• Dimanche 19 mai 2013 à 13 h 20
Auteur :
A quoi ressemble un prix Nobel ?

A quoi ressemble un prix Nobel ?

L’extrait suivant est tiré de Désert  un ouvrage du nobélisé Français Jean-Marie Gustave Le Clézio. Dans cet extrait, il se pose finalement la question du feu dans tous ses états, comment on l’allume, comment on l’éteint, l’étincelle, la flammèche, et tout ce qui se trouve autour de l’art du feu (la passion, la brindille, etc.). Publié aux éditions Folio, p 142-143. En italiques, mes commentaires personnels.

               Lalla aime le feu (d’entrée, Le Clézio est bouleversant. Lalla, jeune fille de son roman qui vit dans le désert, n’aime pas les sucettes, les bonbons ou les petits plaisirs qui font la candeur des jeunes filles en fleur. Non, elle aime le feu). Il y a toutes sortes de feux, ici, dans la Cité (on passe aux choses sérieuses). Il y a les feux du matin, quand les femmes et les petites filles font cuire le repas dans les grandes marmites noires (voilà le premier item d’une longue liste d’épithètes qui ne se refrènent pas et que l’on ajoute à tort et à travers à tout ce qui bouge sans le moindre état d’âme), et que la fumée court le long de la terre (« je suis trop un poète », nous confie Le Clézio, car pour moi, la fumée court le long de la terre. Elle ne plane pas avec paresse, elle ne flotte pas avec malice, elle court), mêlée à la brume de l’aube, juste avant que le soleil apparaisse au-dessus des collines rouges (« collines rouges »). Il y a les feux d’herbes et de branches, qui brûlent longtemps, tout seuls, presque étouffés, sans flammes (voilà un feu qui a l’air utile). Il y a les feux des braseros, vers la fin de l’après-midi, dans la belle lumière (« belle lumière ». Le Clézio ne cède pas à la tentation de la lumière dégueulasse du désert. Celle-ci doit être belle) du soleil qui décline, au milieu des reflets de cuivre. La fumée basse (« fumée basse ») rampe  comme (à l’épithète se rajoute la comparaison, on n’arrête pas le talent) un long serpent vague (« long serpent vague » : combo ! Voilà comment on gagne un prix Nobel et un million d’euros. Un serpent ? Ça ne veut rien dire. Le serpent doit être long & vague), appuyée de maison en maison, jetant des anneaux gris (« anneaux gris ») vers la mer. Il y a les feux qu’on allume sous les vieilles boîtes (« vieilles boites ») de conserve, pour faire chauffer le goudron, pour boucher les trous des toits et des murs.

Ici tout le monde aime le feu, surtout les enfants et les vieux (le cycle de la vie, en somme. L’oeuvre de Le Clézio s’adresse à tous. Car finalement, le feu, c’est son oeuvre. De là à dire qu’il faudrait la brûler, il n’y a qu’un pas). Chaque fois qu’un feu s’allume, ils vont s’asseoir tout autour, accroupis sur leurs talons, et ils regardent les flammes qui dansent (cette manie qu’ont les flammes de toujours « danser ». De même, retenez que le feu en règle générale « lèche », le soleil — comme la fumée — « court », de préférence sur la peau, les sourires « errent » sur des visages, les pelouses « frissonnent ») avec des yeux vides (très important : des yeux des flammes, il faut relever l’existence et dire qu’ils sont vides). Ou bien ils jettent de temps à autre de petites brindilles sèches (« brindilles sèches ». Il faut indiquer au lecteur que l’on n’allume pas un feu avec des brindilles humides) qui s’embrasent d’un coup en crépitant (là encore, Le Clézio nous prend par surprise. Les brindilles crépitent, elles ne zinzinulent pas !), et des poignées d’herbe qui se consument en faisant des tourbillons bleutés (« tourbillons bleutés » : extraordinaire). […]

