• Lundi 01 juillet 2013 à 12 h 58
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Comme je suis un bouseux mais pas en plein, je suis admissible à Supoptique (c’est-à-dire une école de merde), et que du coup, comme je fais 5/2 (ie. Une 3e année de prépa), je passe des oraux afin de m’entrainer pour l’année prochaine.

Tout commence une semaine avant le début du drame. Centrale Paris met à la disposition des élèves passant des oraux une résidence, il suffit de s’y inscrire et on a une chambre sur place. Bousitude n° 1 : Je me trompe de créneau. Le temps d’annuler, car c’est très Web 0.2, et de prendre mon bon créneau, y’a plus de place. On est jeudi, je dois y être dimanche soir, je suis dans la merde.

« - Bonjour, je vous appelle car je suis admissible mais que je n’ai pas de place à la résidence.

-          Essayer d’appeler l’hôtel Bidule et la résidence Machin ».

J’appelle les deux. Dans l’hôtel, plus de place, et la résidence me dit qu’ils ne logent plus de passagers depuis dix ans et qu’il serait temps que Centrale se mette à jour.

«  – C’est encore moi.

-          […]

-          Mais encore ? dis-je en pensant : « Connasse »

-          Je vous mets en relation avec la Résidence de Centrale Paris.

-          [MUSIQUE D’ATTENTE]

-          Résidence Centrale Paris, j’écoute.

-          Bonjour, je suis admissible […]

-          Je vous mets en relation avec le responsable commercial.

-          [MUSIQUE D’ATTENTE]

-          Vous vous y êtes pris trop tard. Au revoir »

En tout, cet échange a bien dû durer 45 minutes. Entre les coupures, les musiques d’attente, les redirections et tout le reste, que du bonheur. Par conséquent, la tristesse remplissant mon petit cœur bouffi, je me décide à demander à un ami de me mettre en contact avec des amis à lui.

C’est chose faite. Je me retrouverais donc dans une colloc’ à Vitry-Sur-Seine (avec le mec qui faisait les TP d’info du Parc en 2010 \o/), à 3 jours en cheval de Chatenay-Malabry (c’est la localisation de Centrale Paris). Mais je m’y résous en pensant que je m’y ferai.

Centrale du pauvre de Chatenay-Malabry

Centrale du pauvre de Chatenay-Malabry

Vient le dimanche soir. J’arrive à gare de Lyon, d’où je prends le métro sans trop de problème. De là, il faut que je prenne le bus 132. Je tourne 15 minutes autour de la bibliothèque François Mitterrand, puis finalement, je le trouve. Mais je le prends dans le mauvais sens. Et pas le 132.

Bref, je fais demi-tour, et me voilà au bon arrêt de bus, dans le bon sens, après avoir grillé au moins quatre tickets parce que c’est Paris et que rien ne marche comme à Lyon. Une demi-heure plus tard, car c’est un bus aux horaires très sporadiques, le voilà qui arrive. Les gens chez qui je vais m’ont donné des instructions, je les suis et descends donc à Porte de Vitry.

Le problème : Google Maps m’indique que je suis à 5 kms de ma destination. Je poireaute avec l’envie d’uriner qui se fait de plus en plus pesante, avec mon sac, ma valise et mon ordinateur. Je reprends le bus, encore dans le mauvais sens (dans l’espoir naturel de me rapprocher du lieu que je convoite, mais apparemment sans succès) puis je me dis que je suis un guerrier des temps modernes et que cette borne de Vélib ne peut que me donner de bonnes idées.

Me voilà donc en Vélib avec ma valise, mon sac et mon ordinateur, conduisant comme un pied mais pas aidé par du matériel défectueux (j’ai pris un vélo un peu voilé). Après douze klaxons à mon endroit, six chutes, quatre collisions contre un mur ou un poteau, j’arrive à destination, à bout de souffle, à moitié mort. Vitry, you are mine.

Je cherche donc où poser mon Vélib afin de pouvoir aller me poser. C’est dans cette expectative que je demande à un badaud où sont leurs bornes de Vélib, à Vitry. « On est plus dans Paris, on a plus de Vélib ». Bon. Je reste calme là où la majorité des personnes aurait déjà pété un câble, je fixe mon Vélib à un poteau avec l’antivol (après avoir compris comment ça marchait) et je pose mes affaires avant de repartir, sans argent et sans veste parce que 1. Je suis un gros con 2. Je pensais que ce serait rapide.

La borne SNCF. DANS Centrale Paris.

La borne SNCF de Centrale Paris (image tordue)

Je reprends un bus, en toute fraude puisque pas d’argent, dans l’espoir de me rapprocher. Alors certes, ça me rapproche, mais je suis complètement perdu, sans la moindre notion de quel chemin emprunter. Je me laisse guidé par un Google Maps approximatif, et une heure et demie plus tard, j’arrive enfin à destination.

Par conséquent, devant cet échec qui m’a failli faire rentrer chez moi le lendemain et ne plus jamais entendre parler d’oraux de ma vie, j’ai décidé de me reprendre en main et de contacter les polytechniciens de mes connaissances (ie. Je connais des polytechniciens). Il peut. Youpi, je serai donc logé sur le campus de l’X. Voilà qui ne sera pas sans raviver quelque ancienne flamme en moi que je croyais éteinte. Du coup, l’image du bicorne flottant devant moi, j’entreprends d’écrire un mail proustien au prof de maths de la MP*, bravant le conseil de classe qui a déjà eu lieu, afin de faire 5/2 au soleil de l’élite.

