Archives pour la catégorie ◊ Tribulations d’un taupin ◊

• Lundi 01 juillet 2013 à 12 h 58
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Comme je suis un bouseux mais pas en plein, je suis admissible à Supoptique (c’est-à-dire une école de merde), et que du coup, comme je fais 5/2 (ie. Une 3e année de prépa), je passe des oraux afin de m’entrainer pour l’année prochaine.

Tout commence une semaine avant le début du drame. Centrale Paris met à la disposition des élèves passant des oraux une résidence, il suffit de s’y inscrire et on a une chambre sur place. Bousitude n° 1 : Je me trompe de créneau. Le temps d’annuler, car c’est très Web 0.2, et de prendre mon bon créneau, y’a plus de place. On est jeudi, je dois y être dimanche soir, je suis dans la merde.

« - Bonjour, je vous appelle car je suis admissible mais que je n’ai pas de place à la résidence.

-          Essayer d’appeler l’hôtel Bidule et la résidence Machin ».

J’appelle les deux. Dans l’hôtel, plus de place, et la résidence me dit qu’ils ne logent plus de passagers depuis dix ans et qu’il serait temps que Centrale se mette à jour.

«  – C’est encore moi.

-          […]

-          Mais encore ? dis-je en pensant : « Connasse »

-          Je vous mets en relation avec la Résidence de Centrale Paris.

-          [MUSIQUE D’ATTENTE]

-          Résidence Centrale Paris, j’écoute.

-          Bonjour, je suis admissible […]

-          Je vous mets en relation avec le responsable commercial.

-          [MUSIQUE D’ATTENTE]

-          Vous vous y êtes pris trop tard. Au revoir »

En tout, cet échange a bien dû durer 45 minutes. Entre les coupures, les musiques d’attente, les redirections et tout le reste, que du bonheur. Par conséquent, la tristesse remplissant mon petit cœur bouffi, je me décide à demander à un ami de me mettre en contact avec des amis à lui.

C’est chose faite. Je me retrouverais donc dans une colloc’ à Vitry-Sur-Seine (avec le mec qui faisait les TP d’info du Parc en 2010 \o/), à 3 jours en cheval de Chatenay-Malabry (c’est la localisation de Centrale Paris). Mais je m’y résous en pensant que je m’y ferai.

Centrale du pauvre de Chatenay-Malabry

Centrale du pauvre de Chatenay-Malabry

Vient le dimanche soir. J’arrive à gare de Lyon, d’où je prends le métro sans trop de problème. De là, il faut que je prenne le bus 132. Je tourne 15 minutes autour de la bibliothèque François Mitterrand, puis finalement, je le trouve. Mais je le prends dans le mauvais sens. Et pas le 132.

Bref, je fais demi-tour, et me voilà au bon arrêt de bus, dans le bon sens, après avoir grillé au moins quatre tickets parce que c’est Paris et que rien ne marche comme à Lyon. Une demi-heure plus tard, car c’est un bus aux horaires très sporadiques, le voilà qui arrive. Les gens chez qui je vais m’ont donné des instructions, je les suis et descends donc à Porte de Vitry.

Le problème : Google Maps m’indique que je suis à 5 kms de ma destination. Je poireaute avec l’envie d’uriner qui se fait de plus en plus pesante, avec mon sac, ma valise et mon ordinateur. Je reprends le bus, encore dans le mauvais sens (dans l’espoir naturel de me rapprocher du lieu que je convoite, mais apparemment sans succès) puis je me dis que je suis un guerrier des temps modernes et que cette borne de Vélib ne peut que me donner de bonnes idées.

Me voilà donc en Vélib avec ma valise, mon sac et mon ordinateur, conduisant comme un pied mais pas aidé par du matériel défectueux (j’ai pris un vélo un peu voilé). Après douze klaxons à mon endroit, six chutes, quatre collisions contre un mur ou un poteau, j’arrive à destination, à bout de souffle, à moitié mort. Vitry, you are mine.

