ici la fin de l’année je laisse quelque chose derrière moi. Et je me suis dit que j’allais vous faire part d’un de mes poèmes (en alexandrins messieurs dames !) que j’ai intitulé « Fille de joie« .  Si vous avez des avis, au plaisir :)

Elle n’existe pas ailleurs que dans les lits,
La pauvre a les mains nues, souvent mille maris,
Chaque jour elle est belle et rayonne au plaisir
De gros lards interdits qui payent pour gémir.

Elle n’a d’autre vie que celle de l’amour,
Elle donne son corps, chaque nuit, chaque jour,
Elle cède en cadeau cette offrande divine
Qui, au petit matin, lui caresse l’échine.

Sous un ciel accablant de toutes les couleurs,
Elle marche et revient sur des trottoirs usés,
Et sans savoir que dire ou que faire à son cœur,
Elle offrira en vain sa pureté brisée.

On méprise son âme et ses bas en nylon,
Sa carcasse vivante, on lui crache dessus,
Et sous son bleu regard on lance les jurons
Qu’elle accepte en pleurant sous la pluie, presque nue.

Merveilles et bonheur, elle en fait son business,
Mais elle a vu flamber le sang de sa jeunesse
Qu’elle regrettera dans les moments de peur
Qui cristalliseront tous ses cris de malheur.

Et au septième ciel, pays de la démence,
Pays artificiel où l’on oublie l’errance,
L’homme à la démarche de chryséléphantin
Rit de ses blessures d’un doux air enfantin.

Si un jour elle est mal et puis prend des rondeurs,
Qu’un enfant, de son sein, s’extirpe atrocement,
Elle devra aimer jusqu’à son dernier chant
Le fruit des secs à-coups de son fou géniteur.

Peut-être sous un chêne elle le mettra, lui,
Un enfant au nez rose, aux petits doigts de môme ;
Sais-tu toi qui me lis si tu n’es pas celui
Qu’elle a abandonné au beau milieu des hommes ?

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• Mardi 06 octobre 2009 à 12 h 07
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Et ce, surtout quand ce sont des femmes. Pour tout vous dire, je méprise les professions où le chirurgien doit mettre ses doigts dans votre bouche. Premièrement, parce-que c’est dégueulasse et que ça viole un endroit que je n’ai absolument aucune envie de partager avec un inconnu, deuxièmement parce-qu’il faut être timbré pour répondre « Etre dentiste » quand on vous a demandé quel était votre rêve d’enfance. Franchement, mais qui veut être dentiste si ce n’est un grand malade dans sa tête, atteint de psychose et de nevrose dans un même temps ?

Tout me répugne et me révulse, me donne la nausée et me fait tourner de l’oeil. Je dois dire que ça commence dès la salle d’attente. Vous ouvrez une porte de verre pour quitter la fraicheur hivernale qui, depuis quelques jours, s’est abattue sur les pavets lisses de votre tendre et douce ville, dans le seul but d’entrer dans un pièce confinée aux odeurs vomitives et dans laquelle vous ne pouvez réclamer que 12% de la place disponible. Mais évidemment, le dentiste est toujours en retard. C’est un axiome qu’il n’est pas nécessaire de démontrer. Pour passer le temps et éviter de vous emmerder copieusement durant l’heure qui suit (vous étiez en retard, et comme vous êtes ponctuel vous avez oublié votre iPhone ou votre GameBoy Color pour les plus mélancoliques), vous regardez avec une morne fixitude les murs joviaux de la pièce exigue. Vous apprenez par coeur les chants lyriques nous assennant ces merveilleux « Si tu te brosses pas les dents en inclinant ta brosse en poil de dromadaire à 2π radians (ndla: Les dentistes parlent en radians et utilisent fréquemment les cercles trigonométriques dans leurs démonstrations), ta bouche va devenir une décharge publique pleine de pu odorant et tes gencives vont se mettre à habiter une faune microscopique à faire palir le vagin de Paris Hilton ».

Le temps passe, le gamin en face de vous vient de coller une crotte de nez sous son siège. SCANDALE ! VOUS L’AVEZ VU ! Ah, c’est à vous. Charmante petite secrétaire qui vous prie de vous asseoir. « M’asseoir ? Vous êtes sûre ? Quel dommage… ».