Le lendemain, je suis à Chatenay-Malabry. L’oral de chimie est catastrophique puisque j’ai eu des DIAGRAMMES BINAIRES (les diagrammes binaires, si vous voulez, c’est le genre de choses où l’on se dit entre nous « Ah ah, t’imagines si tu tombes sur les diagrammes binaires ?! »). C’est un peu l’équivalent en chimie des intégrales doubles sur un domaine dégueu, des intégrales curvilignes, des formes différentielles exactes en maths. Je vous laisse deviner maths I. Mais l’examinateur de maths I était sympa, alors que celui de maths II m’a demandé si je voulais qu’il m’explique comment multiplier des matrices (il me regardait fixement, sans détourner le regard, ne répondant pas à mes questions, horribles). Mais c’était des matrices compliquées.

Mais bon. Le soir, je dois me rendre sur le campus de Polytechnique donc. Bien entendu, quand je rentre dans le RER de la Croix de Berny direction Polytechnique Lozère, les gens ne veulent pas me laisser passer, et la moitié de ma valise se retrouve coincée à l’extérieur tandis que je m’agrippe à la poignée à l’intérieur. Quelques passants bien intentionnés ont beau faire, aucun ne réussit à ouvrir les portes qui une fois closes restent scellées jusqu’à l’arrêt d’après.

Voilà la situation. Je suis dans le RER, ma valise est à moitié dehors, et le monstre d’acier démarre en prenant rapidement de la vitesse. Je m’accroche, fermant les yeux, dans l’espoir fou que rien ne se passe que je puisse regretter. Après trente secondes de folles prières, bien entendu, la valise se prend un poteau.

Figure 1

Figure 1

Le gros bout de la valise. (Le « gros bout de la valise » c’est la dénomination qui fut couramment employée lors de l’énonciation de cette histoire).

Eh bah ma parole, croyez-le ou pas, mais elle a survécu ! Samsonite, ça, c’est de la qualité. Si elle s’était faite décapitée à la manière d’un chinois rencontrant un canadien, je pense que j’aurais été assez triste. Mais non, elle est juste un peu tordue (cf. Figure 1).

Puis j’arrive à Lozère. Et là, c’est le nouveau drame de ces journées qui franchement ont décidé que ma vie ce serait de la merde. Les « marches de l’école Polytechnique ». J’ai une valise estropiée, un ordinateur old-gen qui fait plus de 3 kg et mon sac à bandoulières qui comporte mon livre de physique de 1200 pages et mon livre de chimie, et bien entendu, des connards d’ingénieurs ont foutu trois milliards de marches en bas de leur école.

Une heure et six pauses plus tard, j’arrive au campus tant convoité. J’y suis. Il me vend du rêve. Pourtant, le répit est de courte. À peine ai-je le temps de m’installer que le TIPE fait son apparition. Le TIPE et son « IUT de Paris ».

Je dois y être à 10h. Par conséquent, à 8h, je pars de l’X puisque la RATP m’indique à peu près une heure de trajet. Au moins, j’y serai un peu avance. Après un RER, un tram et un métro, j’arrive à l’IUT. À l’IUT Saint-Denis.

Allégorie (Pont Mirabeau)

Madame, vous avez besoin d’aide ?

L’IUT Saint-Denis IS NOT THE IUT OF PARIS. Catastrophe. Je me suis trompé d’IUT. J’ai utilisé 2 ticket T+ et un ticket de RER je ne sais pas trop quoi. J’appelle.

« - Bonjour, je suis admissible…

-          Je vous mets en relation avec le secrétariat.

-          [MUSIQUE]

-          Bonjour.

-          Je suis prout prout.

-          C’est l’accueil qu’il faut appeler. Vous avez fait 49 32 ou  49 34 ? »

Qu’est-ce que j’en sais moi ? Pour pas passer pour un con, je dis oui.

«  – Oui oui.

-          Ah. Réessayez. »

Ouf. Heureusement qu’elle a pas insisté, parce que c’était pas du tout le numéro de départ. Du coup, j’appelle. « - Oui, vous pourrez passer à 10h 45. – Je suis genre VRAIMENT loin. – Alors à midi 45. Je vous rappelle. Mais venez au pire ».

J’y vais. Une heure et quart plus tard, j’arrive. Là, problème informatique, faut attendre le vice-président de l’IUT. J’attends. À 11h, il arrive. La sentence ne se fait pas attendre : je passerai à 15h 15. Comme un gros con, bien sûr, je n’avais rien pris sinon mes transparents de présentation et À l’Ombre des Jeunes Filles en Fleurs. Cependant, vu le transport que j’avais ce matin-là, il m’a fallu 10 minutes pour le finir.

Du coup, entre 11h et 15h 15, j’ai patienté sur un banc, à attendre que ça passe. Tout cela pour que l’on me demande finalement « Combien y a-t-il d’atomes dans l’univers ? » ou « Quelle est la puissance de calcul de la machine la plus puissante du monde ? » (on m’a aussi demandé si je jouais au Go. La réponse est non. Déjà je joue aux échecs, on peut pas tout avoir).

Mais ça y’est, je suis à ma maison. Je repars dans une semaine. Stay tuned.

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3 Responses

  1. 1
    Alexis 

    « Comme je suis un bouseux »
    voila qui résume bien ta vie, non?

  2. 2
    Araen 

    Oui, mais ça fait pas un article.

  3. C’est toujours aussi joie et volupté, la vie parisienne …

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