Ensuite, il allume son feu (ie : le pêcheur, car c’est de lui qu’il s’agit) avec son briquet à amadou, en faisant bien attention à mettre la flamme du côté où il n’y a pas de vent (remarquez ce sens de la précision proprement exceptionnel ! Comment est le briquet ? A amadou. Comment met-il sa flamme ? Du côté où il n’y a pas de vent. Ce qui n’est pas sans rappeler aux fumeurs — dans une rare communion entre l’auteur et son lecteur — de longues journées venteuses aux abords du palais des papes d’Avignon. Le Clézio répond à toutes vos questions, et même à celles que l’on ne posait pas). Naman sait très bien faire le feu, et Lalla regarde tous ses gestes avec attention, pour apprendre. Il sait choisir l’endroit, ni trop exposé, ni trop abrité (il y a ici un point de rupture essentielle. En fait, tandis que précédemment Le Clézio nous confiait comment étaient les choses avec ses épithètes à foison, voilà que désormais, il nous confie également comment elles ne sont pas), dans le creux des dunes (il termine en rajoutant le détail essentiel qui manquait : où fait-on le feu. Voilà une leçon de premier choix).

Categorie : Littérature  | Tags: , , , ,  | 3 Commentaires
• Vendredi 10 mai 2013 à 10 h 42
Auteur :

Vous êtes nombreux à m’envoyer des mails de lifestyle, en me demandant « Dis-nous, Mathieu, pourquoi tu parles jamais de lifestyle, et surtout, pourquoi tu parles pas de tshirt personnalisés ? ». Hé oui, j’ai enfin entendu votre appel désespéré, le vôtre mes centaines de milliers de lecteurs, qui attendaient ces articles de lifestyle sur un blog qui n’en parle pas du tout.

C’est pourquoi, il y aura aujourd’hui un article de lifestyle, parce que le lifestyle, et la mode, c’est la vie. Puisque y’a « life » dedans. C’est un signe. Mais peut-être est-il bon, en excellent philosopher que je suis, de définir les termes du sujet avant :

Lifestyle /ˈlaɪf.ˌstaɪl/ masculin (pluriel: — )

  1. Mode de vie.


Voilà ce que nous confie le wiktionnaire. Mais on le sait bien, seul un esprit humain peut analyser une tendance aussi humaine que le lifestyle. Le lifestyle, ce n’est rien d’autre que vivre sa vie (life) avec style. Il y a de nombreuses façon de faire ceci : on peut rouler en limousine, on peut s’acheter des produits Chanel si on est une pretty woman, mettre des ceintures Hugo Boss si on est just a gigolo. Cependant, tout ceci confère à l’existence une vacuité qu’il n’est guère bon d’avoir à assumer seul. En effet, Desproges disait si bien « Ne marche pas dans la mode, ça porte malheur !« .

Pierre Desproges au théâtre Grévin – Haute Couture

Et pourtant, ne faudrait-il pas céder à l’appel des masses populaires et s’habiller en fringues à 250 balles ? Oui. Très exactement, et c’est ce que nous allons faire. Et pour cela, nul besoin de dépenser 250 balles, juste de céder à l’appel des masses populaires. Dans ce but, nous allons remettre au gout du jour une pratique pourtant tombée en désuétude depuis 2004 : le tshirt personnalisé.

Il est vrai que depuis que tant d’enseignes proposent de si merveilleux tshirt, il est bon de se demander pourquoi nourrir le désir d’avoir un tshirt personnalisé. Pour plein de raisons : c’est l’occasion de passer un message personnel à un monde qui n’en demandait pas tant, de porter un « J’<3 mon papa » ou un « J’<3 Beyonce » ou un « J’<3 Emile Louis » (ma préférence va vers le dernier). Et pour cela, ne cherchez pas plus longtemps mes amis, un seul site : www.shirtinator.fr/.

