Les gens biens, honnêtes, fervents patriotes et bons samaritains, puis tous ceux qui ne rassemblent aucune de ces caractéristiques car je n’ai rien contre les arabes, ont leurs habitudes bien ancrées et leur routine tracée au bâton dans la neige d’un parc immaculé. Cette routine éternelle qui vous fait vous rendre dans le même Casino tous les trois soirs pour vous acheter un paquet de chips, cette routine qui vous pousse à toujours emprunter le même chemin pour vous rendre au boulot alors que vous savez qu’il est plus long mais que vous ne croiserez personne, bref, la routine.
Cette routine, souvent, peut être mise à mal par des envies fugaces et inattendues qui vous prennent au ventre et vous poussent à désirer l’indésirable. Cette mésaventure désagréable source de conflits et de « putain de merde, comment je vais faire ».
Pour bien me faire comprendre, j’ai envie depuis quelques jours de lire Jean Genet. Non seulement parce-qu’il semblerait se distinguer dans une écriture riche et raffinée qu’il mêlerait à des récits poignants et au caractère peut-être trop réaliste. En gros, il a été censuré de nombreuses fois pour ses narrations se perdant dans le sein de l’érotisme, et ça, ça me plait. Mais comprenez que ce n’est pas la même censure que pour Les Fleurs du Mal de Baudelaire (là c’est une censure qui contribue au succès du truc), là c’est de la censure qui te fout la honte même si c’est plus censuré aujourd’hui.
J’ai toujours été attiré par l’interdit, là je l’étais par Jean Genet qui est un personnage fascinant. Pour les plus littéraires de tous, je comptais bien me procurer un exemplaire de Querelle de Brest et de Notre-Dame-des-Fleurs. Maintenant que c’est dit, passons.
Mais drame, malheur, la honte m’envahit, un libraire connait FORCEMENT ces ouvrages et ne vous regardera plus JAMAIS comme avant. N’ayant que deux librairies dans ma ville de misère, j’ai déserté celle qui, usuellement, me voit faire mes achats pour celle se situant au bout de la ville. Pourtant, curieuse chose, le malaise ne disparait pas.
De ce fait, je suis allé avec un ami dans la librairie, et une fois dedans, je lui ai dit : « Ecoute. Je te fais cadeau de deux heures d’explications de mathématiques (ndlr : Oui, je donne des cours de maths à mes amis contre une rémunération et je vous emmerde parce-que c’est pas ça qui me fait vivre, ça paye les chips que j’achète tous les trois soirs) si tu commandes les bouquins à ton nom et que tu repasses avec moi les chercher. »
Tout ça pour dire que ces moments où vous avez besoin (plus qu’envie) d’aller acheter de la crème contre les hémorroïdes (je ne parle pas de mon cas personnel, faut pas déconner) à la pharmacie, du produit anti points noirs dans votre supérette, des préservatifs dans un distributeur à quatre du matin par une nuit tempétueuse sont de ceux que l’ont souhaitent éviter. C’est pourquoi il est toujours bien d’avoir des amis ou des magasins de secours, ces fameux « magasins de la honte ».
Après ce stratagème de la honte, je vous apprendrai la semaine prochaine à demander une augmentation tout en ne séquestrant pas votre patron.

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