Ne faisant ni une, ni deux, ni trois, ni quatre, ne faisant même pas cinq ou six, voici le docteur (oui, le docteur, LOL) qui vous fout un truc dans la bouche que vous vous demandez comment ça se fait que vos lèvres ne se soient pas fissurées ou que vos joues n’aient pas éclatées sous la pression. Et vlan, il met un truc en plastique (bleu, c’est beau le bleu) qui vient coincer votre langue et qui vous fait un mal de chien parce-que ça appuie sur vos gencives inférieures intérieures. De là, un long tuyau aspirant récupère votre bave (j’ai découvert que j’avais beaucoup plus de bave que l’on n’aurait pu le croire ce jour là) dans un bruit de tractopelle. Et vous avez mal, et presque vous vous noyez dans vos sécrétions, et votre langue est super sèche, et quand vous voulez l’hydrater y’a le tuyau qui se bouche et ça fait « Pshshshhchhshh », et cette connasse d’orthodontiste qui te dit « OUVRE LA BOUUUUCHE PLUS GRAND ! ». J’ai arrêté de compter le nombre de fois où j’étais sur le point de l’assassiner à partir de la trente-deuxième.

Et vous repensez à cette revue de merde posée sur la table basse de cette salle d’attente aseptisée, « Parents, que faire pour survivre à des ados dangereux », et vous comprenez que oui, un ado c’est dangereux. Vous vous demandez si ça vient des jeux vidéos, si c’est l’influence des 65% de 12-15 ans qui pratiquent couramment le cunillingus et la fellation ou si c’est le monde virtuel qui vous entoure qui vous fait cultiver de si noirs desseins.

Vous rêvez de vous emparer de cette perceuse à l’embout tournant pour crever une pupille, peut-être deux. Vous rêvez de cracher sur son crâne toute cette eau dégueulasse qu’elle a balancé avec son karcher dans votre pauvre orifice buccal qui ne s’en remettra plus. Vous rêvez, encore, oui ! Vous rêvez de foutre des claques, de casser une jambe. Vous voulez rigoler en l’imaginant mourir dans d’atroces souffrances, mais vous pouvez pas parce-que sinon vous vous étouffez et que vous vous faites engueuler « OUVRE LA BOUCHE, OUVRE LA BOUCHE SINON JE TE TRANSPERCE LE PALET AVEC MA MOISSONEUSE BATTEUSE ».

Je méprise les orthodontistes.

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• Vendredi 28 août 2009 à 19 h 56
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Ce billet a été écrit par Dimitri Ikilov, agent de la CIA et expert en communication. Actuellement, il est chômage, mais il a une bonne excuse, c’est une couverture. En laine de préférence.

Les tueurs sont parmi nous. Peut-être côtoyez-vous chaque jour un dangereux terroriste, un proxénète mal intentionné ou une grand-mère agent secret (rigolez pas, ça existe, j’en connais. Et par pure discrétion, je ne citerai pas le nom de Jeanne Moreau dans cet article). Et parfois, ces gens effrayants passent des petites annonces qui nous aident, pauvres mortels, à les démasquer.

Premier cas.

Premier cas.

Analysons la formation de cette annonce en apparence anodine, qui est précédé de ce texte rédigé avec élégance par la personne titulaire de la demande :

Je cherche actuellement un job, à temps-plein ou mi-temps, et suis disponible à tout moment. Je serais très motivé et sérieuse dans mon travail.

On ne me la fait pas à moi. Il y a des tournures linguistiques qui trompent, et je vous le dis, nous avons à faire à une illettrée (oui, c’est une fille). Si dessous, la version corrigée en rouge.

Je recherche actuellement un job travail (rémunéré de préférence, vous comprendrez que je ne puis me permettre de travailler gratuitement, même si cela me met mal à l’aise), à temps-plein ou mi-temps (Pourquoi ne met-elle pas le mot « temps » au même endroit dans ces propositions si elle n’a rien à se repprocher ? Hein ? Hein ?), et suis disponible à tout moment. Je serais très motivée et sérieuse dans mon travail.

Nous avons à faire à une imbécile. Ce qui ne fait que confirmer nos soupçons érigés dès la vue du « Formation : Sans diplôme » présent dans l’annonce ci-dessus. Poussons le vice beaucoup plus loin.

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• Mardi 30 juin 2009 à 16 h 31
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Vous savez, j’aime la pluie. Ce soir il pleut. Les gouttes argentées claquent contre mes fenêtres, au sol, les flaques se forment. Demain, les voitures rouleront dedans et balanceront sur le trottoir la flotte crasseuse. Demain, les enfants sauteront à pieds joints dans la boue, moi, demain, j’aurai la tête posée contre la fenêtre, une tasse à la main et les yeux tourmentés.