Je cherche donc où poser mon Vélib afin de pouvoir aller me poser. C’est dans cette expectative que je demande à un badaud où sont leurs bornes de Vélib, à Vitry. « On est plus dans Paris, on a plus de Vélib ». Bon. Je reste calme là où la majorité des personnes aurait déjà pété un câble, je fixe mon Vélib à un poteau avec l’antivol (après avoir compris comment ça marchait) et je pose mes affaires avant de repartir, sans argent et sans veste parce que 1. Je suis un gros con 2. Je pensais que ce serait rapide.

La borne SNCF. DANS Centrale Paris.

La borne SNCF de Centrale Paris (image tordue)

Je reprends un bus, en toute fraude puisque pas d’argent, dans l’espoir de me rapprocher. Alors certes, ça me rapproche, mais je suis complètement perdu, sans la moindre notion de quel chemin emprunter. Je me laisse guidé par un Google Maps approximatif, et une heure et demie plus tard, j’arrive enfin à destination.

Par conséquent, devant cet échec qui m’a failli faire rentrer chez moi le lendemain et ne plus jamais entendre parler d’oraux de ma vie, j’ai décidé de me reprendre en main et de contacter les polytechniciens de mes connaissances (ie. Je connais des polytechniciens). Il peut. Youpi, je serai donc logé sur le campus de l’X. Voilà qui ne sera pas sans raviver quelque ancienne flamme en moi que je croyais éteinte. Du coup, l’image du bicorne flottant devant moi, j’entreprends d’écrire un mail proustien au prof de maths de la MP*, bravant le conseil de classe qui a déjà eu lieu, afin de faire 5/2 au soleil de l’élite.

Le lendemain, je suis à Chatenay-Malabry. L’oral de chimie est catastrophique puisque j’ai eu des DIAGRAMMES BINAIRES (les diagrammes binaires, si vous voulez, c’est le genre de choses où l’on se dit entre nous « Ah ah, t’imagines si tu tombes sur les diagrammes binaires ?! »). C’est un peu l’équivalent en chimie des intégrales doubles sur un domaine dégueu, des intégrales curvilignes, des formes différentielles exactes en maths. Je vous laisse deviner maths I. Mais l’examinateur de maths I était sympa, alors que celui de maths II m’a demandé si je voulais qu’il m’explique comment multiplier des matrices (il me regardait fixement, sans détourner le regard, ne répondant pas à mes questions, horribles). Mais c’était des matrices compliquées.

Mais bon. Le soir, je dois me rendre sur le campus de Polytechnique donc. Bien entendu, quand je rentre dans le RER de la Croix de Berny direction Polytechnique Lozère, les gens ne veulent pas me laisser passer, et la moitié de ma valise se retrouve coincée à l’extérieur tandis que je m’agrippe à la poignée à l’intérieur. Quelques passants bien intentionnés ont beau faire, aucun ne réussit à ouvrir les portes qui une fois closes restent scellées jusqu’à l’arrêt d’après.

Voilà la situation. Je suis dans le RER, ma valise est à moitié dehors, et le monstre d’acier démarre en prenant rapidement de la vitesse. Je m’accroche, fermant les yeux, dans l’espoir fou que rien ne se passe que je puisse regretter. Après trente secondes de folles prières, bien entendu, la valise se prend un poteau.

Figure 1

Figure 1

Le gros bout de la valise. (Le « gros bout de la valise » c’est la dénomination qui fut couramment employée lors de l’énonciation de cette histoire).

Eh bah ma parole, croyez-le ou pas, mais elle a survécu ! Samsonite, ça, c’est de la qualité. Si elle s’était faite décapitée à la manière d’un chinois rencontrant un canadien, je pense que j’aurais été assez triste. Mais non, elle est juste un peu tordue (cf. Figure 1).

Puis j’arrive à Lozère. Et là, c’est le nouveau drame de ces journées qui franchement ont décidé que ma vie ce serait de la merde. Les « marches de l’école Polytechnique ». J’ai une valise estropiée, un ordinateur old-gen qui fait plus de 3 kg et mon sac à bandoulières qui comporte mon livre de physique de 1200 pages et mon livre de chimie, et bien entendu, des connards d’ingénieurs ont foutu trois milliards de marches en bas de leur école.

Une heure et six pauses plus tard, j’arrive au campus tant convoité. J’y suis. Il me vend du rêve. Pourtant, le répit est de courte. À peine ai-je le temps de m’installer que le TIPE fait son apparition. Le TIPE et son « IUT de Paris ».

