Archives pour la catégorie ◊ Tendre désespoir ◊

• Jeudi 09 mai 2013 à 17 h 58
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Métaphysique de la mendicité

Il portait une chemise de flanelle légère, sa tête était surmontée d’un élégant chapeau estival et un short sobre couvrait ses jambes poilues. Il était à peu près quatre heures de l’après-midi, et la chaleur de la journée devenait presque étouffante bien que le ciel fut bardé de nuages gris. Il faisait lourd ; on sentait presque les gouttelettes d’humidité se déposer à la surface de nos peaux découvertes pour l’occasion d’un été qui s’approche.

Il avait une barbe naissante, des yeux clairs, de petites joues rebondies, un nez droit, un front ni trop long, ni trop large, et de courts cheveux très noirs qui dépassaient de son chapeau. Dans ses deux mains, il portait une clarinette dont le bec finissait dans sa bouche entourée par de petites lèvres très serrées, la anche bien ancrée sur l’inférieure sans toucher les dents. Il était devant la sortie de la gare, seul avec un ampli derrière qui diffusait de la musique. Devant lui une sacoche Adidas, avec dedans un vieux gobelet Coca en carton de McDo’ destiné à recueillir les pièces.

Car ce jeune homme de moins de trente ans, aux yeux bruns pétillants qui avaient l’air si heureux, faisait la manche. Était-il clochard ? Il n’en avait pas l’air, mais peut-être que des a priori éculés viennent nous laisser penser à tort que les clochards qui parsèment les rues sont nécessairement nauséabonds, une odeur de bière rance dans leur haleine fétide, et que leurs corps crasseux ne s’habillent que de guenilles trouvées derrière une poubelle ou récupérées d’une benne Emmaüs débordante. Leur barbe mensuelle purulente serait leur apparat distinctif, leurs nombreuses rides prématurées seraient reconnaissables d’entre toutes, leur démarche bancale, leurs dents jaunes quand il leur en reste, leur façon de parler en mangeant leurs mots comme si la faim qui les consumait débordait dans toutes les petites actions de leur vie quotidienne, tout ce qui ferait qu’un clochard est un clochard, ne possédant qu’une couverture et supportant les giboulées de mars ou les averses de novembre sans ne pouvoir rien dire ou faire, peut-être que tout ceci n’est pas la vérité de ceux qui, plus que de n’habiter nulle part, vivent partout.

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• Samedi 20 avril 2013 à 16 h 09
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Il fut un temps, pas si lointain

Il fut un temps, pas si lointain

Camarades extrémistes, intégristes religieux, gudards,  manifestants décérébrées d’une opposition qui s’étiole, c’est à vous que je m’adresse.

Avec l’élection de François Hollande est arrivée dans le même temps la promesse d’un socialisme qui se voulait novateur. A une époque où 13 pays ont déjà adopté le mariage homosexuel (aussi connu sous la dénomination hypocrite « Mariage pour tous »), la France se montrait bien dans ses chaussures en élisant un président qui promettait cette réforme entérinant une bonne fois pour toute cette époque durant laquelle l’homosexualité était vue comme une maladie et était pénalisée (rappelons qu’il existe encore des pays dans lesquels elle est punissable par mort). Un texte qui se voulait joie — comme en Nouvelle-Zélande où le vote s’est fait dans l’allégresse — a dégénéré et est devenu le fer de lance d’une poignée d’intégristes prêts à tout pour se battre contre un bouleversement de ce qu’ils n’ont cessé de connaître. Car les bouleversements sont finalement des obstacles que l’humanité n’a jamais réussi à dépasser, comme la voiture, la radio et le parcmètre automatique.

Ceux qui veulent un référendum n’ont pas compris : le référendum, c’était le 6 Mai dernier, l’adoption et le mariage étaient contenus dans les promesses électorales. Mais Hollande, fort de ce succès, a laissé les choses s’envenimer jusqu’à arriver à un point de non retour. Il avait l’opinion dans sa poche, le texte aurait dû passer sans la moindre encombre (un peu comme dans tous les pays modernes qui l’ont adopté en fait). Mais il a voulu traîner, laisser les choses décanter et les opposants se radicaliser.

