• Mercredi 02 mai 2012 à 1 h 30
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« Les rues étaient désertées pendant cette soirée qui pourtant ne faisait que commençait. Le haut du soleil disparaissait derrière les immeubles, jetant au bitume le reste d’une clarté qui avait chauffée les dalles de goudron. Les feuilles roulaient au sol, bercées par le vent, et la poussière claire s’élevait en nuages épars au coin des rues qui s’éteignaient dans l’obscurité naissante. Ni le gonflement des voitures, ni le cliquetis ponctuel d’une clé dans une serrure ou le pas d’un talon contre le pavé ne venaient ternir d’un son inopportun la tranquillité sereine qui enveloppait alors le pays.

Contre les murs s’étalaient encore le papier usé de quelques affiches que les yeux ne regardaient même plus. Tous avaient compris ce qu’il devait advenir. Leurs coins déchirés ne rappelaient à personne les batailles du passé et les cris, les révoltes, les boursoufles d’un grondement ou les blessures d’une opposition calcinée étaient tombées dans le gouffre d’un puis sans garde-fou.

Que s’était-il passé ? Nul ne le sait, et personne aujourd’hui n’en comprend la cause. Loin du climat serein des murs encore chaud de la métropole, les maisons se ternissaient d’une peur qui grossissait sans cesse.  Qui était-il ? Je ne le connais pas. Je tourne le regard. J’ai peur. De quoi ai-je peur ? J’ai désormais peur de tout.

Les révolutionnaires s’étaient taris avant de complètement disparaître. Les gouvernements qui les soutenaient furent renversés, et une coalition des Etats soutenant la jeunesse dorée qui faisait l’apologie des récents évènements mis la main sur le monde entier. Le ralliement des Etats-Unis, avec le soutien des conservateurs qui ont récupéré le pouvoir suite à un putsch effectué avec le soutien de l’armée, a pesé dans la balance et a permis l’aboutissement de ce nouvel ordre mondial qui à l’heure actuelle semble insubmersible. Plus rien n’est publié à l’encontre du dogme instauré par la jeunesse dorée. Les journaux ont été démantelés, et écrire encore dans un journal est passible de mort. Mais la mort n’est plus ce qui effraie le plus.

La peur de tout s’est progressivement immiscée dans les consciences. La peur de l’étranger, la peur de l’inconnu. Dans un monde en guerre se sont resserrées les frontières et c’est de ce fait que se sont retrouvés isolés les peuples qui rêvaient de liberté. Il fallait des coupables, et ils furent tout trouvés par la mégalomanie de quelques fous qui se sont pris pour Dieu. Je sombre.

Je pensais savoir que j’avais raison. Était-ce vraiment le cas ? Quand le pouvoir d’une majorité est omnisciente, elle ne peut pas avoir tort sans engager la folie de toute l’humanité. Elle ne peut pas se tromper sous la contrainte d’un groupuscule. Cette majorité doit détenir la vérité, sans quoi il n’y a jamais rien eu à espérer, et à jamais il n’y aura plus rien.

Mes doigts s’ankylosent dans le froid. Je ne vis plus nulle part, et partout à la fois. J’écris dehors, dans une ruelle, défiant les règles du couvre-feu. La nuit tombe enfin. Ils nous ont monté les uns contre les autres, au point que je ne peux plus aimer personne. Il ont détruit ce qu’il y a avait d’espérance, de solidarité et de découverte en nous. Sommes-nous devenus les bêtes de foires qu’ils voulaient nous voir devenir ? Il semble impossible d’apporter à cette affirmation la moindre forme d’objection. Tout a éclaté.

L’autre jour, j’ai croisé quelqu’un dans la rue. Il m’a frappé. J’ignore pourquoi. Voilà ce qu’est devenue notre société. Voilà ce qu’est devenue notre monde. Voilà ce qu’est devenue notre erreur.

Nous nous sommes trompés une fois. Est-il possible de recommencer ? »

 

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