Je dois y être à 10h. Par conséquent, à 8h, je pars de l’X puisque la RATP m’indique à peu près une heure de trajet. Au moins, j’y serai un peu avance. Après un RER, un tram et un métro, j’arrive à l’IUT. À l’IUT Saint-Denis.

Allégorie (Pont Mirabeau)

Madame, vous avez besoin d’aide ?

L’IUT Saint-Denis IS NOT THE IUT OF PARIS. Catastrophe. Je me suis trompé d’IUT. J’ai utilisé 2 ticket T+ et un ticket de RER je ne sais pas trop quoi. J’appelle.

« - Bonjour, je suis admissible…

-          Je vous mets en relation avec le secrétariat.

-          [MUSIQUE]

-          Bonjour.

-          Je suis prout prout.

-          C’est l’accueil qu’il faut appeler. Vous avez fait 49 32 ou  49 34 ? »

Qu’est-ce que j’en sais moi ? Pour pas passer pour un con, je dis oui.

«  – Oui oui.

-          Ah. Réessayez. »

Ouf. Heureusement qu’elle a pas insisté, parce que c’était pas du tout le numéro de départ. Du coup, j’appelle. « - Oui, vous pourrez passer à 10h 45. – Je suis genre VRAIMENT loin. – Alors à midi 45. Je vous rappelle. Mais venez au pire ».

J’y vais. Une heure et quart plus tard, j’arrive. Là, problème informatique, faut attendre le vice-président de l’IUT. J’attends. À 11h, il arrive. La sentence ne se fait pas attendre : je passerai à 15h 15. Comme un gros con, bien sûr, je n’avais rien pris sinon mes transparents de présentation et À l’Ombre des Jeunes Filles en Fleurs. Cependant, vu le transport que j’avais ce matin-là, il m’a fallu 10 minutes pour le finir.

Du coup, entre 11h et 15h 15, j’ai patienté sur un banc, à attendre que ça passe. Tout cela pour que l’on me demande finalement « Combien y a-t-il d’atomes dans l’univers ? » ou « Quelle est la puissance de calcul de la machine la plus puissante du monde ? » (on m’a aussi demandé si je jouais au Go. La réponse est non. Déjà je joue aux échecs, on peut pas tout avoir).

Mais ça y’est, je suis à ma maison. Je repars dans une semaine. Stay tuned.

• Mercredi 08 mai 2013 à 20 h 06
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Centrale - GymnaseC’est les vacances. Pour moi, c’est les vacances. Mon marathon de concours s’est terminé hier (avec ça) (ci-contre le gymnase de Centrale Lyon dans lequel on passait des épreuves, période aussi appelée « Rafle du Vel d’Hiv »), et par conséquent, je suis désormais en vacances jusqu’à fin Juin (où, peut-être, des oraux s’offriront à moi, mais on ne sait pas). La météo étant de mon côté puisque la température était clémente bien que le ciel un peu couvert, j’ai décidé de me rendre à la Part-Dieu, pour acheter des livres, glaner, respirer les odeurs que ni la culpabilité de ne pas travailler, ni le stress d’une épreuve se rapprochant ne permettrait de troubler.

Bref, la vraie vie. Comme nous sommes le 8 Mai, bien entendu, la station de prolétaire qui jouxte mon logis n’est pas desservie. Par conséquent, ne faisant ni une ni deux, je me rends à la borne Vélo’v la plus proche pour retirer un précieux engin qui me permettra de rejoindre ma destination en moins de temps qu’il n’en faut pour prononcer correctement « Eyjafjallajökull », c’est-à-dire 34 minutes.

Je ne sais pas bien pourquoi, parce qu’à chaque que je prends un Vélo’v, c’est le drame. La dernière fois, c’était la veille de l’X (l’X, c’est l’Ecole Polytechnique, pour ceux qui ne connaissent pas). Je rejoignais le lycée un peu chargé (comprendre : avec certains de mes cours dans un sac, mon ordinateur, un gilet au cas où malgré le beau temps et tout un tas de babioles qui rajoutent vite au transport un poids non négligeable). Grand mal m’en fut. J’ai failli mourir 12 fois.

