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• Mardi 26 février 2013 à 12 h 10
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Je l’avais rencontrée il y a un mois, sur un site de rencontre – Parship rencontre. Cela faisait des semaines que je m’enlisais dans la solitude de l’homme moderne qui, bien que toujours entouré par ces voix et ces mouvements furtifs qui remplissent une journée, est toujours seul avec lui-même le soir venu. Cet état s’éternisait sans que je n’arrivasse à sortir de cette torpeur léthargique dans laquelle je m’enfonçais tous les jours un peu plus. Mes paupières devinrent lourdes, la commissure de mes lèvres s’affaissa dans l’inverse d’un sourire qui devint alors mon masque quotidien, mes épaules tombèrent et la nonchalance de mon pas peu assuré faisait de moi un des pecnots qui, incapables de trouver leur bonheur par eux-mêmes, se complaisent dans l’intérêt morbide que lui portent ses congénères à base de quolibets moqueurs et de jeux de mots mouillés d’acides. Je n’avais pour seule compagnie qu’une tortue, deux canaris et une chatte.

C’est dans ce contexte où les fumées noircies de mon malheur naissant obscurcissaient les fenêtres de mon existence, n’offrant rien à mon futur sinon les odeurs de soufre rance que connaissent les mineurs, que je l’ai rencontrée. Bien que fermement opposé à ce qui offre aux hommes et aux femmes d’artificiels moyens de se rencontrer — sites de rencontre, speed-dating, sex club, sauna, championnat de scrabble —, j’avais cédé à la faiblesse de mon intellect nouvellement amorphe. Elle s’appellait Anne. Elle avait trente-cinq ans, j’en avais trente-deux, et sous ses délicatesses féminines elle dissimulait l’âme tendre, l’humour doux, l’espièglerie mutine qui donne au corps de la femme ces attraits désirables qui rendent caduque toute forme de rationalité.

Nos discussions durèrent ainsi quelques semaines. Elle travaillait dans une boite d’assurance. Le matin, elle prenait le métro de sept heure direction Stade de Gerland et descendait à Jean Macé. Le soir, elle le prenait direction Charpennes et descendait à Brotteaux. Puis elle achetait du pain et faisait quelques courses. Elle rentrait ensuite chez elle, dans son grand appartement. Je l’imaginais alors enlever ses chaussures, les ranger dans sa penderie, puis poser son corps délicat sur son canapé de satin. Elle mettrait alors ses lunettes, attraperait son livre, et se plongerait dedans pendant des heures, ne voyant pas le temps passer et laissant la lune s’élever dans le ciel pour venir éclairer de ses reflets argentés la ville qui peu à peu tomberait dans un sommeil profond. Un autre soir, elle serait allé au théâtre, à l’opéra ou au cinéma.

Et plus nous avancions, plus je l’imaginais. J’imaginais son rouge à lèvre, son mascara, j’imaginais son parfum qu’elle apposait délicatement au creux de son cou en-dessous d’un chemisier blanc. J’imaginais ses amis, sa famille, sa chevelure aux odeurs d’opium qui m’auraient fait voyager vers des pays imbéciles où jamais il ne pleut. J’imaginais ses genoux, son tendon rotulien, ses aisselles à peine rasées qui laissaient entrevoir la naissance du poil. J’imaginais le cristal de son rire rebondissant contre les mur. En bref, je l’imaginais elle.

Plus nous avancions, plus la commissure de mes lèvres remontait dans la présence d’un sourire qui devint mon masque quotidien. Je ne l’avais pas encore rencontrée, et déjà j’entendais mes congénères se demander la raison de ce soudain changement d’état. J’étais redevenu heureux, et les fumées noires de ce conclave étaient devenues les fumées blanches de ce renouveau tant attendu.

Nous avions fixé un rendez-vous jeudi dernier. Un café place des Terreaux. J’étais arrivé en avance et m’étais donc installé avec un livre pour l’impressionner quand elle arriverait. « Voyage au bout de la nuit ». J’avais du mal à comprendre le style enfantin de cet auteur qui se complaisait dans la vulgarité sans la moindre trace de poésie.

Tandis que j’essayais de me plonger dans ces tranchées mystérieuses, j’observais avec un œil distrait les allées et venues des passants dans le café. Nous nous étions mis d’accord, elle porterait un pull vert. J’avais mis mes lunettes bleues. Afin de conserver jusqu’à la fin la surprise qu’apporte l’amour nouveau, nous ne nous étions pas envoyés nos photos respectives.

Quelques femmes avec un pull vert rentraient, sans que ce ne soit elle pour autant puisqu’elles ne venaient pas vers moi. Alors que le colonel venait de se prendre un obus et que la confiture coulait par terre, une femme entra qui accrocha mon attention.

