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• Mardi 29 juin 2010 à 18 h 39
Auteur : Araen

Il me semblait alors en être arrivé au point de non-retour. Elle se dressait devant moi, belle, fière de ses courbes annihilant jusqu’aux confins de ma mémoire d’anachorète, prude de sa beauté transpirant comme les gouttes de lumière glissaient sur l’esquisse frissonnante de mon échine. Je bandais mes muscles sous ma peau suintante, elle contractait les filaments criards qui lui tenaient lieu de corps, enfonçant dans le sol ses pieds et dans les murs anguleux les angélismes de ses ongles. Les fleurs de son dos tendu éclataient en laissant des corolles et leur pollen s’envoler dans le ciel.

Cette chaise ne me laissera plus jamais goûter l’onctueuse chaleur du soleil qui se lève.

A peu près douze minutes et quatorze, quinze, seize, dix-sept, dix-huit, … secondes plus tôt.

Selon les dogmes acquis, une journée ordinaire commence par les gazouillis incessants des oiseaux matinaux, le froissement impertinent des ailes des cigales et les effluves de thym qui flottent sous les plafonds enveloppés d’une faible nuée de poussière éclairée par les rais d’un soleil qui renait chaque jour de ses cendres. Cela, bien sûr, si vous habitez en Provence. Si vous habitez en Bretagne, la journée commence par le bruissement de la pluie sur les carreaux des fenêtres de la cuisine, comme si les colombes de la paix avaient la diarrhée. Ou si Eric Woerth faisait un discours en postillonnant. Mais je n’ai rien contre Eric Woerth, je suis sûr qu’il dit la vérité.

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• Lundi 19 avril 2010 à 20 h 31
Auteur : Araen

Qu’est-ce que je pouvais m’emmerder. C’est fou ce que les enterrements sont chiants, celui là encore plus que les autres. Debout, plantés comme de sombres piquets dans l’herbe fraiche et mouillée du cimetière. Les parapluies s’étaient ouverts et on aurait pu dire avec délicatesse qu’ils avaient éclos, un peu comme les jonquilles s’ouvrent quand le printemps arrive. Ces jonquilles qui éclatent à l’horizon sous le regard d’un soleil à peine tiède. Je n’avais pas pris le mien, bien que j’en aie deux chez moi ; l’un était gris, l’autre était noir. Et ceux que j’apercevais par delà mon chapeau étaient tous aussi sombres. Sauf un. Une femme avait un parapluie blanc, mais le manche était noir.

Il pleuvait des cordes depuis que nous étions là, les gouttes venaient frapper ces mêmes parapluies dans un bruit de froissement incessant. Il faisait froid, si seulement j’avais pu m’éclipser alors que le tonnerre rugissait. Sans doute que certaines personnes l’auraient mal pris et m’en auraient tenu rigueur.

Mais les enterrements me déplaisaient, j’ignore pourquoi, je ne le sais pas, je ne le saurais jamais et pour dire vrai, sans enluminures aucune, je m’en fous. Je n’ai jamais versé de larmes pour un proche disparu. Le jour où ma mère est décédée, j’avais seize ans. Seize ans et douze jours exactement. Je m’en souviens, parce-que c’est le jour où ma mère est morte. C’est ce jour là que je l’ai trouvée allongée au sol, la tête écrasée contre la moquette du salon, un flacon de somnifères vide encore serré dans sa main. Elle avait les paupières fermées, la bouche légèrement entrouverte. Dans son inéluctable chute, elle avait malencontreusement emporté avec elle un vase en porcelaine de Chine posé depuis des lustres sur le buffet de bois massif. Les dizaines de morceaux éparpillés par delà la pièce réfléchissaient les rayons lumineux sur les murs crépis, dehors les oiseaux chantaient encore. J’ai alors ouvert la fenêtre pour profiter de ce temps radieux, puis j’ai nettoyé la pièce avec un balai et une pelle en fer. Ensuite, j’ai appelé les ambulances en disant « Bonjour », « S’il vous plait » et « Merci », car je suis un homme poli.