Les vélos Lyonnais, mais probablement comme tous les vélos en libre service du monde, sont une denrée étrange qui force le respect par sa simplicité et un traditionalisme presque émouvant (je ne vous parle même pas des vélos Avignonnais, qui sont à coup sûr les plus mal foutus du monde avec leur « Pour retirer un vélo, veuillez appeler machin ». L’efficacité porte désormais un nom). Voilà qui rajoutait à ma charge naturelle et aux ustensiles que je transportais un handicap supplémentaire.

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• Samedi 12 novembre 2011 à 16 h 16
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Je suis allé faire les courses. Quand tu fais les courses en prépa, tu as toujours cette impression de commettre un acte de dissidence, parce que tu prends du temps pour faire autre chose que des maths (hérésie s’il en est une. Quand on a du temps libre, on fait des maths, on ne doit pas s’adonner aux autres considérations. Manger ? POURQUOI FAIRE ? C’EST PAS ÇA QUI ME FERA INTÉGRER HEIN !).

Et comme j’étais parti dans une opposition politique digne des plus forts engagements de M. Keen’V, qui est à la culture ce que l’insecticide est à la faune invertébrée, je me suis dis que j’allais venir ici, et que j’allais vous raconter dans ma vie dans l’espoir de quelque reconnaissance.

J’ai donc fait mes courses, pour me préparer à manger.

14h 20 : Je rentre dans la cuisine.

14h 56 : J’explique sur ce blog que je ne mange qu’à 14h 20 parce que je me suis levé tard ce matin, j’ai raté la cantine, et du coup je suis allé faire les courses tard, mais ne chipotons pas, je vous en prie. En plus, ça n’intéresse personne, donc parlons de choses qui intéressent le monde entier :

14h 21 : Qu’est-ce que je vais faire à manger ? Merguez, chili, saucisses, steaks, oeufs ?

14h 21 et 31 secondes : Merguez et  oeufs.

14h 21 et 32 secondes : Merde, j’ai pas d’huile. J’ai pas de beurre non plus. Idée : « Est-ce que ma poêle est non adhésive, comme la poêle en pierre du télé-achat dans laquelle tu peux faire des oeufs sans aucune matière grasse et que même après ça accroche pas ? ». Réponse : « Non ». « Merde ».

14h 21 et 33 secondes : « Je suis en prépa ». Qu’à cela ne tienne, les merguez, c’est gras, je vais faire mes merguez d’abord, et ENSUITE, je mettrai mes oeufs dans la poêle, utilisant de cette façon la graisse des merguez.

14h 22 : Je mets dans la poubelle un des oeufs que j’ai cassé en route parce que je suis très doué et que la caissière m’a bousculé et qu’il fallait aller vite parce que les gens derrière me regardaient et que j’étais au téléphone et que ça faisait « bip bip BIP BIP » et que les articles s’entassaient devant moi et que j’essayais de sortir un sac de mon sac à dos (et que j’ai commencé à écrire « j’essayaient » mais je suis fatigué et même que hier j’ai donné ma clé d’internat à la vie scolaire à la place de la clé de la salle de musique et que je m’en suis rendu compte que devant ma porte « Zut, c’est pas ma clé ça » et même que quand je suis redescendu je lui ai dit « Je suis fatigué » et qu’il m’a répondu « Hein ? » et que je lui ai dit « Vous avez l’air fatigué aussi » et qu’on a ri all night long jusqu’à au moins 20h 30) puis que je lui ai donné ma carte Simply Market avec écrit « Happy » dessus et que je me suis dit « Mon Dieu, ce qu’ils me connaissent mal ». Bref, j’ai jeté un oeuf à la poubelle.

14h 25 : C’était très intelligent le coup des merguez. C’est très gras, donc taupin : 1 – huile : 0. Mais c’est très gras donc taupin : 0 – Peinture de la cuisine refaite : 1. Si on vous demande, vous n’avez rien vu.

14h 26 : J’enlève les merguez, je mets les oeufs.

14h 26 et 12 secondes : Je mets la moitié du deuxième oeuf à côté de la poêle en le cassant.