C’est ce climat qui a permis à une rescapée d’un système médiatique pourri jusqu’à la moelle qui cherche le sensationnel, le buzz, le bon mot bien au-dessus des idées et des faits, d’aller tapiner dans la rue auprès de BFM, iTélé, TF1 et tous ces médias putassiers qui se réjouissent très certainement de ce qui fait leurs choux gras d’audience. Mais ça y’est, Frigide Barjot existe, on connait son pull, ses cheveux de pailles, son sourire enfantin, ses émotions à la limite du foutage de gueule. Elle a bien compris comment ça marchait, Frigide. Elle voulait être cette bonne maman, celle qui câline, qui fait des bisous, et pour cela, pour protéger ses enfants, elle a accouché par son vagin intellectuel de la Manif Pour Tous, qui sur une référence qui se veut bon enfant a dégénéré en mouvement violent, groupuscule des jeunesses hitlériennes et des catholiques qui n’hésitent pas à proférer des « Je vous salue Marie » en pleine rue, à porter des croix à bout de bras et à arguer au nom d’un seigneur qu’ils veulent Amour la contre-nature de ce projet.

Le vrai visage de la manif de la honte

Voilà qui sont vos religieux. Ce sont ceux qui sans sourciller parlent d’une Taubira qui a décidé « d’assassiner les enfants du pays réel et la famille par dessus tout« , sans penser à tous ces enfants, les vrais enfants du monde réel, qui meurent tous les jours en Syrie, d’une vraie mort, parce qu’une bombe a décidé de tomber sur le tête, ou parce qu’ils ont été abandonnés par leur vraie maman et leur vrai papa qui ont dû fuir. Les mots ont un poids, et en niant les réalités du monde, c’est vous qui conduisez tant d’odos au suicide, et pas si loin, peut-être même à côté de chez vous.

Mais qui sont-ils pour venir, ces religieux moralisateurs, inculquer une morale réprobatrice qui chaque mois et chaque semaine fait des centaines de blessés sur l’autel du conservatisme (et encore) (oui, c’est le Figaro, c’est fait exprès) ? Comment argumentent-ils devant ces enfants qui sont jetés de chez eux un coup de pied au cul parce qu’ils sont pédés ? C’est ça l’amour ? Comment font-ils pour justifier les violences que chaque jour ils subissent un peu plus parce qu’ils veulent prendre la main de leur compagnon dans la rue ? Vous n’êtes rien, vous êtes fétus de paille, et plus vite vous retournerez à votre poussière originelle que vous chérissez tant, plus tôt le monde pourra entamer la guérison de ses blessures si profondes.

Mon Dieu, mon Dieu, délivrez-nous de toutes les religions !

Guy Bedos

Vous n’avez, curés, abbés, prêtes, évêques et archevêques, aucune notion de ce qu’est une famille et un amour. S’il y avait un Dieu, vous seriez bien mal partis pour rentrer dans le Paradis. Mais qu’importe après tout, puisque vous êtes tellement opposés à la société moderne que vous n’avez aucune crédibilité. Voyons par exemple un chef d’oeuvre de putasserie et de vomissure.

 
Manifestation anti-IVG devant l’hôpital de Tenon

Pourquoi le gouvernement ne réagit-il pas face aux manifestations à caractère religieux ? Qu’est-ce que c’est que ce pays dans lequel laïcité est un mot d’ordre, dans lequel on s’indigne à la vue d’une burqa ou d’une mosquée (voire, dans certains cas extrêmes, la simple vue d’un arabe d’apparence musulmane est difficilement supportable), comment est-ce donc possible qu’une telle manifestation soit autorisée ? Les prières de rues sont manifestement INTERDITES (où j’ai raté un cours de droit) (et comme je suis pas en droit, c’est tout de même improbable), et pourtant, le contre-exemple ici est édifiant. Comme le dit la dame dans la vidéo : on met une église dans la rue, obligeant de fait à supporter une religion dans l’espace public. Ce n’est pas normal, et devrait être sévèrement puni. La très sulfureuse Civitas, par conséquent, ne s’en prive pas non plus.