Aujourd’hui, je ne rajustais pas mes lunettes sur le haut de mon nez pour mieux contempler le désespoir, je me souviens les avoir laissé dans mon appartement. Elles gisaient sans aucun doute dans leur étui duveteux, sur ma table de chevet. Il n’y avait pas de Bible sur ma table de chevet, j’ai cessé de croire en Dieu le jour où j’ai commencé à croire à l’amour. Il avait un prénom de soie, à la douceur exquise, à la tendre musique. J’avais perdu ma route sur les flots de ses yeux sombres, j’avais sombré si vite au fin fond de ses paroles. Souvent je frissonnais de ne voir que son ombre, je l’embrassais, le caressais, de ma nuit d’Espagne je n’avais que ses douces chaleurs. Je me consumais de sa présence, je n’avais plus de songes, je n’avais plus de rêves. Quand j’ouvrais les yeux et que je regardais par-dessus les flaques lumineuses des collines endormies le coucher du soleil, les couleurs étaient vives, si vives, les sons étaient clairs, et si claires étaient les saveurs. Les sens aux aguets, j’écrivais à la beauté des vers insensés, je couchais de ma plume ses formes aux muscles saillants et aux lèvres si chaudes. Il était pourtant si loin.

A quelques mètres de moi, un homme d’une cinquantaine d’années, la calvitie prononcée et le manteau usé, avait le regard dans le vague et la canne posée sur son bras replié. Si je tournais légèrement la tête, je pouvais entrevoir un adolescent à l’allure florissante et à l’âge magnifique rajuster ses épais cheveux noirs. Sa cravate partait se morfondre à l’intérieur de son gilet, il serrait contre lui une jeune fille effondrée. Ensemble, ils s’abritaient sous le même parapluie gris.

Nous devions être une vingtaine de privilégiés, moi plus que les autres, placés ici sous le tonnerre et les éclairs, sous la danse entrainée d’une pluie torrentielle. Je baillais presque et commençais à être un peu engourdi. C’est bientôt fini ? Non ? En même temps, je dois vous le confesser, mais ce n’est pas comme si j’avais autre chose à faire. Et que de pleurs chatoyants et de complaintes déchirantes ! Je fustige ceux qui m’ont forcé à venir ici. Les rares fois où je me suis rendu à des évènements de ce type, c’était pour profiter du buffet posthume. Oui, j’aime beaucoup qualifier ces buffets de posthumes, cela me plait. Et bien figurez-vous qu’aujourd’hui, comble de misère sadique, je ne pourrai y assister à cause d’un léger empêchement inopiné.

Et le vent sifflait bruyamment parmi les arbres aux branches mortifères. Les roses n’étaient pas belles, les oiseaux étaient bien crevés les pattes en l’air. Et la pluie cognait et frappait, elle crachait sur les façades mornes de la cathédrale émergeante au loin. Et le tonnerre fouettait, les éclairs martelaient, tout autour de moi faisait plus de fracas que les cœurs réunis de deux amants trop longtemps séparés.

Puis les enterrements, ça m’a toujours bien fait marrer moi. On est tous là, à chaque fois, pour pleurer quelqu’un qui ne soucie absolument plus de vous puisque qu’il est mort. Mort, ma foi, ça se comprend non ? Pensez bien que d’ici quelques semaines, son visage tombera en lambeaux de peaux putrides qui iront bien vite réjouir les asticots. Son corps boursouflé de pustules odorantes moisira dans la terre, son costume trois pièces sera déchiqueté tandis que son cercueil tentera de résister aux supplices du temps qui passe. Moi, je voulais me faire incinérer. On aurait jeté mes cendres dans la mer, alors que le soleil venait heurter de ses tendres lèvres écarlates l’horizon lisse et opaque d’un océan tumultueux. Et j’aurais couru sur la houle, caressant par l’esprit les embruns écumeux. Mais non, ils avaient décidé de m’enterrer.