14h 26 et 14 secondes : Psssccchhht.

14 h 26 et 16 secondes : Position du penseur, regarde par la fenêtre et songe à sauter sur la voie ferré (PS : la voie ferrée est juste à côté de l’internat, c’est ça l’humour. On dirait qu’on nous dit : « On sait que vous êtes en prépa, on a pensé à tout. Regardez : y’a même un train à suicides à côté »).

14h 30 : Où sont passé mes oeufs ? Pourquoi c’est tout rouge ?

14h 31 : Ah oui. Ils sont là.

14h 33 : Hé hé. I WON AGAINST THE KITCHEN.

14h 40 : Je nettoie la cuisine parce que maintenant elle est crade.

15h 10 : Je conclue cet article.

15h 17 : Je fais des maths.

• Mercredi 26 octobre 2011 à 22 h 10
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Samedi matin. 8h. Cela faisait pratiquement quarante minutes que j’étais levé, et j’avais à peine eu le temps de boire mon café avant de descendre de ma chambre pour rejoindre la salle. Quatre heures plus tard : démonstrations ratés, problèmes éludés et désespoirs angoissants.

- T’as réussi ?

- J’ai passé une demi-heure à rien faire, me disant que je n’avais pas ma place ici. Plus réfléchi à l’existence qu’au problème de Monsieur Connes. J’ai failli pleurer. Je sais pas pourquoi je m’en suis abstenu.

- Moi aussi. C’était horrible. Entre 10h 30 et 11h 30, j’étais amorphe. Impossible d’aligner correctement deux quantificateurs. Tu lis la question. Tu commences. Tu n’arrives pas. Tu admets le résultat.

- Puis tu passes à la question d’après. Tu commences. Tu n’arrives pas. Tu admets le résultat.

- Et tu laisses des blancs, dans l’espoir d’y revenir après.

- Sauf qu’après, t’es plus dans l’exo, et tu y arrives pas plus.

- Et finalement, t’as cinq copies doubles à la structure lacunaire. Atomique. Qu’en penserait Rutherford ?

- Il serait pas très fier de nous.

- Ça non…

Samedi midi. Tu te casses au self, la correction de 14 pages à la main. Tu la lis. Tu te dis « putain, mais ça j’aurais pu le faire, pourquoi je l’ai pas fait ? », « mais quel con, je me suis planté dans le calcul, toute ma deuxième partie est fausse », « oh merde, cos(2π/5) c’est positif. Mon exercice 2 est faux, alors que j’avais juste dans le raisonnement. Si seulement on avait le droit aux calculatrices… ».

- Tu manges pas ?

- Pas faim. T’as fait  juste ça ?

- Ouais.

- Et ça ?

- Faut pas abuser.

Samedi après-midi. Tu ranges ta correction. Comme tous les samedis après-midi, tu pars au casino à 20 mètres du lycée, ou au Simply Market si t’as du courage (il faudrait d’ailleurs que tu actives ta carte de fidélité, qui s’appelle « Happy ». Genre t’es happy le samedi après-midi. Y’a qu’à la fac que tu peux être happy le samedi après-midi. A la fac ou à la caisse du Simply Market, parce qu’en tant que caissière, tu ne réfléchis pas, tu ne connais pas la théorie des ensemble ou la théorie de la réaction prépondérante. Tu regardes passer les gens chaque jour, ceux qui ont un peu plus raté leur vie que toi, et ceux qui indéniablement la réussiront mieux). Tu restes planté une demi-heure devant le rayon des bonbecs. Tu observes les prix. Tu t’en fous, c’est une soudaine mélancolie. Tu prends un paquet, t’arrives à la caisse.

C’est pas celui que tu voulais, tu vas le reposer. Tu regardes le rayon, astreint à un silence morbide, le visage creux et le regard vide. Tu reprends le même. Tu t’empares d’un paquet de chips qui traîne par là. Tu rentres. Tu regardes pas le type de la loge, tu récupères ta carte d’internat. Tu croises d’autres internes qui se cassent à l’ENS regarder des expériences de physique. T’as pas le courage de sortir, d’aller à l’ENS. T’iras jamais à l’ENS ? Peut-être pas.

- Non, je vais bosser.