En bonus, la même dame que dans la vidéo

En bonus, la même dame que dans la vidéo

Mais finalement, pourquoi manifestez-vous ? Pour vous opposer au changement ? Non, je ne crois pas. Je pense que, happés par la force du mouvement de groupe, vous avez juste l’impression d’appartenir à quelque chose de grand. Vous sentez que vous avez un combat, et ça y’est, vous existez. Vous êtes dans la cour des grands maintenant, en train d’essayer de laisser votre marque dans les livres d’histoire. Vous espérez pouvoir un jour dire « j’y étais« , mais vous vous moquez bien de la cause que vous défendez. Et pour satisfaire vos ego comme cela a déjà été fait, vous meurtrissez le monde sans vous en rendre compte. Et c’est même Le Figaro qui le dit.

Allez boire un thé, et laissez le monde en paix.

• Lundi 29 octobre 2012 à 21 h 42
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Mais pourquoi…

Liza Monet – My Best Plan

• Lundi 02 janvier 2012 à 18 h 10
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Je suis en train. Pas en train de manger ou en train de repeindre un tractopelle. Non, vraiment en train. Avec de vrais rails et des chemins de fer.

De façon périodique, je prends le train. Pas n’importe quel train, le TER n° 17718 en provenance de Marseille St-Charles et en direction de Lyon Part-Dieu. Bien sûr, seulement que je pars d’Avignon. Quand je pars de Lyon, ça doit en être un autre, va savoir, je suis pas Mme SNCF. Je connais pas tous les trains personnellement.

Toutefois, la dernière fois, un drame s’est produit. Alors que, comme à l’accoutumée, j’étais en retard pour la gare, je me suis égaré dans les dédales de ma conscience, confondant les lettres, les chiffres, les horaires et les couleurs.

13h23 : J’ai mon train à 13h26, je n’ai pas pris mon billet.

13h25 : Comment dire, je crois que c’est ça qu’on appelle l’apocalypse. Plus qu’une minute avant mon train. Je regarde en vitesse les affichages, cherchant frénétiquement comme un colombien en quête de poudreuse le salvateur « Marseille St Charles » clignotant sur le tableau d’affichage. Dans un sursaut de bonheur humide au niveau au niveau de l’entrejambe, je l’aperçois : Voie H. Départ imminent.

13h25 et 32 secondes (car je suis très rapide) : Je suis sur la voie. « Madame, dîtes-moi, vous qui dans votre resplendissante beauté aérienne connait de ce monde tous les mystères enfouis, c’est le train pour Marseille St Charles ? ». Après avoir répondu dans son infinie sagesse et son immense mansuétude « Ouais ouais, c’est ça, mais là je suis pressée quoi alors zut », je rentre.

13h 29 : Départ du train.

13h 31 : « Monsieur, je crois que vous êtes à ma place ». Hm ? Pris de surprise et tétanisé à l’idée de devoir déplacer le bordel qui en deux minutes avait amplement eu le temps de s’éparpiller, composé essentiellement de physique et de mathématiques (car je suis en maths sup, ouais, tu m’as compris !), j’accepte cependant la sentence fatale et me décide à déplacer l’amas de muscles qui constituent mon corps d’athlète (car je suis en maths sup, ouais, tu m’… en fait, oubliez) d’un geste fluide et souple.

13h 33 : L’effort m’a asséché la trachée et un sentiment assoiffé habite désormais l’étroit habitacle des muqueuses de ma gorge. Je demande s’il est possible de se rafraîchir dans ce train, avec toutefois la conscience de l’homme moderne qui vit avec son temps et qui sait bien que dans le TER, l’eau est aussi rare que les A offerts à la Grèce par Standard & Poor’s. Pourtant, alors que je m’apprêtais à me résigner, la larme à l’oeil et la détresse au coeur (et deux e dans l’o que WordPress ne veut pas faire),on me conseille le bar situé à l’extrémité du wagon.

13h 35 : Je paye 4€ ma Vittel et je pleure, rêvant d’avoir une hache/tronçonneuse/moissonneuse-batteuse/kalachnikov/stérilet de Geneviève de Fontenay — rayez la mention inutile.

13 h 36 : Je suis de retour à ma place.

13 h 36 bis : Il y a des TGV magazines sur les tablettes de gens. What the fuck ?!

13 h 38 : « Le TGV n° 53645 en provenance de Marseille St Charles ».

13 h 39 : Ah.

13 h 40 : Putain.

13 h 41 : « Allô Maman ? »

13 h 42 : « Oui bon, ça arrive à tout le monde »

13 h 43 :  » TGV et TER, CA COMMENCE PAREIL ! ».

