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• Mardi 29 juin 2010 à 18 h 39
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Il me semblait alors en être arrivé au point de non-retour. Elle se dressait devant moi, belle, fière de ses courbes annihilant jusqu’aux confins de ma mémoire d’anachorète, prude de sa beauté transpirant comme les gouttes de lumière glissaient sur l’esquisse frissonnante de mon échine. Je bandais mes muscles sous ma peau suintante, elle contractait les filaments criards qui lui tenaient lieu de corps, enfonçant dans le sol ses pieds et dans les murs anguleux les angélismes de ses ongles. Les fleurs de son dos tendu éclataient en laissant des corolles et leur pollen s’envoler dans le ciel.

Cette chaise ne me laissera plus jamais goûter l’onctueuse chaleur du soleil qui se lève.

A peu près douze minutes et quatorze, quinze, seize, dix-sept, dix-huit, … secondes plus tôt.

Selon les dogmes acquis, une journée ordinaire commence par les gazouillis incessants des oiseaux matinaux, le froissement impertinent des ailes des cigales et les effluves de thym qui flottent sous les plafonds enveloppés d’une faible nuée de poussière éclairée par les rais d’un soleil qui renait chaque jour de ses cendres. Cela, bien sûr, si vous habitez en Provence. Si vous habitez en Bretagne, la journée commence par le bruissement de la pluie sur les carreaux des fenêtres de la cuisine, comme si les colombes de la paix avaient la diarrhée. Ou si Eric Woerth faisait un discours en postillonnant. Mais je n’ai rien contre Eric Woerth, je suis sûr qu’il dit la vérité.

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• Mardi 30 juin 2009 à 16 h 31
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Vous savez, j’aime la pluie. Ce soir il pleut. Les gouttes argentées claquent contre mes fenêtres, au sol, les flaques se forment. Demain, les voitures rouleront dedans et balanceront sur le trottoir la flotte crasseuse. Demain, les enfants sauteront à pieds joints dans la boue, moi, demain, j’aurai la tête posée contre la fenêtre, une tasse à la main et les yeux tourmentés.

Je regarderai sûrement les nuages crémeux qui moutonnent à l’horizon, les feuilles mortes qui jonchent le sol et qui offrent aux pavés des reflets orangés. Ce lampadaire, seul, sera toujours là. Il n’est pas droit ; il est cassé. L’ampoule ne s’allume plus, la peinture verte est caillée par endroit. La boule de verre qui le surmonte est brisée, les éclats gisent au sol. Et puis à y regarder de plus près, il n’y a plus d’ampoule. Mais il restera là, fier et blessé, un peu comme la poubelle d’acier qui se serait renversée dans la nuit. Elle est verte aussi, cette couleur doit porter la poisse.

Au loin, sous la pluie qui bat, Monsieur porte un chapeau décousu. Il était assis sur un banc marqué de tipex avant que l’averse arrive. Sa canne d’ébène était posée à côté de lui et, tandis que la nuit tombait, il n’avait pas de lumière pour éclairer sa peau blême, pour pouvoir regarder autour de lui les rideaux de fers des magasins de souvenirs. Non, le lampadaire est cassé.  La mer est agitée, elle devient d’encre, et le pêcheur aux mains rugueuses envisage, à l’intérieur de sa cabine miteuse, de remonter l’ancre maintenant. Le vent siffle et souffle, souffre et pouffe. Les chicots du vieillard se chicanent. Il est tard.

Je ne fume pas tu sais. J’aurais pu souffler ma fumée et donner un coup dans l’air, j’aurais pu niquer mes poumons. J’aurais pu souffler en l’air, la fumée brille à la lumière, un peu comme la lune quand il pleut. Ce soir, il n’y a pas de lune, les nuages sont noirs tu sais.

Il pleut. Il n’y a rien de plus triste qu’une nuit sans lune. Du coup, la nuit est noire : il n’y a plus de lampadaire, Monsieur a presque disparu de mon champ de vision.  Je remarque que de la buée s’est déposée sur ma vitre froide ; je dessine un cœur. Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours dessiné des cœurs quand j’apercevais de la buée au détour d’une fenêtre. Pas vous ? Non ? C’est un tort, vous devriez.