Son poids s’imposa tout d’abord à moi comme une vérité douloureuse. Elle ne se déplaçait pas, elle coulait, emportant avec elle ses amas de graisse qui font le charme des femmes ventripotentes. Son visage était loin d’être quelconque. Elle avait de grosses lunettes mauves sur un nez trapu surmonté d’une verrue brune qui, si on s’approchait suffisamment, était recouverte de poils. Ses joues étaient deux grosses boules rosâtres et son mono sourcil cachait la moitié de son front, l’autre moitié étant recouverte par une frange de cheveux gras et mal coupés. Sa poitrine, support d’un triple menton qui lui donnait un étrange troisième sein, était difforme, ses hanches beaucoup trop larges, son buste beaucoup trop trapu, ses mamelles beaucoup trop proéminentes sans que rien de tout ceci n’aie une quelconque harmonie. Elle portait des sandales qui laissaient apparaître des ongles jaunis sur des pieds eczémateux et une légère robe de flanelle donnait à ses tibias le regard dérobé que l’on n’aurait jamais voulu porter.

En rentrant, elle tripotait ses gros doigts boudinés. Elle s’arrêta un instant sur le pas de l’entrée et agita sa tête tout autour de la pièce avec la mobilité qui était offerte à son cou. C’est à ce moment que nos regards se croisèrent. Elle écarquilla de grands yeux jaunes et injectés de sang, ouvrit la bouche en dévoilant une dentition partielle et tomba à terre, comme une baleine que l’on tire pour faire du rouge à lèvres.

Avec d’autres clients du bar nous nous approchâmes d’elle précipitamment, paniqués. C’est à ce moment que je le remarquais : elle avait un pull vert. Elle me regarda, sa bouche tordue dans un rictus inquiétant, et m’assena d’un : « Oh mon dieu, vous êtes tellement moche ». Puis elle mourut, dans un râle assourdissant.

 

• Mercredi 02 mai 2012 à 1 h 30
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(Voir premier jourdeuxième jour, troisième jour, quatrième jour, cinquième jour)

« Les rues étaient désertées pendant cette soirée qui pourtant ne faisait que commençait. Le haut du soleil disparaissait derrière les immeubles, jetant au bitume le reste d’une clarté qui avait chauffée les dalles de goudron. Les feuilles roulaient au sol, bercées par le vent, et la poussière claire s’élevait en nuages épars au coin des rues qui s’éteignaient dans l’obscurité naissante. Ni le gonflement des voitures, ni le cliquetis ponctuel d’une clé dans une serrure ou le pas d’un talon contre le pavé ne venaient ternir d’un son inopportun la tranquillité sereine qui enveloppait alors le pays.

Contre les murs s’étalaient encore le papier usé de quelques affiches que les yeux ne regardaient même plus. Tous avaient compris ce qu’il devait advenir. Leurs coins déchirés ne rappelaient à personne les batailles du passé et les cris, les révoltes, les boursoufles d’un grondement ou les blessures d’une opposition calcinée étaient tombées dans le gouffre d’un puis sans garde-fou.

Que s’était-il passé ? Nul ne le sait, et personne aujourd’hui n’en comprend la cause. Loin du climat serein des murs encore chaud de la métropole, les maisons se ternissaient d’une peur qui grossissait sans cesse.  Qui était-il ? Je ne le connais pas. Je tourne le regard. J’ai peur. De quoi ai-je peur ? J’ai désormais peur de tout.

Les révolutionnaires s’étaient taris avant de complètement disparaître. Les gouvernements qui les soutenaient furent renversés, et une coalition des Etats soutenant la jeunesse dorée qui faisait l’apologie des récents évènements mis la main sur le monde entier. Le ralliement des Etats-Unis, avec le soutien des conservateurs qui ont récupéré le pouvoir suite à un putsch effectué avec le soutien de l’armée, a pesé dans la balance et a permis l’aboutissement de ce nouvel ordre mondial qui à l’heure actuelle semble insubmersible. Plus rien n’est publié à l’encontre du dogme instauré par la jeunesse dorée. Les journaux ont été démantelés, et écrire encore dans un journal est passible de mort. Mais la mort n’est plus ce qui effraie le plus.

La peur de tout s’est progressivement immiscée dans les consciences. La peur de l’étranger, la peur de l’inconnu. Dans un monde en guerre se sont resserrées les frontières et c’est de ce fait que se sont retrouvés isolés les peuples qui rêvaient de liberté. Il fallait des coupables, et ils furent tout trouvés par la mégalomanie de quelques fous qui se sont pris pour Dieu. Je sombre.

Je pensais savoir que j’avais raison. Était-ce vraiment le cas ? Quand le pouvoir d’une majorité est omnisciente, elle ne peut pas avoir tort sans engager la folie de toute l’humanité. Elle ne peut pas se tromper sous la contrainte d’un groupuscule. Cette majorité doit détenir la vérité, sans quoi il n’y a jamais rien eu à espérer, et à jamais il n’y aura plus rien.

Mes doigts s’ankylosent dans le froid. Je ne vis plus nulle part, et partout à la fois. J’écris dehors, dans une ruelle, défiant les règles du couvre-feu. La nuit tombe enfin. Ils nous ont monté les uns contre les autres, au point que je ne peux plus aimer personne. Il ont détruit ce qu’il y a avait d’espérance, de solidarité et de découverte en nous. Sommes-nous devenus les bêtes de foires qu’ils voulaient nous voir devenir ? Il semble impossible d’apporter à cette affirmation la moindre forme d’objection. Tout a éclaté.