Je n’entendis même plus le souffle de Dieu qui faisait tanguer les voiles quand ils fermèrent mon cercueil en bois d’ébène.

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• Mardi 06 avril 2010 à 23 h 14
Auteur : Araen

Laisse-moi, crépuscule, ralentir ta venue, retenir ta descente, contenir ton étreinte. Laissez-moi, vous étoiles, poser mon regard sur vos prunelles fermées, sentir vos fraicheurs qui illuminent le soir. Laisse-moi, nuit féconde, profiter un peu plus, caresser de ma main ses audaces effrénées. Laissez-moi, douces lèvres, vous embrasser encore, vous effleurer toujours dans mes rêves nocturnes.

Matin tant douloureux d’arriver au vermeil des dédales fermés, laisse-moi respirer. Prend ton temps, laisse-moi, une seconde peut-être, juste un souffle perdu. Soleil écarlate, je t’en prie, ta lumière vient ternir mes vœux, garde pour les guerres tes chaleurs terrifiantes.

Retiens encore un peu l’obscurité terrible, laisse-moi enchainer les première lueurs, oublie l’aurore qui vient briser les parfums de nos nuits. Garde ta tête ronde contre mon palpitant, laisse ta main posée contre mon sein brulant. Oublie tout, oublie moi, oublie jusqu’à l’indécence. Ne bouge pas, ne parle plus, laisse encore la respiration cajoler mon cou nu.

Sens ma peau, mes paupières. Voyageons sur les îles, naviguons sur les flots, vite ! Dépêchons-nous de nous aimer avant que notre nuit s’effile, avant notre nuit s’effrite, avant que notre nuit s’enflamme sous le ciel brulant d’un nouveau jour.

Laisse-moi inopportun temps assassin d’un si bref baiser qui n’aura duré que le temps d’une lune, le simple temps d’un argent qui brille au firmament, au-dessus de nos voix à présent essoufflées. Oublie-moi encore, jusqu’à la prochaine fois.

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• Mardi 30 mars 2010 à 17 h 48
Auteur : Araen

30 Mars 2014. Paris.

Messieurs les sénateurs, c’est un succès. Voilà déjà une semaine que l’Imminente Police mise en place fait régner l’ordre sur ce pays dont nous avons pu fermer les frontières. Nos hommes parcourent les terres, patrouillent les nuits à la faible lueur d’un lampadaire grisonnant, ils cherchent et épient, ils traquent et détruisent.

Notre Imminente Police a commencé avec brio le rôle que nous lui avions confié. Les sources de culture ont été détruites, la quasi-totalité des bibliothèques et des librairies de notre état a été brûlée ou condamnée. Il n’existe aujourd’hui plus aucune forme de savoir écrit. De même, les réseaux filaires ont été sabotés la nuit dernière, empêchant toute communication avec le monde extérieur, empêchant toute connexion avec le monde virtuel qui devenait trop puissant et qui mettait en péril l’organisation d’un pays enlisé dans une culture de masse et dans cette révolte constante des hommes qui pensaient être au-dessus de nos Lois.

Les télécommunications sont tombées sous notre tutelle, les lettres ne sont plus capables de se déplacer. Les rédactions de nos plus grands journaux ont cessé de battre au rythme d’une publication quotidienne, les articles passent tous par le département de la Correction Démocratique. Plus rien ne semble être en mesure de nous défier, de nous critiquer ou d’élever les idées contraire à la Constitution que nous défendons, dorénavant. La liberté d’expression que tous défendaient est enfin régulée. Enfin, après nos combats ! Après nos cris ! Nos désespoirs et nos promesses !