Eh oui ! Loin de surfer sur la facilité commerciale du « J’<3″, shirtinator vous propose toute une palette de service et d’idées plus folles et originales les unes que les autres. Des cadeaux originaux pour la fête des mères, voire un tellement mignon qui vous permettra de partager avec vos bambins cette passion que vous entretenez pour la mise à mort des taureaux !

Qu’attendez-vous, n’hésitez plus ! A bas prix, vous voilà désormais capable d’imprimer sur un tshirt tout ce que votre imagination a à vous offrir.

• Jeudi 09 mai 2013 à 17 h 58
Auteur :

Métaphysique de la mendicité

Il portait une chemise de flanelle légère, sa tête était surmontée d’un élégant chapeau estival et un short sobre couvrait ses jambes poilues. Il était à peu près quatre heures de l’après-midi, et la chaleur de la journée devenait presque étouffante bien que le ciel fut bardé de nuages gris. Il faisait lourd ; on sentait presque les gouttelettes d’humidité se déposer à la surface de nos peaux découvertes pour l’occasion d’un été qui s’approche.

Il avait une barbe naissante, des yeux clairs, de petites joues rebondies, un nez droit, un front ni trop long, ni trop large, et de courts cheveux très noirs qui dépassaient de son chapeau. Dans ses deux mains, il portait une clarinette dont le bec finissait dans sa bouche entourée par de petites lèvres très serrées, la anche bien ancrée sur l’inférieure sans toucher les dents. Il était devant la sortie de la gare, seul avec un ampli derrière qui diffusait de la musique. Devant lui une sacoche Adidas, avec dedans un vieux gobelet Coca en carton de McDo’ destiné à recueillir les pièces.

Car ce jeune homme de moins de trente ans, aux yeux bruns pétillants qui avaient l’air si heureux, faisait la manche. Était-il clochard ? Il n’en avait pas l’air, mais peut-être que des a priori éculés viennent nous laisser penser à tort que les clochards qui parsèment les rues sont nécessairement nauséabonds, une odeur de bière rance dans leur haleine fétide, et que leurs corps crasseux ne s’habillent que de guenilles trouvées derrière une poubelle ou récupérées d’une benne Emmaüs débordante. Leur barbe mensuelle purulente serait leur apparat distinctif, leurs nombreuses rides prématurées seraient reconnaissables d’entre toutes, leur démarche bancale, leurs dents jaunes quand il leur en reste, leur façon de parler en mangeant leurs mots comme si la faim qui les consumait débordait dans toutes les petites actions de leur vie quotidienne, tout ce qui ferait qu’un clochard est un clochard, ne possédant qu’une couverture et supportant les giboulées de mars ou les averses de novembre sans ne pouvoir rien dire ou faire, peut-être que tout ceci n’est pas la vérité de ceux qui, plus que de n’habiter nulle part, vivent partout.

Lire la suite…

• Mercredi 08 mai 2013 à 20 h 06
Auteur :

Centrale - GymnaseC’est les vacances. Pour moi, c’est les vacances. Mon marathon de concours s’est terminé hier (avec ça) (ci-contre le gymnase de Centrale Lyon dans lequel on passait des épreuves, période aussi appelée « Rafle du Vel d’Hiv »), et par conséquent, je suis désormais en vacances jusqu’à fin Juin (où, peut-être, des oraux s’offriront à moi, mais on ne sait pas). La météo étant de mon côté puisque la température était clémente bien que le ciel un peu couvert, j’ai décidé de me rendre à la Part-Dieu, pour acheter des livres, glaner, respirer les odeurs que ni la culpabilité de ne pas travailler, ni le stress d’une épreuve se rapprochant ne permettrait de troubler.

Bref, la vraie vie. Comme nous sommes le 8 Mai, bien entendu, la station de prolétaire qui jouxte mon logis n’est pas desservie. Par conséquent, ne faisant ni une ni deux, je me rends à la borne Vélo’v la plus proche pour retirer un précieux engin qui me permettra de rejoindre ma destination en moins de temps qu’il n’en faut pour prononcer correctement « Eyjafjallajökull », c’est-à-dire 34 minutes.