Je regarderai sûrement les nuages crémeux qui moutonnent à l’horizon, les feuilles mortes qui jonchent le sol et qui offrent aux pavés des reflets orangés. Ce lampadaire, seul, sera toujours là. Il n’est pas droit ; il est cassé. L’ampoule ne s’allume plus, la peinture verte est caillée par endroit. La boule de verre qui le surmonte est brisée, les éclats gisent au sol. Et puis à y regarder de plus près, il n’y a plus d’ampoule. Mais il restera là, fier et blessé, un peu comme la poubelle d’acier qui se serait renversée dans la nuit. Elle est verte aussi, cette couleur doit porter la poisse.

Au loin, sous la pluie qui bat, Monsieur porte un chapeau décousu. Il était assis sur un banc marqué de tipex avant que l’averse arrive. Sa canne d’ébène était posée à côté de lui et, tandis que la nuit tombait, il n’avait pas de lumière pour éclairer sa peau blême, pour pouvoir regarder autour de lui les rideaux de fers des magasins de souvenirs. Non, le lampadaire est cassé.  La mer est agitée, elle devient d’encre, et le pêcheur aux mains rugueuses envisage, à l’intérieur de sa cabine miteuse, de remonter l’ancre maintenant. Le vent siffle et souffle, souffre et pouffe. Les chicots du vieillard se chicanent. Il est tard.

Je ne fume pas tu sais. J’aurais pu souffler ma fumée et donner un coup dans l’air, j’aurais pu niquer mes poumons. J’aurais pu souffler en l’air, la fumée brille à la lumière, un peu comme la lune quand il pleut. Ce soir, il n’y a pas de lune, les nuages sont noirs tu sais.

Il pleut. Il n’y a rien de plus triste qu’une nuit sans lune. Du coup, la nuit est noire : il n’y a plus de lampadaire, Monsieur a presque disparu de mon champ de vision.  Je remarque que de la buée s’est déposée sur ma vitre froide ; je dessine un cœur. Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours dessiné des cœurs quand j’apercevais de la buée au détour d’une fenêtre. Pas vous ? Non ? C’est un tort, vous devriez.

Les lames du vent parcourent les larmes du temps, je ne pleure pas. Et vous ? Non ? C’est un tort, vous devriez. Quand des larmes perlent sur votre joue rugueuse en déposant derrière elle une trainée de sel blanchâtre, quand la larme vient se loger dans la commissure de vos lèvres en y déposant un goût salé, l’on se sent soudain moins seul. Ma plume est essoufflée, mon palpitant est fatigué. Monsieur est mort, dehors il fait froid. En plus, il fait noir.

Hier soir il pleuvait. Vous savez, j’aime la pluie. Ce soir, il ne pleut plus. La lune est noire, il n’y a rien de plus triste qu’une nuit sans lune.

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• Dimanche 14 juin 2009 à 22 h 02
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« Putain ! », crie le misogyne primaire dans un excès de colère foudroyante. Voyez-vous très cher (un peu comme les appareils apple, cessons de nous voiler la face), je peux comprendre cette attitude hostile dont les femmes – nos femmes – sont les tendres victimes. Même si je préfère employer le moins vulgaire (mais tout aussi expressif) « secrétaire de direction », il n’en reste pas moins que la gente féminine ne l’a pas volé.

Prenons les faits ! Alors que la sainte journée avait suivi son cours aux effluves indélicates (voyez-vous, Paris, la journée, c’est un ensemble de relents vomitifs pour le moins peu appétissants), le soleil laissait place à la nuit qui enrobait de son délicieux foulard de velours noir les quelques réverbères défoncés du boulevard St Germain. La lumière grésillait, mon souffle froid léchait la fenêtre sur laquelle s’était vite déposée une couche de buée opaque. Je pouvais apercevoir, baignée dans un flou argenté, le croissant de lune qui n’éclairait qu’à peine plus la route qu’un de ces fameux réverbères incompétents. C’est bien des fonctionnaires.

À cette heure ci, le monde s’endort et les chats myopes se lovent tendrement sur le patchwork de la vieille sorcière habitant l’antique demeure au coin de l’avenue Foch. Avant de s’endormir, elle n’a pas allumé le chauffage à pétrole, sa main est froide. Très vite, le chat aux poils roux part se coucher dans le tiroir aux petites culottes qui était resté ouvert ; c’est mauvais signe : quand le chat n’est plus sur mémé, c’est que mémé n’est plus. Mais il y a plus important, à cette heure de la nuit, où quelques télés osent avec insolence balancer des nouvelles infanticides avec autant de passion qu’un autiste enrhumé.