13 h 48 : Après une conversation agitée me conseillant de ne pas me faire contrôler, le contrôleur passe. « Alors, vous allez rire, mais je crois que je me suis trompé ». « Ah oui, vous êtes trompé. Et là, c’est pas la deuxième classe ».

13 h 49 : Yeah baby, j’me suis fait contrôler dans le mauvais train en première classe.

Bref. Finalement, j’ai payé que 10€ d’amende parce que ma carte bleue est pourrie donc ils acceptent pas et puis le contrôleur était sympa, lui (pas comme vous, bande d’ingrats).

Sinon, là, je suis dans le bon train, et c’est plus long. Je me surprends à rêver d’îlots, d’archipels et de soleil opaque. De sable fin, de gravier chaud, de vagues s’échouant au crépuscule sur les rochers endormis de la rive rafraîchie. Mais rien n’y fait. Seul un TER penché, une oppressante promiscuité qui ne me permet même pas de regarder Brazil, ou Pulp Fiction (prévus spécialement pour l’occasion) à cause de cet oubli idiot de casque. Donc je me coltine avec l’aide inconsciente de mon voisin des épisodes de Dexter en accéléré (car il les regarde en accéléré, oui, en ACCÉLÉRÉ) que j’ai déjà vu.

D’ailleurs, ce final. Mon-Dieu. Terrible. D’ailleurs son « Oh god » est juste génial.

Bref. J’ai pris le train (et là je complexe car il y a des tonnes de mathématiciens qui travaillent alors que moi je vous raconte mes satanés conneries ferroviaires qui n’intéressent personne).

• Vendredi 02 septembre 2011 à 11 h 56
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En fait, ceci est peut-être un article. Tout dépendra de la tournure que prendront les choses au fur et à mesure que là, assis comme un imbécile devant mon laptop, je vois clignoter dans ma tête les lumières de l’inspiration. Parfait.

Depuis quelques temps, je note dans mon téléphone des idées qui me viennent pour ne pas les oublier, qu’elles soient drôles, philosophiques, littéraires ou sans intérêt. C’est, disons, dans la possibilité d’une éventuelle ré-utilisation, sur ce blog ou quand j’irai chez Ruquier et que je battrai le record de Tsamère (qui a vraiment choisi un pseudo… peu importe, vous avez raison). Le truc c’est que souvent, quand ces idées me viennent, je suis peu en position de rédiger quelque chose de conséquent. Entendez que ça m’arrive quand je suis en train de m’endormir et que la dernière chose que j’ai envie de faire c’est de pondre cinquante mille mots sur mon clavier de téléphone. J’ai commencé à écrire donc sur mon mur, mais APPAREMMENT, il faut pas. C’est ma mère qui le dit. Elle a peut-être raison. Et en plus, cette méthode a un problème : il faut un crayon. Et tous mes crayons ne cessent de disparaître. Et va trouver un crayon dans le noir, quand tu t’endors, sans allumer la lumière.

Mais comme je vous aime et que je veux partager avec vous mes idées subtiles et pleines de joies, je note sur mon téléphone même quand c’est l’heure de dormir. Ou quand je suis en train de courir, poursuivi par des gobelins, ou quand je chevauche un dragon. Je fais pas un dessin, vous comprenez le topo.

Et finalement, vous allez me dire : Pourquoi n’a-t-il toujours pas énoncé la moindre idée ? Tout simplement parce qu’elles sont trop bien pour que je les partage. Non, je plaisante. Mais il fallait cette introduction pour bien comprendre le contexte. Ainsi, hier, en les relisant tranquillement pour passer le temps, je suis tombé là-dessus :

Exploitation homme jambon

Ça, c’est moi qui l’ai écrit. Mais alors, va deviner ce que je voulais dire… C’est comme ça, sur fond jaune et entre des rayures marrons pour les lignes (mon logiciel de notes pour Androïd est très sophistiqué). Peut-être simplement que l’homme est un jambon, dans sa perspective d’exploitation ? Non, sans doute pas. Je sais pas pourquoi, mais je sens que ça a un rapport avec le musulman moyen. Ça me ressemble bien. On a déjà l’idée pour le jambon. Cherchons pour Exploitation homme maintenant.