Je ne sais pas bien pourquoi, parce qu’à chaque que je prends un Vélo’v, c’est le drame. La dernière fois, c’était la veille de l’X (l’X, c’est l’Ecole Polytechnique, pour ceux qui ne connaissent pas). Je rejoignais le lycée un peu chargé (comprendre : avec certains de mes cours dans un sac, mon ordinateur, un gilet au cas où malgré le beau temps et tout un tas de babioles qui rajoutent vite au transport un poids non négligeable). Grand mal m’en fut. J’ai failli mourir 12 fois.

Les vélos Lyonnais, mais probablement comme tous les vélos en libre service du monde, sont une denrée étrange qui force le respect par sa simplicité et un traditionalisme presque émouvant (je ne vous parle même pas des vélos Avignonnais, qui sont à coup sûr les plus mal foutus du monde avec leur « Pour retirer un vélo, veuillez appeler machin ». L’efficacité porte désormais un nom). Voilà qui rajoutait à ma charge naturelle et aux ustensiles que je transportais un handicap supplémentaire.

Lire la suite…

• Samedi 20 avril 2013 à 16 h 09
Auteur :
Il fut un temps, pas si lointain

Il fut un temps, pas si lointain

Camarades extrémistes, intégristes religieux, gudards,  manifestants décérébrées d’une opposition qui s’étiole, c’est à vous que je m’adresse.

Avec l’élection de François Hollande est arrivée dans le même temps la promesse d’un socialisme qui se voulait novateur. A une époque où 13 pays ont déjà adopté le mariage homosexuel (aussi connu sous la dénomination hypocrite « Mariage pour tous »), la France se montrait bien dans ses chaussures en élisant un président qui promettait cette réforme entérinant une bonne fois pour toute cette époque durant laquelle l’homosexualité était vue comme une maladie et était pénalisée (rappelons qu’il existe encore des pays dans lesquels elle est punissable par mort). Un texte qui se voulait joie — comme en Nouvelle-Zélande où le vote s’est fait dans l’allégresse — a dégénéré et est devenu le fer de lance d’une poignée d’intégristes prêts à tout pour se battre contre un bouleversement de ce qu’ils n’ont cessé de connaître. Car les bouleversements sont finalement des obstacles que l’humanité n’a jamais réussi à dépasser, comme la voiture, la radio et le parcmètre automatique.

Ceux qui veulent un référendum n’ont pas compris : le référendum, c’était le 6 Mai dernier, l’adoption et le mariage étaient contenus dans les promesses électorales. Mais Hollande, fort de ce succès, a laissé les choses s’envenimer jusqu’à arriver à un point de non retour. Il avait l’opinion dans sa poche, le texte aurait dû passer sans la moindre encombre (un peu comme dans tous les pays modernes qui l’ont adopté en fait). Mais il a voulu traîner, laisser les choses décanter et les opposants se radicaliser.

C’est ce climat qui a permis à une rescapée d’un système médiatique pourri jusqu’à la moelle qui cherche le sensationnel, le buzz, le bon mot bien au-dessus des idées et des faits, d’aller tapiner dans la rue auprès de BFM, iTélé, TF1 et tous ces médias putassiers qui se réjouissent très certainement de ce qui fait leurs choux gras d’audience. Mais ça y’est, Frigide Barjot existe, on connait son pull, ses cheveux de pailles, son sourire enfantin, ses émotions à la limite du foutage de gueule. Elle a bien compris comment ça marchait, Frigide. Elle voulait être cette bonne maman, celle qui câline, qui fait des bisous, et pour cela, pour protéger ses enfants, elle a accouché par son vagin intellectuel de la Manif Pour Tous, qui sur une référence qui se veut bon enfant a dégénéré en mouvement violent, groupuscule des jeunesses hitlériennes et des catholiques qui n’hésitent pas à proférer des « Je vous salue Marie » en pleine rue, à porter des croix à bout de bras et à arguer au nom d’un seigneur qu’ils veulent Amour la contre-nature de ce projet.