Les titres s’enchainent tandis que monsieur Jourdain s’est endormi le sexe à la main devant un film qui a laissé place aux informations. Évidemment, cela n’intéresse pas monsieur Jourdain. Depuis que madame Jourdain est partie, monsieur Jourdain n’est plus intéressé par rien, il finira par mourir d’un orgasme mal calculé quelques mois plus tard, dans un des hôtels miteux de Bangkok. Mais les infos se fichent bien de lui.

« C’est un monstre ! », « Courjault congèle ses bébés à côté des courgettes » (Charlie Hebdo n’aurait peut-être pas osé), « Une mère congèle ses progénitures entre le poulet et le brocolis ». Ces titres énoncés par la stagiaire du journal expriment ici un désarroi profond de la population tout entière. Le peuple n’a plus les moyens de se payer des brocolis surgelés marque repère (qui sont en moyenne moins chers chez Leclerc). Et puis je me souviens des prédictions alarmantes de spécialistes annonçant massivement la rudesse d’un hiver prochain. Les artriteux confus des maisons de retraite aux infirmières psychopates n’auraient pas été épargnés, il fallait bien faire des provisions. Puis s’ils étaient morts-nés, ces pauvres enfants aux joues roses et au nez rond, raison de plus. On ne joue pas avec la nourriture (j’espère qu’elle a pensé à garder le placenta). Mais bon, suite à cette explication illustrée, on peut mieux comprendre le « putain ! » angoissant qui signe une misogynie profonde et les deux millions de cas de femmes battues chaque année.

Parce-que nous aussi, hommes, nous sommes traumatisés par ces femmes qui ne savent plus faire le repassage et dont la nourriture est aussi bonne qu’une boîte de cassoulet périmé deuis le débarquement de Normandie – au moins. De ce fait, je reste célibataire.

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• Dimanche 03 mai 2009 à 14 h 56
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(Voir premier jour)

« Je ne savais plus très bien ce qu’il pouvait advenir désormais. Après la démission de la plupart des membres du gouvernement, causées par des menaces, il semblerait qu’il n’y ait plus aucune puissance politique dans le pays. Il me semble que dans l’histoire de l’humanité, jamais tel scénario ne s’était produit. Le début de guerre civile qui opposait les membres de la jeunesse dorée au mouvement révolutionnaire (il semblerait que ce titre soit devenu officiel) ne s’était pas modifié, même après que cette dernière se soit propagée dans toute l’Europe Occidentale comme une trainée de poudre.

Ce n’était plus un affrontement pays contre pays, les frontières n’existaient plus. C’était des idées contre d’autres idées. La Suisse perdit sa neutralité et l’Allemagne fut la première puissance à fournir un chef d’Etat aux révolutionnaires. Les organismes que l’on croyait soudés volèrent très vite en éclats ; l’armée et la marine mettaient sur un pied d’égalité les batailles qui se livrèrent dès lors. La guerre avait commencé pour une raison encore bien moindre que l’invasion de la Pologne par Hitler.

Chaque groupe comportait son lot de génies, eux-mêmes qui dirigeaient l’Europe entière dès lors. Je fus ce matin contraint de partir. Le soleil n’était pas encore levé et je n’avais pas eu le temps de regarder les roses se désécher, seul un foulard de glace courait sur l’hozizon dentelée.

Je n’avais sur moi que les vêtements de la veille, deux ou trois vieux biscuits dans une poche. Quelques heures plus tard, après quelques kilomètres de route, je me retrouvais avec une centaine de personnes dans les locaux du « Scary Journal », le plus influent des journaux révolutionnaires. Les articles étaient distribués à ces seuls membres. Critique d’un régime et mise en place d’attaques stratégiques, le Scary Journal se définissait de cette manière.

Peut-être est-il utile que je consigne sur ces pages blanches les difficultés naissantes. Les transports se faisaient difficilement, les trains ne partaient presque plus et les voies ferrées étaient sabottées, les lignes de métro étaient bloqués, quelques avions subsistaient encore dans les airs et la quasi-totalité des routes étaient interdites par des barricades et des barrières de fer. Ce n’était plus qu’un vent de ténèbres qui passaient, la vie se zombifiait jour après jour, les nuages de poussières obscurcirsaient le soleil qui en devenait d’une paleur mortuaire. Puis ce fut la pénurie ; les magasins se vidaient sans être réapprovisionnés, fermant les uns après les autres. Les gens avaient bien trop peur pour continuer à vivre exposés. Il devenait courant désormais que, derrière une voiture renversée dont la carosserie était aussi froissée qu’une feuille de brouillon, l’on trouve un sans abri sans vie, le regard vague ou les paupières closes, le manteau resserré sur le torse. Le marché noir avait connu une augmentation bien plus importante que le nombre d’utilisateurs de Facebook l’année dernière, créant de cette façon une troisième catégories de personnes neutres qui organisaient les transactions.

