• Mardi 26 juillet 2011 à 20 h 50
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J’ai pommé ma carte d’identité.

Je sais, ça ne vous surprend pas, moi non plus, il faut savoir que ça reste entre elle et moi une grande histoire amour, telle une partie de cache-cache par intermittence dont on ne connait ni le début ni la fin. C’est toujours la surprise, quand va-t-elle disparaître, quand vais-je la retrouver, la retrouverai-je un jour ? Est-ce là, maintenant, la fois où plus jamais je ne la retrouverai ?

Ca a débuté comme ça. La veille du bac, il y a quelques semaines, je me dis « Tiens ! Voilà du boudin Si je retrouvais ma carte d’identité pour demain, ça serait pratique ! ».

Je l’ai bien entendue démontée. Elle était partie derrière un renfoncement du mur, au fond, là où, bon, elle n’avait rien à faire. Et ce n’était pas la première fois. Comme le souligne le message ci-dessus, je l’ai explosée puisque je l’ai retrouvée.

Evidemment, la semaine qui suit était importante, c’était celle du bac, il ne fallait donc plus trop trop jouer à cache-cache parce qu’il faut avouer que ç’aurait possiblement été une faute de goût impardonnable pour mon futur. Là où elle a été très forte, c’est après l’épreuve d’anglais. C’est à dire que nous discutions paisiblement, avec quelques amis, de la possible attirance pédophile du Father Flood pour la soeur de Mme Rose, le sujet dans une main et la carte, vous l’aurez deviné, dans l’autre. Souvenez-vous (ou imaginez pour les plus jeunes), vous sortez d’une épreuve, vous n’avez qu’une idée en tête « EST-CE QUE TU AS MIS LA MÊME CHOSE QUE MOI LA ? NON ?! C’EST TOI QU’A FAUX DE TOUTE FACON ! ».

Que de joie. Mais il faut rentrer chez soi, parce qu’il le faut, à un moment donné. Je m’installe, je fais ce qu’un jeune homme de mon âge fait, c’est-à-dire que je polis mon koala et que, si mes souvenirs de ce soir-là sont bons, je donne un récital de piano devant 500.000 personnes, dont la Reine d’Angleterre à moins que ce ne fut une momie avec des bijoux je ne sais plus. Mais qui seulement peut maintenant faire la différence, je vous le demande. C’est donc en plein récital, pile au moment où je jouais la 5e symphonie de Beethoven tout seul, qu’on sonne à ma porte.

Un flic. Avec ma carte d’identité.

La cochonne. Elle a été très très forte. Mais on ne me la fait pas.

Et donc nous voici, maintenant, dans un cas de figure similaire. J’avais prévu de partir en Europe, demain, mais ma carte en a décidé autrement. Elle a dû mal prendre que je la mène en bateau sur Facebook, elle a donc décidé de se venger en disparaissant soudainement. Et alors, je crois que cette fois, c’est la bonne. Soulignons par ailleurs que quand on perd un objet de ce genre-ci, petit et facilement dissimulable, tous les recoins présentent une possibilité de refuge à la dissidente.

Pourquoi ne serait-elle pas dans ce tiroir que je n’ai pas ouvert depuis au moins 1999 ? La tâche s’en retrouve ainsi considérablement alourdie par les attendrissements successifs au-dessus des souvenirs d’une époque révolue (Oh, ma vieille GameBoy, tu penses qu’elle marche encore si je change les piles ? Oh, mon ancienne carte de cantine ! Je peux pas l’utiliser comme carte d’identité, y’a ma photo dessus ? Oh, un lacet, si je me pendais avec ?). Les tiroirs, les cartons, sous le tapis, derrière les meubles, à l’intérieur des bouquins, dans les papiers, et surtout, surtout, tout ça une cinquantaine de fois.

- Tu viens juste de regarder si elle était pas là-dessous.

- Elle est fourbe. Elle peut très bien changer de place. JE LE SAIS !

- Mais…

- Ca suffit ! Soulève ta chaussure pour voir ?

Paranoïa. Paquets de mouchoirs, trousses, nintendo DS, on ouvre tout en espérant retrouver le bout de bidule truquifié. Sous la lampe, sous le bol, sous la bouteille d’eau, sous la calculatrice, avec la carte bleue ? Elle est où d’ailleurs, la carte bleue ? Carte bleue ?

Avec ma carte bleue, c’est une grande histoire d’amour.

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