Le vrai visage de la manif de la honte

Voilà qui sont vos religieux. Ce sont ceux qui sans sourciller parlent d’une Taubira qui a décidé « d’assassiner les enfants du pays réel et la famille par dessus tout« , sans penser à tous ces enfants, les vrais enfants du monde réel, qui meurent tous les jours en Syrie, d’une vraie mort, parce qu’une bombe a décidé de tomber sur le tête, ou parce qu’ils ont été abandonnés par leur vraie maman et leur vrai papa qui ont dû fuir. Les mots ont un poids, et en niant les réalités du monde, c’est vous qui conduisez tant d’odos au suicide, et pas si loin, peut-être même à côté de chez vous.

Mais qui sont-ils pour venir, ces religieux moralisateurs, inculquer une morale réprobatrice qui chaque mois et chaque semaine fait des centaines de blessés sur l’autel du conservatisme (et encore) (oui, c’est le Figaro, c’est fait exprès) ? Comment argumentent-ils devant ces enfants qui sont jetés de chez eux un coup de pied au cul parce qu’ils sont pédés ? C’est ça l’amour ? Comment font-ils pour justifier les violences que chaque jour ils subissent un peu plus parce qu’ils veulent prendre la main de leur compagnon dans la rue ? Vous n’êtes rien, vous êtes fétus de paille, et plus vite vous retournerez à votre poussière originelle que vous chérissez tant, plus tôt le monde pourra entamer la guérison de ses blessures si profondes.

Mon Dieu, mon Dieu, délivrez-nous de toutes les religions !

Guy Bedos

Vous n’avez, curés, abbés, prêtes, évêques et archevêques, aucune notion de ce qu’est une famille et un amour. S’il y avait un Dieu, vous seriez bien mal partis pour rentrer dans le Paradis. Mais qu’importe après tout, puisque vous êtes tellement opposés à la société moderne que vous n’avez aucune crédibilité. Voyons par exemple un chef d’oeuvre de putasserie et de vomissure.

 
Manifestation anti-IVG devant l’hôpital de Tenon

Pourquoi le gouvernement ne réagit-il pas face aux manifestations à caractère religieux ? Qu’est-ce que c’est que ce pays dans lequel laïcité est un mot d’ordre, dans lequel on s’indigne à la vue d’une burqa ou d’une mosquée (voire, dans certains cas extrêmes, la simple vue d’un arabe d’apparence musulmane est difficilement supportable), comment est-ce donc possible qu’une telle manifestation soit autorisée ? Les prières de rues sont manifestement INTERDITES (où j’ai raté un cours de droit) (et comme je suis pas en droit, c’est tout de même improbable), et pourtant, le contre-exemple ici est édifiant. Comme le dit la dame dans la vidéo : on met une église dans la rue, obligeant de fait à supporter une religion dans l’espace public. Ce n’est pas normal, et devrait être sévèrement puni. La très sulfureuse Civitas, par conséquent, ne s’en prive pas non plus.

En bonus, la même dame que dans la vidéo

En bonus, la même dame que dans la vidéo

Mais finalement, pourquoi manifestez-vous ? Pour vous opposer au changement ? Non, je ne crois pas. Je pense que, happés par la force du mouvement de groupe, vous avez juste l’impression d’appartenir à quelque chose de grand. Vous sentez que vous avez un combat, et ça y’est, vous existez. Vous êtes dans la cour des grands maintenant, en train d’essayer de laisser votre marque dans les livres d’histoire. Vous espérez pouvoir un jour dire « j’y étais« , mais vous vous moquez bien de la cause que vous défendez. Et pour satisfaire vos ego comme cela a déjà été fait, vous meurtrissez le monde sans vous en rendre compte. Et c’est même Le Figaro qui le dit.