Ces mots sont-ils des entités disparates, sans rapport les unes avec les autres ? Ou bien faut-il les relier ensemble de la manière suivante par exemple : « Exploitation (de l’) homme » – « par le jambon ? ». Ou alors « Exploitation » – « (de l’) homme jambon » ? Mais que pourrait bien être un homme jambon ? Une métaphore de l’inconscient ou de la décadence humaine ? L’homme est-il en train de devenir un porc, exploité par les multinationales et la Chine ? Probablement pas.

Alors que peut bien signifier ce « Exploitation homme jambon » ? Voilà maintenant trois jours et trois nuits que j’erre dans des dédales sans fin, couverts de suie et de sang caillé sur le sol sans trouver la moindre solution. Comme une âme en peine, le dos courbé, j’avance sans savoir où je vais, n’attendant que de tomber sur un Minotaure qui me dévorera ou sur une Ariane qui par ses magies vénusiennes me fera oublier cette étrange interrogation qui s’offre à moi dans sa robe d’épines pointurlututu.

Exploitation homme jambon

En gros, on voit mieux. Ce serait quelque chose comme :

« Aujourd’hui, c’est le début du Ramadan. Mahmoud, jeune garçon issue d’une famille bourgeoise du XVIe arrondissement de Paris, enfile son costume trois pièces, sa cravate, et pose sur sa tête un chapeau léger pour protéger son front délicatement basané de la trop vive lumière du soleil. Dehors, les oiseaux chantent et on égorge des cochons pour en faire du jambon. Cette seule perspective suffit à Mahmoud pour vomir sur le carrelage le caviar de la veille, avec les truffes confites. « — Anita, cria Mahmoud, Anita, venez par ici ! Anita, mettez-moi donc ceci au frais pour ce soir je vous prie, dit-il en pointant du doigt les mets succulents à peine entamés par les sucs gastriques. — Ce sera tout Monsieur ? — Cessez de m’exploiter, Anita ! Je ne suis pas un cochon ! — Mais Monsieur… — Vous êtes renvoyée Anita, vous n’aviez qu’à pas être portugaise ! ». Peut-être était-ce que j’avais en tête. Même si cela est peu probable et n’a aucun sens.

Diantre, qu’est-ce que « Exploitation homme jambon » peut bien vouloir dire ? J’offre un joker dédicacé à celui qui me donnera la meilleure idée.

• Mardi 26 juillet 2011 à 20 h 50
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J’ai pommé ma carte d’identité.

Je sais, ça ne vous surprend pas, moi non plus, il faut savoir que ça reste entre elle et moi une grande histoire amour, telle une partie de cache-cache par intermittence dont on ne connait ni le début ni la fin. C’est toujours la surprise, quand va-t-elle disparaître, quand vais-je la retrouver, la retrouverai-je un jour ? Est-ce là, maintenant, la fois où plus jamais je ne la retrouverai ?

Ca a débuté comme ça. La veille du bac, il y a quelques semaines, je me dis « Tiens ! Voilà du boudin Si je retrouvais ma carte d’identité pour demain, ça serait pratique ! ».

Je l’ai bien entendue démontée. Elle était partie derrière un renfoncement du mur, au fond, là où, bon, elle n’avait rien à faire. Et ce n’était pas la première fois. Comme le souligne le message ci-dessus, je l’ai explosée puisque je l’ai retrouvée.

Evidemment, la semaine qui suit était importante, c’était celle du bac, il ne fallait donc plus trop trop jouer à cache-cache parce qu’il faut avouer que ç’aurait possiblement été une faute de goût impardonnable pour mon futur. Là où elle a été très forte, c’est après l’épreuve d’anglais. C’est à dire que nous discutions paisiblement, avec quelques amis, de la possible attirance pédophile du Father Flood pour la soeur de Mme Rose, le sujet dans une main et la carte, vous l’aurez deviné, dans l’autre. Souvenez-vous (ou imaginez pour les plus jeunes), vous sortez d’une épreuve, vous n’avez qu’une idée en tête « EST-CE QUE TU AS MIS LA MÊME CHOSE QUE MOI LA ? NON ?! C’EST TOI QU’A FAUX DE TOUTE FACON ! ».