Tu vas bosser. T’ouvres ton classeur immonde, plus lourd que l’ensemble de tous tes cours depuis la sixième. Tu mets Gainsbourg en fond sonore. « Dans son regard absent et son iris absinthe ».

Tu ris. « Toutes les femmes sont à prendre. Enfin, y’en a qui peuvent attendre ».

Tu t’y mets, un peu. Tu manges des chips, ça craque. Tu mets en route ta machine à café. Tu fiches, tu fiches, tu fiches. Pourquoi la dérivée de sinθ c’est -ωcosθ (EDIT : Lire cet article un an plus tard a eu le mérite de me faire rire) ? Puis tu comprends. Tu débutes. T’as pas l’habitude.

Ton téléphone sonne.

- Tu viens à la patinoire ?

- Je sais pas, je me tâte.

- Tâte-toi vite, on attend plus que toi.

- J’arrive.

On m’avait pas dit rendez-vous devant le lycée.

On part à la patinoire, qu’il est déjà lundi.

Lundi, tu penses à samedi prochain. Quels bonbons vas-tu donc acheter, cette fois ?

• Samedi 10 septembre 2011 à 13 h 04
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Dire qu’on a pas le temps de faire un truc est un mensonge éhonté qui ne devrait pas exister. On a toujours le temps de faire ce qu’on aime, et surtout on le trouve toujours. Non, en vrai, c’est juste que j’ai plus internet et que, de ce fait, l’écriture d’articles se retrouve dans une position difficile par rapport à ma volonté seule.

Donc. Vous le savez peut-être pour un peu que vous m’ayez lu ces derniers mois, je suis en prépa maths au lycée du Parc (HX4 power !). Ces quelques lignes seront donc destinées à répondre à mes proches qui n’ont pas de nouvelles parce que je ne les aime pas en vrai (mais un peu de temps en temps) et à ceux qui seraient possiblement intéressés par la vie en prépa. Il y aura de toute manière d’autres articles par la suite, je ne vous oublierai pas. Bref, la rentrée pour les internes était dimanche, ça fait donc même pas une semaine que je suis là mais j’ai l’impression que ça fait dix ans.

Le premier soir, déjà, il pleuvait. Et le premier soir, c’est la soirée d’intégration (qu’on n’appelle plus bizutage parce que maintenant c’est interdit et que le proviseur a bien dit que le ministre ferait une déclaration si un grand lycée comme ici subissait des bavures, ACHTUNG !). On s’est donc retrouvés dans le parc d’à-côté ¬– un parc genre génial – mais sous la pluie, où on a dû s’asseoir, et où ensuite on a dû traverser la ville et demander aux gens une signature sur un papier avec écrit dessus « Les taupins sont trop sexy ». Les taupins c’est nous, les scientifiques, ceux qui dominent le monde pour l’heure et pour la fin des temps (pas comme les BCPST (la concurrence entre filières est rude, mais on ne le pense pas (par contre, si vous entendez « HEC enculés ! », c’est normal (c’est la faute aux A/L ça encore) ) ). L’encre était baveuse, va signer sur un papier trempé un dimanche soir à plus de dix heure où y’a plus personne à part un dernier kébab encore ouvert. Bon. On a quand même eu une quinzaine de signatures, ce qui est franchement PAS MAL.

D’un côté (à partir du lundi), il y a les cours, et une vie sociale que l’on néglige quand on en parle. Mais la prépa est un espace de grands malades mentaux où les vacances (c’est pas moi qui le dit, c’est les deuxièmes années), c’est les moments de libres où on a le temps de faire des maths. Sauf que là, on s’éclate tous à faire des maths. Si c’est votre truc et que vous hésitez, n’hésitez plus. Vous passerez votre journée sur des triples sommes, des quantificateurs et des qualifications d’espace pour les complexes. On a écrit trente pages de maths, mais c’est jouissif. C’est le passage du lycée, où la pratique des mathématiques est une tare, à la prépa où cette même pratique est un loisir. Du coup, tu t’amuses sur les DMs qu’on te file tout en travaillant. Ce qui est assez énorme.