Allez boire un thé, et laissez le monde en paix.

• Mercredi 27 février 2013 à 20 h 25
Auteur :

J’en avais souvent entendu parler, j’avais pu dans de lointains échanges entrapercevoir cette éventualité sans jamais en mesurer les risques, sans jamais faire mienne cette terreur innommable qui aujourd’hui m’habite : ma mère veut être mon amie sur Facebook.

Grand Lord, Micheline et tonton Anastasio qui veillez sur moi dans mes moments les plus désespérés, même quand y’a plus de Nutella, donnez-moi la force de surmonter cette terrible épreuve que seul le néant me semble être capable de réduire à l’inexistence. Un parent sur Facebook, c’est comme tomber sur ta soeur qui joue sur Canal un samedi soir, feat. des animaux de la jungle (oui, il peut m’arriver de regarder des films avec des animaux par erreur, les torrents ne sont plus sûrs, la France a peur) ou te faire surprendre en plein amusement solitaire par ta grand-mère : ça met mal à l’aise.

Donc, ma mère est sur Facebook. En écrivant cette phrase, je ne peux que sentir le futur de notre vie commune et bientôt séparée prendre un tournant totalement différent de celui qu’il aurait dû prendre. Plus jamais je ne pourrais parler d’une biture infâme où A a terminé dans le vomi et où ce lendemain amer s’était retrouvé évaporé dans les vapeurs d’éthanol abusif. Comment parler encore de mes hémorroïdes douloureux et du fait que oui, c’est moi qui ai terminé la mousse au chocolat ?

Je ne pourrais plus jamais terminer la mousse au chocolat. Pourquoi vous me parlez de ça maintenant ? Hein ? HEIN ? Il n’y a plus aucun intérêt de finir la mousse au chocolat si je n’ai personne avec qui partager cette info délectable.

Torture ! J’aurais encore préféré épluché des patates à vie avec un économe qui a le tétanos ! (vous avez vu, les points d’exclamations sont exactement alignés !)

Donc maintenant, c’est la crise. C’est des « Pourquoi tu as ajouté machin et moi tu m’ajoutes pas ? », « Je croyais que notre relation était spéciale », « Pourquoi tu me fais ça ! », « Plus de télé jusqu’à ce que tu m’ajoutes ». Puis ça devient parano, ça dit que je dis du mal sur les murs des gens, que je complote pour sa chute, que j’envie sa destruction imminente. Pour vous dépeindre l’ampleur du désastre, elle a séparé l’appartement en deux, allant jusqu’à installer des portes sécurisés qu’elle a commandé sur www.hormann.fr, autant dire le summum de la qualité, afin de s’isoler de mon être auquel elle désormais une répugnance que l’on ne retrouve guère que chez l’humour de Michael Youn.

Mais le monde n’est plus ce qu’il était et de toute façon, il est bien possible qu’un jour, Michael Youn soit fait Chevalier des Arts et Lettres. Si Christophe Maé l’a fait, pourquoi pas lui après tout. Entre Jennifer Lawrence qui rafle l’oscar de la meilleure actrice pour Hapiness Therapy (non mais, vous avez vu Hapiness Therapy ? Foutage de gueule) alors qu’Emmanuelle Riva pour Amour était nominée, y’a de quoi se tirer une balle.

Ne prenons plus ce phénomène d’ajout intempestif à la légère. Le non-ajout de proches sur Facebook peut être totalement cataclysmique, entraînant des dépressions, des pièges dans la maison (sabotage de chasses d’eau, piégeage de frigidaire, bouteilles dont le bouchon est à peine posé sur le goulot ce qui fait que quand on l’attrape négligemment, bah voilà, tu imagines bien, etc.). On se croirait en zone occupée durant 1943, avec la résistance s’opposant à l’occupation. Ma mère dans le rôle de l’occupation. Je pense.