J’écrivais, frappant les touches et écoutant leur ronronnement sous mes doigts quand la nouvelle tomba comme un masque de plomb sur nos visages. Une bataille sous-marine s’était livrée dans la Manche entre la Grande-Bretagne et la France. Selon les sources, la France aurait provoqué Londres en lui reprochant son manque d’implication. La une du journal de ce soir était intulée « La France sera-t-elle le déclencheur de la troisième guerre mondiale ? ».

Le soleil se couchant était toujours bleu.

C’était le deuxième jour. »

• Samedi 02 mai 2009 à 14 h 41
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« Assis sur la fenêtre de mon HLM miteux, je ne pouvais qu’au loin contempler un coucher de soleil bleuté, dont la beauté était inversement proportionnel à la gravité de son existence. Une centrale avait explosé en Allemagne, vers Stuttgart, libérant vers le ciel un léger voile azuré.

Je respirais par cette soirée un air encore chargé de lourdes vapeurs, tout en me demandant comment le monde avait pu en arriver à un tel point. Si je me souviens bien, il me semble apercevoir le début avec le vote d’une loi obscurantiste qui avait déclenchée quelques tensions au sein de l’Internet français. Paris s’était embrumé de fumigènes odorants, dans toute la France éclataient ici et là des manifestations désorganisées pour montrer un désaccord avec le gouvernement. Les semaines passaient, des leaders se plaçaient à la tête du mouvement qui était désormais révolutionnaire. Alors que du sixième étage de mon immeuble tout avait toujours été calme dans la ville au pied de la coline, j’entendais de plus en plus souvent des cris ou des bris de verre, je voyais des flammes qui léchaient des vitrines et allumaient la nuit.

Les leaders se distinguèrent de par leur esprit synthétique, et c’est avec une organisation totale que le groupe qui passait inaperçu devint une des plus grosses manifestations de notre époque. Le mécontentement du peuple ressortait enfin, ce peuple tout entier ignorait ce contre quoi quoi il se battait, mais il se battait.

Puis se distinguèrent les personnes pro-gouvernementales, détachant la population en deux parties qui semblaient aussi puissantes l’une que l’autre. Elles se firent appelées la jeunesse dorée. Des journaux indépendants apparurent très vite en réponse à une propagande stakhanoviste stalinienne. Chacun préchant pour sa propre paroisse, tout le monde était désormais contraint d’appartenir à un groupe. J’avais en effet une fois aperçu un jeune, la chemise propre et les cheveux bien peignés, marchant dans la rue la tête baissée, se faire accoster par un groupe aux t-shirts sales et aux chaussures crasseuses. Ils prononcèrent d’une voix glaciale « Est-ce que tu as choisi ? ». J’en déduisais que ce n’était pas la première fois que le jeune garçon, dont les seize ans superbes florrissaient, se faisait arrêter par ces personnes. Il balbutia quelque chose que je n’entendis pas, la réaction du plus grand ne se fit pas attendre. Il leva son poing et l’abbatit sur sa temps, lui fila un coup de genou dans le ventre, profitant de sa mise à terre pour le ruer de coups de pieds avec ses amis. Je ne sus jamais de quel camps les agresseurs vantaient les louanges et ce qu’il était advenu de leur tête de turc.

Le pays se retrouva mis sans dessus-dessous, et ce pour une malheureuse loi mal pensée. Les rues étaient toutes jonchées de verre, les vitrines étaient cassées, les fleurs étaient fânées et les arbres déracinés. Subsistait en ville ces groupes qui, jours après jours, perdaient un plus de crédibilité.

La presse internationale eut très vite vent de la situation française, relayant les images les plus terribles aux journaux télévisés du soir. La radio se mobilisa, l’internet se mobilisa. Les gros titres provocaient : « La liberté française est mise à mal ! », « Une guerre civile fait rage au sein du peuple français ! », « La première révolution sur le net qui prend forme dans la réalité ! ». S’ils avaient su… Ce fut au tour du peuple germanique de se révolter. Un envie de liberté, de casser cet étau qui les emprisonnait chaque jour un peu plus. Ce fut l’envie qui les poussa à déclencher une révolte pour un motif dont l’intérêt m’échappe encore. De même que la France avait inspiré avec le modèle de l’absolutisme, elle avait inspiré avec un mouvement terrible de fraîcheur destructrice.

C’est aujourd’hui le premier jour. »

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