Rappelez-vous dont, messieurs les sénateurs ! Le peuple commençait à s’élever ! Surgissaient dans les hurlements frénétiques de ces éternelles revendications des idées dangereuses à notre survie ! Ils disaient que la plupart des trafiquants étaient noirs et les arabes. Ils disaient la vieillesse devenait gênante, que la jeunesse s’enlisait chaque jour un peu plus dans une pauvreté d’esprit inévitablement fatale. Les plus téméraires criaient à la normalité de l’homosexualité, et soulignaient la différence des sexes ! C’est l’ethnocentrisme généralisé qui se répandait comme une trainée de poudre, messieurs les sénateurs ! Qu’importe de savoir s’ils disaient la vérité, messieurs les sénateurs, cela ne m’intéresse pas ! Ni moi, ni vous, ni notre Constitution ! Le simple fait d’avoir énoncé une vérité, contraire à ce que nous avons pu vous apprendre, vous le peuple, c’est à vous que je m’adresse, est contraire à nos Lois et mérite d’être puni !

Il ne nous faut plus laisser dépasser par une liberté qui empiète et qui laisserait aujourd’hui une marge de réflexion à un peuple incapable de réfléchir. Notre Imminente Police est présente, messieurs les sénateurs, et c’est un franc succès. Les gens ont cessé de se révolter pour se rallier à nos causes. Enfin la normalité a été définie, enfin les critères acceptables ont été énoncés ! C’est une victoire, messieurs les sénateurs, une victoire pour nous, une victoire de nos esprits sur les faibles ! Nous entrons dans un nouveau monde, dans ce monde utopique où la haine n’existe plus, où les idées ne se développent plus !

Messieurs les sénateurs, bienvenus dans ce nouveau monde régi par l’Universalité de nos propres pensées…

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• Samedi 09 janvier 2010 à 14 h 29
Auteur : Araen

J’ai décidé de centraliser les divagations de ma plume poétique dans un même recueil, histoire que si je meurs d’ici la fin de l’année je laisse quelque chose derrière moi. Et je me suis dit que j’allais vous faire part d’un de mes poèmes (en alexandrins messieurs dames !) que j’ai intitulé « Fille de joie« .  Si vous avez des avis, au plaisir :)

Elle n’existe pas ailleurs que dans les lits,
La pauvre a les mains nues, souvent mille maris,
Chaque jour elle est belle et rayonne au plaisir
De gros lards interdits qui payent pour gémir.

Elle n’a d’autre vie que celle de l’amour,
Elle donne son corps, chaque nuit, chaque jour,
Elle cède en cadeau cette offrande divine
Qui, au petit matin, lui caresse l’échine.

Sous un ciel accablant de toutes les couleurs,
Elle marche et revient sur des trottoirs usés,
Et sans savoir que dire ou que faire à son cœur,
Elle offrira en vain sa pureté brisée.

On méprise son âme et ses bas en nylon,
Sa carcasse vivante, on lui crache dessus,
Et sous son bleu regard on lance les jurons
Qu’elle accepte en pleurant sous la pluie, presque nue.

Merveilles et bonheur, elle en fait son business,
Mais elle a vu flamber le sang de sa jeunesse
Qu’elle regrettera dans les moments de peur
Qui cristalliseront tous ses cris de malheur.

Et au septième ciel, pays de la démence,
Pays artificiel où l’on oublie l’errance,
L’homme à la démarche de chryséléphantin
Rit de ses blessures d’un doux air enfantin.

Si un jour elle est mal et puis prend des rondeurs,
Qu’un enfant, de son sein, s’extirpe atrocement,
Elle devra aimer jusqu’à son dernier chant
Le fruit des secs à-coups de son fou géniteur.

Peut-être sous un chêne elle le mettra, lui,
Un enfant au nez rose, aux petits doigts de môme ;
Sais-tu toi qui me lis si tu n’es pas celui
Qu’elle a abandonné au beau milieu des hommes ?

