J’en avais souvent entendu parler, j’avais pu dans de lointains échanges entrapercevoir cette éventualité sans jamais en mesurer les risques, sans jamais faire mienne cette terreur innommable qui aujourd’hui m’habite : ma mère veut être mon amie sur Facebook.
Grand Lord, Micheline et tonton Anastasio qui veillez sur moi dans mes moments les plus désespérés, même quand y’a plus de Nutella, donnez-moi la force de surmonter cette terrible épreuve que seul le néant me semble être capable de réduire à l’inexistence. Un parent sur Facebook, c’est comme tomber sur ta soeur qui fait un film pornographique avec des animaux (oui, il peut arriver de regarder des films avec des animaux par erreur, les torrents ne sont plus sûrs, la France a peur) ou te faire surprendre en plein amusement solitaire par ta grand-mère : ça met mal à l’aise.
Donc, ma mère est sur Facebook. En écrivant cette phrase, je ne peux que sentir le futur de notre vie commune et bientôt séparée prendre un tournant totalement différent de celui qu’il aurait dû prendre. Plus jamais je ne pourrais parler d’une biture infâme où j’ai terminé dans le vomi et où mon lendemain amer s’était retrouvé évaporé dans les vapeurs d’éthanol abusé. Comment parler encore de mes hémorroïdes douloureux et du fait que oui, c’est moi qui ai terminé la mousse au chocolat ?
Je ne pourrais plus jamais terminer la mousse au chocolat. Pourquoi vous me parlez de ça maintenant ? Hein ? HEIN ? Il n’y a plus aucun intérêt de finir la mousse au chocolat si je n’ai personne avec qui partager cette info délectable.
Torture ! J’aurais encore préféré épluché des patates à vie avec un économe qui a le tétanos !
Donc maintenant, c’est la crise. C’est des « Pourquoi tu as ajouté machin et moi tu m’ajoutes pas ? », « Je croyais que notre relation était spéciale », « Pourquoi tu me fais ça ! », « Plus de télé jusqu’à ce que tu m’ajoutes ». Puis ça devient parano, ça dit que je dis du mal sur les murs des gens, que je complote pour sa chute, que j’envie sa destruction imminente.
Ne prenons plus ce phénomènes à la légère. Le non-ajout de proches sur Facebook peut être totalement cataclysmique, entraînant des dépressions, des pièges dans la maison (sabotage de chasses d’eau, piégeage de frigidaire, bouteilles dont le bouchon est à peine posé sur le goulot, etc.). On se croirait en zone occupée durant 1943, avec la résistance s’opposant à l’occupation.
Mais autant ne pas ajouter un proche c’est comme marcher sur une mine antipersonnel et rester dans l’attente ineffable de l’explosion, autant en ajouter un c’est directement se prendre un obus dans la gueule. Pour un peu que tu fasses pas gaffe à ce que tu dis, toute ta famille peut apprendre que oui, tu as de l’herpès génital et que ça gratte, faisant l’objet inévitable du principal sujet de conversation lors des prochaines fêtes de fin d’année. Pour résoudre ce problème, tu peux interdire l’accès à tes statuts à ces-dites personnes.
Personne n’est dupe. Ils comprendront que vous les avez piégés, que vous cachez quelque chose. Et ils vont se léguer contre vous pour découvrir la vérité, vous torturer et vous arracher les poils des narines !
Enfin, on a de la marge, elle comprend pas Twitter.