Les lames du vent parcourent les larmes du temps, je ne pleure pas. Et vous ? Non ? C’est un tort, vous devriez. Quand des larmes perlent sur votre joue rugueuse en déposant derrière elle une trainée de sel blanchâtre, quand la larme vient se loger dans la commissure de vos lèvres en y déposant un goût salé, l’on se sent soudain moins seul. Ma plume est essoufflée, mon palpitant est fatigué. Monsieur est mort, dehors il fait froid. En plus, il fait noir.

Hier soir il pleuvait. Vous savez, j’aime la pluie. Ce soir, il ne pleut plus. La lune est noire, il n’y a rien de plus triste qu’une nuit sans lune.

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• Dimanche 14 juin 2009 à 22 h 02
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« Putain ! », crie le misogyne primaire dans un excès de colère foudroyante. Voyez-vous très cher (un peu comme les appareils apple, cessons de nous voiler la face), je peux comprendre cette attitude hostile dont les femmes – nos femmes – sont les tendres victimes. Même si je préfère employer le moins vulgaire (mais tout aussi expressif) « secrétaire de direction », il n’en reste pas moins que la gente féminine ne l’a pas volé.

Prenons les faits ! Alors que la sainte journée avait suivi son cours aux effluves indélicates (voyez-vous, Paris, la journée, c’est un ensemble de relents vomitifs pour le moins peu appétissants), le soleil laissait place à la nuit qui enrobait de son délicieux foulard de velours noir les quelques réverbères défoncés du boulevard St Germain. La lumière grésillait, mon souffle froid léchait la fenêtre sur laquelle s’était vite déposée une couche de buée opaque. Je pouvais apercevoir, baignée dans un flou argenté, le croissant de lune qui n’éclairait qu’à peine plus la route qu’un de ces fameux réverbères incompétents. C’est bien des fonctionnaires.

À cette heure ci, le monde s’endort et les chats myopes se lovent tendrement sur le patchwork de la vieille sorcière habitant l’antique demeure au coin de l’avenue Foch. Avant de s’endormir, elle n’a pas allumé le chauffage à pétrole, sa main est froide. Très vite, le chat aux poils roux part se coucher dans le tiroir aux petites culottes qui était resté ouvert ; c’est mauvais signe : quand le chat n’est plus sur mémé, c’est que mémé n’est plus. Mais il y a plus important, à cette heure de la nuit, où quelques télés osent avec insolence balancer des nouvelles infanticides avec autant de passion qu’un autiste enrhumé.

Les titres s’enchainent tandis que monsieur Jourdain s’est endormi le sexe à la main devant un film qui a laissé place aux informations. Évidemment, cela n’intéresse pas monsieur Jourdain. Depuis que madame Jourdain est partie, monsieur Jourdain n’est plus intéressé par rien, il finira par mourir d’un orgasme mal calculé quelques mois plus tard, dans un des hôtels miteux de Bangkok. Mais les infos se fichent bien de lui.

« C’est un monstre ! », « Courjault congèle ses bébés à côté des courgettes » (Charlie Hebdo n’aurait peut-être pas osé), « Une mère congèle ses progénitures entre le poulet et le brocolis ». Ces titres énoncés par la stagiaire du journal expriment ici un désarroi profond de la population tout entière. Le peuple n’a plus les moyens de se payer des brocolis surgelés marque repère (qui sont en moyenne moins chers chez Leclerc). Et puis je me souviens des prédictions alarmantes de spécialistes annonçant massivement la rudesse d’un hiver prochain. Les artriteux confus des maisons de retraite aux infirmières psychopates n’auraient pas été épargnés, il fallait bien faire des provisions. Puis s’ils étaient morts-nés, ces pauvres enfants aux joues roses et au nez rond, raison de plus. On ne joue pas avec la nourriture (j’espère qu’elle a pensé à garder le placenta). Mais bon, suite à cette explication illustrée, on peut mieux comprendre le « putain ! » angoissant qui signe une misogynie profonde et les deux millions de cas de femmes battues chaque année.

Parce-que nous aussi, hommes, nous sommes traumatisés par ces femmes qui ne savent plus faire le repassage et dont la nourriture est aussi bonne qu’une boîte de cassoulet périmé deuis le débarquement de Normandie – au moins. De ce fait, je reste célibataire.

