• Mardi 05 mai 2009 à 22 h 32
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(Voir premier jourdeuxième jour, troisième jour)

« Julie était vraiment jolie. Dommage que je n’eus pu qu’apposer sur ses lèvres un seul baiser, l’unique, l’ultime car le dernier. Nous étions sorti ce matin pour boire un café par cette journée particulièrement calme. Pas de bruit d’explosions ou autres coups de feu, juste le calme, quelques oiseaux cachés dans les branches d’un marronnier, et nous deux assis sur des chaises en fer forgé.

Nous avions roulé la nuit entière pour arriver à Berlin dès l’aube. Les détours furent nombreux avant de sortir du territoire, la circulation se fluidifiant dès notre arrivée en Allemagne. J’avais alors oublié le délicieux vernis d’une vie sans écorchures. Mon Dieu, les bruits urbains courants de Berlin au petit matin me semblait bien flous et tendres par rapport à l’actuel quotidien français. L’air était frais, la fraicheur était pure. J’ai revu le soleil se lever ce matin.

Nous discutions, insouciants. Je regardais le vert de ses yeux et la pulpe de ses lèvres, elle regardait en l’air un nuage de mousse. J’étais apaisé par ces quelques cirrus qui y trainaient, comme si un peintre avait commencé une toile et l’avait laissée inachevée, ne trouvant plus le courage ni la force de continuer à peindre. Puis des petits points au loin étaient apparus. Un vol d’oiseaux sans doute. Et puis les points grossirent, un bourdonnement se fit remarquer. Et des sortes d’obus furent lâchés dans la ville. Les oiseaux s’envolèrent dans un battements d’ailes, la terre se mit à trembler sous mes pieds.

Nous nous sommes levés, bien que mes souvenirs soient flous. Peut-être avions-nous couru, peut-être nous étions nous cachés, je ne sais pas, je lui tenais la main. Emportée par la panique, elle s’éloigna de moi, juste assez pour que sa tête explose, et avec elle une dizaine de personnes. J’ai eu le temps de voir cette fumée noire qui courait derrière l’obus, d’entendre ce sifflement de flèche qui transperce l’air, de voir la tête du missile éclater sur le sol. Le feu s’envola au-dessus de moi, déjà la première larme perlait sur ma joue rugueuse. Des volutes de flammes, une chaleur caressante, une beauté terrible qui l’avait conduite à sa perte. La cuillère que je tenais dans ma main tomba par terre. Je n’entendis même pas le choc entre l’inox et le goudron.

Tout autour de moi sifflaient les balles d’argent, les missiles. J’étais immobile, mes yeux n’avaient pas bougé et regardaient encore cette bulle qui rétrécissait comme un poumon se consume. J’avais perdu mon âme, j’avais perdu mon cœur.

Le feu cessa, je fus seul encore debout. Les gens étaient agenouillés contre des voitures, d’autres protégeaient leur tête de leur bras fragiles. J’avais envie de courir, de partir, de pleurer, de mourir aussi. Je me serai envolé dans les cieux pour récupérer son esprit encore bouillant, j’aurais plongé dans la terre pour extirper de l’enfer sa blonde chevelure.

Je n’eus pas le temps de la pleurer, de m’asseoir à terre à côté de ce qu’il restait d’elle. Tout s’était passé en quelques secondes, je me mis à courir, loin, dans les rues de Berlin. Arrivé à l’hôtel, je repartis pour le quartier général qui se trouvait dans une pièce aménagée spécialement au-dessus d’un pub. Elle accueillait facilement plusieurs centaines de personnes. Les nouvelles allaient bon train, ça parlait, ça s’offusquait, ça s’indignait. Un téléphone sonna et un voix s’éleva plus tard en criant « L’Angleterre a riposté, Paris attaqué, la tour Eiffel renversée, le Sacré-Coeur détruit ». Quoi ? Quoi…

Il sembla que la Russie allait porter main forte à la France, pour une raison obscure que nos spécialistes décrirent comme une prévision des révoltes populaires, ne voulant pas subir à nouveau la crise de 1918 à 1921, et par la même occasion l’apaisement du peuple de part une prise de position. Les alliances se créaient à nouveau. Mais nous étions là pour les affronter.

Le ciel était sans étoile cette nuit. Ce fut le quatrième jour. »

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3 Responses

  1. 1
    Valentin 

    Julie =C
    La Tour Eiffel =C

    Snif, fin tu as quand même eu le temps de l’embrasser !
    Pas mal, c’est hard quand même l’explosion de la tête

    Mais c’est bien continue ainsi !
    Je vais a Berlin la semaine prochaine, espérons que ça ne se passe pas ainsi !

  2. 2
    PankkypH 

    « Tout *S*’était passé », rontudju !!!

  3. 3
    Araen 

    Je mérite qu’on me flagelle, qu’on me foudroie et qu’on me lapide en public. Que les milles pointes d’un acerbe ridicule me transpercent et me tue !

    (J’ai honte, faut que je me relise avant de publier :D )

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