• Samedi 19 juin 2010 à 21 h 19
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Tout a commencé une journée ordinaire. Il faisait beau (non, c’est pas vrai, mais je vais pas commencer mon histoire en disant que d’épais nuages gris épaississaient le ciel pendant que je marchais sur un goudron à peine tiède), le soleil brillait avec force (ce n’est toujours pas vrai, mais faites un effort d’imagination) (d’autant plus que dans quelques semaines, plus personne ne sera en mesure de savoir s’il faisait beau ou non ce jour là, Barbara) (sauf si vous lisez ces parenthèses, mais après tout, personne ne lit les parenthèses) (et si vous les lisez, vous avez sérieusement un problème) et les oiseaux faisaient cuicui point. Point virgule même ; c’est là que survint le drame.

Pause. Remarquez que j’enrobe. « Pourquoi faire tenir un mensonge, avoué qui plus est, en plus de 100 mots ? » me direz-vous, et vous n’aurez pas tort. Pour la simple et bonne raison que je ne suis pas drôle, et qu’on fait ce qu’on peut pour avoir l’air conséquent en énonçant un minimum de choses dans un maximum de mots. Unpause.

Je me baladais ainsi, sous ce véritable soleil radieux, le coeur léger mais le dos lourd sous le poids accablant de mes pêchés interdits. C’est là que survint le drame. Ce drame dont tout le monde entend parler depuis ce matin, avec la Une de l’Equipe qui, sans aucun doute inspirée par Appolinaire, Rimbaud ou, c’est plus probable, Jean Genet, titrait « Va te faire enculer, sale fils de pute ». Donc je parcours mon marché, car j’habite la Provence con et que les cigales commencent à sortir dans cette bonne odeur de farigoule putaing, et là j’aperçois un poissonnier qui feuillette le magazine.

J’ai d’abord cru à une hallucination, oui, certes, je le confesse. Mais en fait non. Anelka (un joueur de foot Français. Oui, enfin, on se comprend. Merci pour cette intervention) a énoncé ces vers à Domenech (l’entraineur de l’équipe de France. Oui, enfin, on se comprend. Merci pour cette interv… laissez tomber). Pif, paf ! Un traitre de l’équipe a balancé ces propos à la presse qui est toujours écartée de tout (mais sérieusement, si vous avez pas vu la conférence de presse de tout à l’heure, c’est beaucoup moins drôle, je m’en rends compte) et la suite vous connaissez.

Anelka rentre chez lui. Non, il ne reste pas en Afrique. Vous êtes drôles dites donc. De même, non, la SPA ne le prend pas. Arrêtez, si vous partez là-dessus, on va pas s’en sortir. Je reprends : la coupe du monde c’est finie pour Anelka.

Imaginons désormais la scène, c’est mon travail de journaliste d’investigation, je compte bien avoir le Pulitzer pour ça :

La mi-temps venait d’être annoncée. Les joueurs, acculés dans la promiscuité aberrante de ce vestiaire étouffant, enrobé des effluves enivrantes d’une sueur dégoulinante sur leurs seins lézardés d’ecchymoses, affalés sur les bancs épaissis par la vapeur de leurs chaleurs footballistiques, songeaient évidemment à leur performance médiocre.

(Je sais absolument pas comment ça se passe moi une mi-temps dans des vestiaires, donc je vais ici inventer. Il me faut de l’audience, de l’audience, de l’audience, de l’audience, heu, excusez-moi, TF1 me dégouline dessus)

Dessous les douches (moi, à la mi-temps, je prendrais une douche. S’ils n’en ont pas pris, c’est pour ça qu’ils ont perdu. CQFD), leur simulacre d’érection pendouillant avec mollesse entre deux cuisses battues par l’effort, se dessine l’ombre d’un drame qui les bouleversera à jamais…

RIBERY : Gourcuff (c’est un autre joueur de foot, cherchez pas), tu sais que tu me plais dans tes bas résilles ?

GOURCUFF : C’est ce que m’a dit Thierry Henry (encore un joueur de foot, y’a 23 noms à retenir, mais vous inquiétez pas, on peut s’en sortir avec trois ou quatre) quand il m’a mis sa main. Clin d’oeil. Dommage qu’on ait l’impression que ta tête a, dans une époque lointaine, été aplatie par une grue qui t’est tombée dessus.

RIBERY : Va te faire mettre !

Domenech entre dans les vestiaires. C’est la fête, il se met à chanter « Je préfère manger à la cantine » de Carlos, sans qu’on sache pourquoi mais en si c’est parce-que c’est la première chanson con qui m’est venue à l’esprit. On fait ce qu’on peut.

DOMENECH : Dis donc Anelka (je crois qu’on va arrêter là, c’est le dernier à retenir), tu me laisses mordre longtemps tes tresses lourdes et noires ? Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.

ANELKA, tendu, après un match qui était tout ce qu’il ne fallait pas faire : Va te faire enculer, sale fils de pute.

Aparté : les bleus ont clairement un problème avec les péripatéticiennes.

EVRA, à part, dans sa douche, avec son propre simulacre d’érection : Tiens, je vais souder l’équipe. Je vais dire à l’équipe les vilaines insultes d’Anelka et de Ribéry et je vais dire que y’a un traitre au sein du groupe alors que c’est moi ! Et dans la conférence de presse, je vais faire plein d’erreurs de conjugaisons que les gens y savent bien qu’en fait qu’elles existent pas dans la langue française pour faire bien que je suis un vrai footballeur !

To be continued.

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4 Responses

  1. Amour, gloire et crotte de bique

  2. 2
    Corentin 

    J’ai eu l’impression de lire un Desproges. Bravo. ;)

  3. 3
    PankkypH 

    Araen, je veux porter tes enfants. Je te rassure, tu ES drôle.

    Par contre, je suis encore plus ignorant que toi en matière de foot (c’est pas pour me vanter) mais Anelka ne serait pas chauve par hasard ? Rapport aux tresses…

  4. 4
    Araen 

    @PankkypH C’était un hommage à Baudelaire. Révisions obligent, j’avais ce texte sur mon bureau :D (Un hémisphère dans ta chevelure)

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