Mais autant ne pas ajouter un proche c’est comme marcher sur une mine antipersonnel et rester dans l’attente inévitable de l’explosion, autant en ajouter un c’est directement se prendre un obus dans la gueule sans même un « Bonjour ». Pour un peu que tu fasses pas gaffe à ce que tu dis, toute ta famille peut apprendre que oui, tu as de l’herpès génital et que ça gratte, faisant l’objet inévitable du principal sujet de conversation lors des prochaines fêtes de fin d’année.

Pour résoudre ce problème, tu peux interdire l’accès à tes statuts à ces-dites personnes.

Mais personne n’est dupe. Ils comprendront que vous les avez piégés, que vous cachez quelque chose. Et ils vont se léguer contre vous pour découvrir la vérité, vous torturer et vous arracher les poils des narines ! Vous vous êtes déjà arraché un poil de narine ? C’est horrible. Ces gens-là ont Copains d’Avant. Facebook, c’est pour nous les jeunes.

Enfin, on a de la marge Déjà, elle comprend pas Twitter.

• Mardi 26 février 2013 à 12 h 10
Auteur :

Je l’avais rencontrée il y a un mois, sur un site de rencontre – Parship rencontre. Cela faisait des semaines que je m’enlisais dans la solitude de l’homme moderne qui, bien que toujours entouré par ces voix et ces mouvements furtifs qui remplissent une journée, est toujours seul avec lui-même le soir venu. Cet état s’éternisait sans que je n’arrivasse à sortir de cette torpeur léthargique dans laquelle je m’enfonçais tous les jours un peu plus. Mes paupières devinrent lourdes, la commissure de mes lèvres s’affaissa dans l’inverse d’un sourire qui devint alors mon masque quotidien, mes épaules tombèrent et la nonchalance de mon pas peu assuré faisait de moi un des pecnots qui, incapables de trouver leur bonheur par eux-mêmes, se complaisent dans l’intérêt morbide que lui portent ses congénères à base de quolibets moqueurs et de jeux de mots mouillés d’acides. Je n’avais pour seule compagnie qu’une tortue, deux canaris et une chatte.

C’est dans ce contexte où les fumées noircies de mon malheur naissant obscurcissaient les fenêtres de mon existence, n’offrant rien à mon futur sinon les odeurs de soufre rance que connaissent les mineurs, que je l’ai rencontrée. Bien que fermement opposé à ce qui offre aux hommes et aux femmes d’artificiels moyens de se rencontrer — sites de rencontre, speed-dating, sex club, sauna, championnat de scrabble —, j’avais cédé à la faiblesse de mon intellect nouvellement amorphe. Elle s’appellait Anne. Elle avait trente-cinq ans, j’en avais trente-deux, et sous ses délicatesses féminines elle dissimulait l’âme tendre, l’humour doux, l’espièglerie mutine qui donne au corps de la femme ces attraits désirables qui rendent caduque toute forme de rationalité.

Nos discussions durèrent ainsi quelques semaines. Elle travaillait dans une boite d’assurance. Le matin, elle prenait le métro de sept heure direction Stade de Gerland et descendait à Jean Macé. Le soir, elle le prenait direction Charpennes et descendait à Brotteaux. Puis elle achetait du pain et faisait quelques courses. Elle rentrait ensuite chez elle, dans son grand appartement. Je l’imaginais alors enlever ses chaussures, les ranger dans sa penderie, puis poser son corps délicat sur son canapé de satin. Elle mettrait alors ses lunettes, attraperait son livre, et se plongerait dedans pendant des heures, ne voyant pas le temps passer et laissant la lune s’élever dans le ciel pour venir éclairer de ses reflets argentés la ville qui peu à peu tomberait dans un sommeil profond. Un autre soir, elle serait allé au théâtre, à l’opéra ou au cinéma.