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• Mardi 22 décembre 2009 à 20 h 51
Auteur : Araen

Il faut savoir détester Noël, cracher sur ces périodes festives qui vous engraissent le bide et vous font dégobiller dans votre salle de bains aux murs lisses et azurés. Ces douces orgies qui donnent à votre foie mille et une raisons de se suicider sans plus attendre, avant de se retrouver noyé dans l’alcool âpre d’un limoncello raté ou d’un vin de basse qualité.

Dîtes-moi : Pourquoi fêtez-vous Noël ? Après tout, ce n’est qu’une tentative amère de christianisation d’une fête païenne. Dès le IVe siècle après JC (qu’il ne faut pas confondre avec Julien Clerc, sinon ça n’a plus de sens, imbécile), le 25 Décembre marque en fait la renaissance du dieu Indo-Iranien Mithra. Et bien entendu, le mithraïsme, faut pas déconner, était un culte totalement païen jusqu’à la moelle que les Romains appréciaient particulièrement (le zénith de cette religion fut atteint entre le IIe et IIIe siècle). Rendez-vous compte quand même que chaque année, vous remerciez un dieu qui s’est créé tout seul à partir de la roche. De la ROCHE. On peut également noter que le 25 Décembre est décrété, par l’empereur Aurélien, jour de célébration du Soleil Invaincu (Sol Invictus, en latin, parce-que ça fait vachement classe à sortir dans la conversation quand même). Soit un jour après le solstice d’hiver.

Mithra qui égorge un taureau

Mithra qui égorge un taureau. Youpi.

Récapitulons. Vous tous autant que vous êtes, vous célébrez en toute impunité le culte d’un dieu Indo-Iranien et en même temps le renouveau du soleil survenant après le solstice d’hiver.

Et puisque je suis sûr que ça vous intéresse, sachez que le mot « Noël » est en fait une déformation du latin Natalis (ça veut dire « la naissance ») qui a subit tout un tas de tortures phonétiquse que vous n’auriez sûrement pas pu supporter. Ce qui est totalement stupide puisque selon d’éminents historiens, Jésus serait né en été (et pas du tout en l’an 0 av/ap J.C., mais entre 9 et 2 av J.C.). Dans tes dents.

Le père Noël n'est de toute façon qu'un gros Pedobear.

Le père Noël n'est de toute façon qu'un gros Pedobear.

Cela veut dire ? Cela veut dire que le réveillon que l’on est obligé de passer dans une famille de merde, qu’on sait qu’il va de toute manière finir en meurtre parce-que votre oncle n’a pas pu s’empêcher de parler religion et que votre grand-père a fait un parallèle avec la politique novatrice de Sarkozy. Que votre cousine du troisième degré du côté du frère à votre tante maternelle a bien entendu trouvé judicieux de demander des nouvelles du vaccin contre la grippe A/H1N1 et que votre petit frère de merde n’a pas pu s’empêcher de parler de la mort imminente de Johnny (Idole des jeunes, Cedar-Sinaï, Allumer le feu, stade de France, tournée, meurtre, complot (c’est pour mon référencement) ), voilà que les assiettes de dinde éclatent contre les murs et que les chaises se fracassent sur la table.

Et quand on pense qu’en plus de ça le père Noël n’existe pas, je voudrais pas vous plomber le moral, mais c’est mal barré.

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• Mardi 06 octobre 2009 à 12 h 07
Auteur : Araen

Et ce, surtout quand ce sont des femmes. Pour tout vous dire, je méprise les professions où le chirurgien doit mettre ses doigts dans votre bouche. Premièrement, parce-que c’est dégueulasse et que ça viole un endroit que je n’ai absolument aucune envie de partager avec un inconnu, deuxièmement parce-qu’il faut être timbré pour répondre « Etre dentiste » quand on vous a demandé quel était votre rêve d’enfance. Franchement, mais qui veut être dentiste si ce n’est un grand malade dans sa tête, atteint de psychose et de nevrose dans un même temps ?