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• Samedi 06 juin 2009 à 17 h 42
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Je n’aime pas vraiment la jeunesse, vous savez. Ces jeunes filles augmentées de trente centimètres par la sournoiserie exhibitionniste de leurs talons aiguilles, dont la beauté souvent incroyable n’attirerait même pas un Marc Dutroux dans les parages. Et comme disait l’autre, quand le footballeur décérébré marque du pied, le pédophile, bien plus imaginatif et tout en subtilité, Marc Dutroux.

Les jeunes (que je serais tenté d’appeler personnes à mobilité intellectuelle réduite tant un titre spécial devrait leur être attribué, la place de parking allant avec puisque le jeune ne veut pas avoir à faire plus d’une vingtaine de mètres pour acheter son paquet de clopes), les jeunes. Je met un point ici, sinon ma phrase devenait trop longue et les milliers d’adolescents qui ne me lisent pas n’auraient jamais eu l’occasion de ne pas me comprendre. C’eut-ce pu être un drame funeste.

La jeunesse, en fait, ne vit que pour se faire remarquer, pour parasiter de son acné sirupeuse la société actuelle qui déjà va mal. Mais ne soyons pas les infâmes vipères qui crachent leur ignoble venin sur un groupe social minoritaire, ce ne ferait qu’accentuer cette discrimination scandaleuse vis-à-vis d’une ethnie étrangère. Car oui, la jeunesse est une ethnie étrangère.

L’été, alors que les oiseaux chantent, que la mer va et vient au creux des rochers (pour plus de simplicité, l’action se passe sur les côtes maritimes du Sud-Est), que cette douce brise estivale caresse avec parcimonie (doit-on préciser que Parcimonie n’est pas une jeune fille ?) les raides brins d’herbes agités par des nuées d’insectes myrmécéens, que le prof ignorant a installé des ventilateurs rafraichissant un peu partout dans la classe et entreposé à côté de la porte une pile de bouteilles d’eau afin de favoriser les conditions de travail de ses élèves en cette fin d’année, la jeunesse (que je ne qualifie pas d’ahurie car, comme chacun doit le savoir, le pléonasme est une erreur grammaticale qui m’effraie) glande allongée par terre si parc à proximité il y a, ou vagabonde au sein d’une ville enfumée, slalomant entre les magasins avec un mouvement oculaire effrayant, dont l’expression glauque ne peut que me rappeler avec délice le regard bovin que jette une vache sur un pissenlit tout juste sorti de terre après un hiver rugueux. N’est-ce pas fantastique ?

La bouche ouverte et le rectum serré, ce mammifère à poils courts n’a pour seule vocation celle de contempler avec stupeur ses contemporains, sur lesquels il lance sans peine des éclats de lumière crasseux, eux-mêmes qui sont venus se réfléchir avec dégoût sur l’épaisse chevelure de l’animal suintant dont le sébum dégouline avec paresse sur sa peau pustuleuse et parsemée de furoncles aussi gros que le ventre bombé d’une blatte goulue. Le pré-pubère souffre, néanmoins.

Son activité hormonale, qui est toute aussi inexplicable que les audiences scandaleuses de la Star Academy (quoi que, il faut aller chercher du côté du QI moyen des français), lui fait désirer le premier mustelidé enragé qui se retrouvera bien vite avec le regard crémeux typique des orgies parisiennes du XVIIIe siècle. Ceci entrainant cela, son esprit dérangé le poussera à se rendre, et c’est son rôle de mâle, dans les quartiers les plus malfamés de sa banlieue, où le seul moyen de lire Proust par ces nuits sans étoiles est de brûler les bagnoles cabossées qui se reposent le cul à moitié sur le trottoir. Les sens aiguisés et le dos arc-bouté, il cherchera quelques furets bien graisseux qui présentent un orifice suffisamment béant.

Après l’agression pour le moins mouvementée que l’adolescent au sourire ferroviaire a subit entre le bâtiment C et le bâtiment D, la seule consolation qu’il aurait pu espérer trouver ici pour assouvir ses désirs les moins avouables ne subsiste qu’une patte mutilée dont la tribu maître du territoire ne tardera pas à s’emparer.

L’adolescente moyenne, quant à elle, préférera de loin se badigeonner les lèvres de graisse de cétacés, qui ne seraient plus en voie de disparition si elle avait donné son corps aux instituts cosmétiques. Sauvez les baleines, donnez votre graisse. L’appel est lancé.

Non, définitivement, je n’aime pas les jeunes.

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