Les premières années sont les bizuts, c’est comme ça, même si ça devrait plus se dire. Mais c’est loin du bizutage violent que chacun a pu entendre. On est lié aux deuxièmes années qui nous parrainent et qui sont d’un sympa juste incroyable (dont la plupart en MP* ont un an d’avance et sont pour certains plus jeunes que toi), on peut avoir des discussions juste fascinantes sur un tas de sujet qu’on devait ruminer tout seul entre les murs du lycée faute d’interlocuteur, et la moyenne de la classe – avec les notes de terminales – tournent à 18. Les « Ouais, j’ai eu que 19 en maths, T’IMAGINES, PUTE DE SPÉ QUOI ! » sont légions. Et les mêmes notes en philo également. De premier pour presque tous, on peut facilement se retrouver 46e. Et surtout, on rencontre de ces esprits qui n’existent qu’en rêves. Des gens capables de réflexion d’une vivacité hors du commun, des gens qui t’expliquent un truc quand c’est toi qui a toujours tout expliqué, des gens qui prennent autant leur pied que toi à faire des maths, des gens qui parlent maths autour d’un verre de téquila et qui cherchent le moyen le plus efficace pour manger de la bonne bouffe chez soi (à base de grand-mère, d’enfant, de petits enfants, de mariage grabataire et autres afin d’optimiser les chances de faire un truc bon à partir de deux trucs dégueus en soi). Ce qui n’est pas un mensonge, je vous jure.

Jouis-sif. Pas d’autre mots. Je crois que j’ai jamais été autant à ma place qu’ici. À tous ceux qui pensent que la prépa est un tue la vie maintenant, je leur dirai que c’est faux faux faux. C’est surprenant, mais pour le moment, on est un bon groupe à avoir l’impression de se connaitre depuis la maternelle. On est ensemble à la cafét’, on boit du café, on fait les DMs ensemble jusqu’à 9h le soir, on sort au parc, on va se promener, on met en commun des connaissances, et au final on se retrouve avec un noyau dur d’amis qu’on peut pas éclater. Et on en a le temps. Parce que c’est du boulot, mais du boulot qui plait et qui de fait rend les choses beaucoup plus palpitantes.

Après, y’a aussi les choses comme le 2h de maths, 2h de physique, puis 2h de maths le mercredi. Avec le prof de physique qui rogne sur la récré où qui peut vous dire « En fait, je vous garde jusqu’à dix-huit heure aujourd’hui, c’est bon ? ». Impensable au lycée. Les jours n’existent plus. Seul le week-end sépare les semaines les unes des autres. Jouis-sif. J’arrive pas vraiment à mettre des mots sur l’ambiance. Y’a pas la concurrence – chez moi du moins, je vais essayer de pas parler au nom d’HIV ou de Louis le Grand – qu’il peut y avoir dans les plus grandes prépas (les deux meilleures prépas scientifiques devant le Parc en fait). C’est carrément un esprit d’entraide et un esprit, même s’il est dans la compétition pour trouver en premier la solution, qui entraine vers le haut ceux qui ne font pas les liens ou qui les font ailleurs. Chacun a son talent et son intuition à apporter au groupe.

Enfin, ça parle concours. Là, je décroche. Qu’est-ce que j’en sais moi ce que je veux faire comme concours ? J’ai fait prépa parce que les maths ça m’amuse. Mais l’X (polytechnique pour les néophytes), l’ENS, Centrale ou les Mines reviennent. Il n’y a que celles-ci au sortir d’une école comme celle-là. D’ailleurs, je suis en 831, qu’on appelle aussi HX4, soit Hypo X (optimistes), mais va savoir quoi choisir. C’est sans doute ça le plus dur.

Et en plus, on fait sport quand on veut lalalalaire. On peut y aller trois fois par semaine et pas pendant un mois. C’est archi-libre, et ça permet de décompresser un peu pour s’arrêter de faire des maths pendant un quart d’heure (il ne faut pas abuser des bonnes choses).

Si j’avais pour l’instant un conseil à donner aux indécis qui font des maths, qui aiment ça parce que c’est aussi esthétique que l’Art, qui en font parce que la réflexion et l’imagination sont stimulées et stimulantes, n’hésitez plus une seconde : partez en prépa. C’est un autre monde, et c’est un monde magique.