L’histoire que je vous conterai aujourd’hui puise son intérêt dans son authenticité absolue. En effet, il y a de cela quelques semaines à peine, tandis que les repas de famille s’enchainaient aussi rapidement que les régimes politiques entre la révolution Française et la fin de la Restauration, j’ai eu l’occasion de découvrir de qui je tenais ma folie chronique. Une première gorgée de punch avalée et quelques toasts en pleine digestion vous suffiront à faire avouer n’importe quel secret inavouable à votre grand-mère un peu décrépie. Celle qui dit « tout le monde s’étonne quand je dis mon âge ». C’est sûr, tu fais plus vieille. Ou qui dit « Je suis mal coiffée, et pourtant, Jacqueline m’a dit que mon brushing était parfait ». On est bien élevé, chez les riches. Maintenant, je sais tout sur la conception de mes parents et sur le passé houleux de cet évier toujours bouché.
Bon voilà, ce repas de famille. Oui, enfin, on se comprend. Famille ça comprend l’amie de la grand-tante ainsi que son mari cancéreux dont le fauteuil roulant fait que c’est toujours qui vous prenez le pied de la table. La famille, c’est aussi l’oncle de la belle-sœur de votre frère, et le chien aveugle et sourd. Situons la scène. Vous vous demandez ce que vous faîtes là, installé dehors pour célébrer un anniversaire dont vous n’avez rien à faire. Les rire hypocrites résonnent sous le soleil de plomb qui, récemment, a fait jaunir l’herbe fraiche. Quelques arbres entourent le terrain plat et la table gondolée est placée sous la tonnelle d’où la glycine dégouline aussi bien que la bave du chien allongé là-bas. Aussi bien que les plis tumultueux que votre grand-père trimballe à ses cuisses.
- Mamie, fais gaffe, t’as une limace dans ton punch. Ah, non, elle s’est dissoute, tu peux y aller.
- Parfait. En parlant de limace, cette anecdote merveilleuse me renvient à l’esprit ! [ndlr : Pour plus de simplicité, la suite du dialogue a été coupé]
Au fil de l’ivresse et des éclats de verres trop pleins, l’orgie familiale se déroule en toute puanteur estivale. Entre le fromage et le melon (de Cavaillon), votre cousine, 5 ans et la naïveté prononcée, vous annonce à gorge déployée que ses parents ont mis l’électricité dans la chambre sa sœur. Tiens, moi qui les croyais encore au temps de Néandertal, beau progrès. Mais attention, c’est quand la mère de la môme insupportable lance un regard diabolique, qui n’est pas sans rappeler celui de Soron, que votre cerveau fume. Vous apprenez, plus tard, que la sœur en question avait dès la nuit tombée des envies d’insomniaques qui consistent à se servir un verre d’eau accompagné de 2 glaçons.
À peine âgée de trois ans, la pauvre incapable de rester dans son lit s’est vue contrainte à l’allongement par l’installation d’une clôture électrique autour de son lit.
- Mouhahaha, m’tenant s’lève plus c’p'tite. C’pas un mal v’savez, dit son père en levant les yeux vers le ciel caché par les branches.
Pour noël, je lui offrirai les barbelés de Guantanamo et un kalachnikov branché au détecteur de mouvements. Quand on fait les choses, on ne les fait pas à moitié. Vous reprendriez bien un punch ?
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