Et plus nous avancions, plus je l’imaginais. J’imaginais son rouge à lèvre, son mascara, j’imaginais son parfum qu’elle apposait délicatement au creux de son cou en-dessous d’un chemisier blanc. J’imaginais ses amis, sa famille, sa chevelure aux odeurs d’opium qui m’auraient fait voyager vers des pays imbéciles où jamais il ne pleut. J’imaginais ses genoux, son tendon rotulien, ses aisselles à peine rasées qui laissaient entrevoir la naissance du poil. J’imaginais le cristal de son rire rebondissant contre les mur. En bref, je l’imaginais elle.

Plus nous avancions, plus la commissure de mes lèvres remontait dans la présence d’un sourire qui devint mon masque quotidien. Je ne l’avais pas encore rencontrée, et déjà j’entendais mes congénères se demander la raison de ce soudain changement d’état. J’étais redevenu heureux, et les fumées noires de ce conclave étaient devenues les fumées blanches de ce renouveau tant attendu.

Nous avions fixé un rendez-vous jeudi dernier. Un café place des Terreaux. J’étais arrivé en avance et m’étais donc installé avec un livre pour l’impressionner quand elle arriverait. « Voyage au bout de la nuit ». J’avais du mal à comprendre le style enfantin de cet auteur qui se complaisait dans la vulgarité sans la moindre trace de poésie.

Tandis que j’essayais de me plonger dans ces tranchées mystérieuses, j’observais avec un œil distrait les allées et venues des passants dans le café. Nous nous étions mis d’accord, elle porterait un pull vert. J’avais mis mes lunettes bleues. Afin de conserver jusqu’à la fin la surprise qu’apporte l’amour nouveau, nous ne nous étions pas envoyés nos photos respectives.

Quelques femmes avec un pull vert rentraient, sans que ce ne soit elle pour autant puisqu’elles ne venaient pas vers moi. Alors que le colonel venait de se prendre un obus et que la confiture coulait par terre, une femme entra qui accrocha mon attention.

Son poids s’imposa tout d’abord à moi comme une vérité douloureuse. Elle ne se déplaçait pas, elle coulait, emportant avec elle ses amas de graisse qui font le charme des femmes ventripotentes. Son visage était loin d’être quelconque. Elle avait de grosses lunettes mauves sur un nez trapu surmonté d’une verrue brune qui, si on s’approchait suffisamment, était recouverte de poils. Ses joues étaient deux grosses boules rosâtres et son mono sourcil cachait la moitié de son front, l’autre moitié étant recouverte par une frange de cheveux gras et mal coupés. Sa poitrine, support d’un triple menton qui lui donnait un étrange troisième sein, était difforme, ses hanches beaucoup trop larges, son buste beaucoup trop trapu, ses mamelles beaucoup trop proéminentes sans que rien de tout ceci n’aie une quelconque harmonie. Elle portait des sandales qui laissaient apparaître des ongles jaunis sur des pieds eczémateux et une légère robe de flanelle donnait à ses tibias le regard dérobé que l’on n’aurait jamais voulu porter.

En rentrant, elle tripotait ses gros doigts boudinés. Elle s’arrêta un instant sur le pas de l’entrée et agita sa tête tout autour de la pièce avec la mobilité qui était offerte à son cou. C’est à ce moment que nos regards se croisèrent. Elle écarquilla de grands yeux jaunes et injectés de sang, ouvrit la bouche en dévoilant une dentition partielle et tomba à terre, comme une baleine que l’on tire pour faire du rouge à lèvres.

Avec d’autres clients du bar nous nous approchâmes d’elle précipitamment, paniqués. C’est à ce moment que je le remarquais : elle avait un pull vert. Elle me regarda, sa bouche tordue dans un rictus inquiétant, et m’assena d’un : « Oh mon dieu, vous êtes tellement moche ». Puis elle mourut, dans un râle assourdissant.