Tout me répugne et me révulse, me donne la nausée et me fait tourner de l’oeil. Je dois dire que ça commence dès la salle d’attente. Vous ouvrez une porte de verre pour quitter la fraicheur hivernale qui, depuis quelques jours, s’est abattue sur les pavets lisses de votre tendre et douce ville, dans le seul but d’entrer dans un pièce confinée aux odeurs vomitives et dans laquelle vous ne pouvez réclamer que 12% de la place disponible. Mais évidemment, le dentiste est toujours en retard. C’est un axiome qu’il n’est pas nécessaire de démontrer. Pour passer le temps et éviter de vous emmerder copieusement durant l’heure qui suit (vous étiez en retard, et comme vous êtes ponctuel vous avez oublié votre iPhone ou votre GameBoy Color pour les plus mélancoliques), vous regardez avec une morne fixitude les murs joviaux de la pièce exigue. Vous apprenez par coeur les chants lyriques nous assennant ces merveilleux « Si tu te brosses pas les dents en inclinant ta brosse en poil de dromadaire à 2π radians (ndla: Les dentistes parlent en radians et utilisent fréquemment les cercles trigonométriques dans leurs démonstrations), ta bouche va devenir une décharge publique pleine de pu odorant et tes gencives vont se mettre à habiter une faune microscopique à faire palir le vagin de Paris Hilton ».

Le temps passe, le gamin en face de vous vient de coller une crotte de nez sous son siège. SCANDALE ! VOUS L’AVEZ VU ! Ah, c’est à vous. Charmante petite secrétaire qui vous prie de vous asseoir. « M’asseoir ? Vous êtes sûre ? Quel dommage… ».

Ne faisant ni une, ni deux, ni trois, ni quatre, ne faisant même pas cinq ou six, voici le docteur (oui, le docteur, LOL) qui vous fout un truc dans la bouche que vous vous demandez comment ça se fait que vos lèvres ne se soient pas fissurées ou que vos joues n’aient pas éclatées sous la pression. Et vlan, il met un truc en plastique (bleu, c’est beau le bleu) qui vient coincer votre langue et qui vous fait un mal de chien parce-que ça appuie sur vos gencives inférieures intérieures. De là, un long tuyau aspirant récupère votre bave (j’ai découvert que j’avais beaucoup plus de bave que l’on n’aurait pu le croire ce jour là) dans un bruit de tractopelle. Et vous avez mal, et presque vous vous noyez dans vos sécrétions, et votre langue est super sèche, et quand vous voulez l’hydrater y’a le tuyau qui se bouche et ça fait « Pshshshhchhshh », et cette connasse d’orthodontiste qui te dit « OUVRE LA BOUUUUCHE PLUS GRAND ! ». J’ai arrêté de compter le nombre de fois où j’étais sur le point de l’assassiner à partir de la trente-deuxième.

Et vous repensez à cette revue de merde posée sur la table basse de cette salle d’attente aseptisée, « Parents, que faire pour survivre à des ados dangereux », et vous comprenez que oui, un ado c’est dangereux. Vous vous demandez si ça vient des jeux vidéos, si c’est l’influence des 65% de 12-15 ans qui pratiquent couramment le cunillingus et la fellation ou si c’est le monde virtuel qui vous entoure qui vous fait cultiver de si noirs desseins.

Vous rêvez de vous emparer de cette perceuse à l’embout tournant pour crever une pupille, peut-être deux. Vous rêvez de cracher sur son crâne toute cette eau dégueulasse qu’elle a balancé avec son karcher dans votre pauvre orifice buccal qui ne s’en remettra plus. Vous rêvez, encore, oui ! Vous rêvez de foutre des claques, de casser une jambe. Vous voulez rigoler en l’imaginant mourir dans d’atroces souffrances, mais vous pouvez pas parce-que sinon vous vous étouffez et que vous vous faites engueuler « OUVRE LA BOUCHE, OUVRE LA BOUCHE SINON JE TE TRANSPERCE LE PALET AVEC MA MOISSONEUSE BATTEUSE ».

Je méprise les orthodontistes.

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