Que de joie. Mais il faut rentrer chez soi, parce qu’il le faut, à un moment donné. Je m’installe, je fais ce qu’un jeune homme de mon âge fait, c’est-à-dire que je polis mon koala et que, si mes souvenirs de ce soir-là sont bons, je donne un récital de piano devant 500.000 personnes, dont la Reine d’Angleterre à moins que ce ne fut une momie avec des bijoux je ne sais plus. Mais qui seulement peut maintenant faire la différence, je vous le demande. C’est donc en plein récital, pile au moment où je jouais la 5e symphonie de Beethoven tout seul, qu’on sonne à ma porte.

Un flic. Avec ma carte d’identité.

La cochonne. Elle a été très très forte. Mais on ne me la fait pas.

Et donc nous voici, maintenant, dans un cas de figure similaire. J’avais prévu de partir en Europe, demain, mais ma carte en a décidé autrement. Elle a dû mal prendre que je la mène en bateau sur Facebook, elle a donc décidé de se venger en disparaissant soudainement. Et alors, je crois que cette fois, c’est la bonne. Soulignons par ailleurs que quand on perd un objet de ce genre-ci, petit et facilement dissimulable, tous les recoins présentent une possibilité de refuge à la dissidente.

Pourquoi ne serait-elle pas dans ce tiroir que je n’ai pas ouvert depuis au moins 1999 ? La tâche s’en retrouve ainsi considérablement alourdie par les attendrissements successifs au-dessus des souvenirs d’une époque révolue (Oh, ma vieille GameBoy, tu penses qu’elle marche encore si je change les piles ? Oh, mon ancienne carte de cantine ! Je peux pas l’utiliser comme carte d’identité, y’a ma photo dessus ? Oh, un lacet, si je me pendais avec ?). Les tiroirs, les cartons, sous le tapis, derrière les meubles, à l’intérieur des bouquins, dans les papiers, et surtout, surtout, tout ça une cinquantaine de fois.

- Tu viens juste de regarder si elle était pas là-dessous.

- Elle est fourbe. Elle peut très bien changer de place. JE LE SAIS !

- Mais…

- Ca suffit ! Soulève ta chaussure pour voir ?

Paranoïa. Paquets de mouchoirs, trousses, nintendo DS, on ouvre tout en espérant retrouver le bout de bidule truquifié. Sous la lampe, sous le bol, sous la bouteille d’eau, sous la calculatrice, avec la carte bleue ? Elle est où d’ailleurs, la carte bleue ? Carte bleue ?

Avec ma carte bleue, c’est une grande histoire d’amour.

• Jeudi 03 février 2011 à 20 h 43
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J’ai besoin de me confier loin de la moite intimité gastrique. Sans savoir pourquoi, les lamentations solitaires ont moins d’effets, elles glissent comme des épées dans l’eau, sans qu’aucune des beautés accouchant de ma bouche ne viennent s’accrocher à une quelconque oreille. Ce serait comme effeuiller des marguerites sans en compter les pétales, ou contempler des grâces sans jamais oser les embrasser.

Il faut donc lancer la confession comme un cri, ce long frisson qui fait naître les mots les plus travestis et les images les plus colorées. Parler à l’auditoire de la pâleur du privé, et l’exprimer comme si l’on était seul.

Je ne sais pas par où commencer. Peut-être par nos débuts. Ce fut un éclair peut-être si vif que je n’arrive pas à m’en souvenir, une simple foudre qui fait s’évaporer les vins et les champagnes. Puis nous sommes devenus amis. Et, inéluctablement, les parois de mon coeur se sont mises à fondre et ont laissé leur givre rafraîchir mes angoisses. Les palais d’argent et les diamant aiguisés ont commencé à fondre, et dans des torrents de boue ils ont dévalé les collines de mes sentiments dissimulés. Les donjons ont explosé, les chapelles se sont écroulées, et les flèches se sont brisées, les chars étouffés et les violences éteintes.

Ne subsista alors plus que la douceur et la flamme douce qui peut parfois brûler dans les enclaves les plus heureuses. Sans vraiment s’avoir de quoi il s’agissait, son seul nom agitait bien souvent les roseaux de ma perception, et sa présence devint vite l’ancre de mon regard. Il me suffisait de m’ouvrir, près de lui, pour que les mots coulent de ma gorge, pour que les confessions se fassent plus simples et la confiance plus naturelle. Il y avait quelque part, loin des beautés du corps, cet éclat qui vous pousse à avoir confiance et à vous accrocher, juste un peu.

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