L’autre jour, j’ai croisé quelqu’un dans la rue. Il m’a frappé. J’ignore pourquoi. Voilà ce qu’est devenue notre société. Voilà ce qu’est devenue notre monde. Voilà ce qu’est devenue notre erreur.

Nous nous sommes trompés une fois. Est-il possible de recommencer ? »

 

• Mardi 29 juin 2010 à 18 h 39
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Il me semblait alors en être arrivé au point de non-retour. Elle se dressait devant moi, belle, fière de ses courbes annihilant jusqu’aux confins de ma mémoire d’anachorète, prude de sa beauté transpirant comme les gouttes de lumière glissaient sur l’esquisse frissonnante de mon échine. Je bandais mes muscles sous ma peau suintante, elle contractait les filaments criards qui lui tenaient lieu de corps, enfonçant dans le sol ses pieds et dans les murs anguleux les angélismes de ses ongles. Les fleurs de son dos tendu éclataient en laissant des corolles et leur pollen s’envoler dans le ciel.

Cette chaise ne me laissera plus jamais goûter l’onctueuse chaleur du soleil qui se lève.

A peu près douze minutes et quatorze, quinze, seize, dix-sept, dix-huit, … secondes plus tôt.

Selon les dogmes acquis, une journée ordinaire commence par les gazouillis incessants des oiseaux matinaux, le froissement impertinent des ailes des cigales et les effluves de thym qui flottent sous les plafonds enveloppés d’une faible nuée de poussière éclairée par les rais d’un soleil qui renait chaque jour de ses cendres. Cela, bien sûr, si vous habitez en Provence. Si vous habitez en Bretagne, la journée commence par le bruissement de la pluie sur les carreaux des fenêtres de la cuisine, comme si les colombes de la paix avaient la diarrhée. Ou si Eric Woerth faisait un discours en postillonnant. Mais je n’ai rien contre Eric Woerth, je suis sûr qu’il dit la vérité.

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• Lundi 19 avril 2010 à 20 h 31
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Qu’est-ce que je pouvais m’emmerder. C’est fou ce que les enterrements sont chiants, celui là encore plus que les autres. Debout, plantés comme de sombres piquets dans l’herbe fraiche et mouillée du cimetière. Les parapluies s’étaient ouverts et on aurait pu dire avec délicatesse qu’ils avaient éclos, un peu comme les jonquilles s’ouvrent quand le printemps arrive. Mais les parapluies ne sont pas intéressants, ils sont juste là, et ils sont rarement jaunes. Je n’en avais pas pris, bien que j’en eu deux chez moi ; l’un était gris, l’autre était noir. Et ceux que j’apercevais par delà mon chapeau étaient tous aussi sombres. Sauf un. Une femme avait un parapluie blanc, mais le manche était noir.

Il pleuvait des cordes depuis que nous étions là, les gouttes venaient frapper ces mêmes parapluies dans un bruit de froissement incessant. Il faisait froid. Si seulement j’avais pu m’éclipser pendant l’inopportun rugissement du tonnerre. Cela n’aurait pas été correct. Je dirais même que c’eut-ce été discourtois.

Mais les enterrements me déplaisaient, j’ignore pourquoi, je ne le sais pas, je ne le saurais jamais et pour dire vrai, sans enluminures aucune, je m’en fous. Je n’ai jamais versé de larmes pour un proche disparu. Le jour où ma mère est décédée, j’avais seize ans. Seize ans et douze jours exactement. Je m’en souviens, parce-que c’est le jour où ma mère est morte. C’est ce jour là que je l’ai trouvée allongée au sol, la tête écrasée contre la moquette du salon, un flacon de somnifères vide encore serré dans sa main. Elle avait les paupières fermées, la bouche légèrement entrouverte. Dans son inéluctable chute, elle avait malencontreusement emporté avec elle un vase en porcelaine de Chine posé depuis des lustres sur le buffet de bois massif. Les dizaines de morceaux éparpillés autour de la pièce réfléchissaient les rayons lumineux sur des murs crépis, dehors les oiseaux chantaient encore. J’ai entrouvert la fenêtre pour profiter de ce temps radieux, puis j’ai nettoyé la pièce avec un balai et une pelle en fer. Ensuite, j’ai appelé les ambulances en disant « Bonjour », « S’il vous plait » et « Merci » avec la politesse d’un homme de ma condition.

Aujourd’hui, je ne rajustais pas mes lunettes sur le haut de mon nez pour mieux contempler un désespoir de circonstance qui touchait pourtant si peu de ceux qui étaient là, je me souviens les avoir laissées dans mon appartement. Elles gisaient sans aucun doute dans leur étui duveteux, sur ma table de chevet. Il n’y avait pas de Bible sur ma table de chevet, j’ai cessé de croire en Dieu le jour où j’ai commencé à croire à l’amour. Il avait un prénom de soie, à la douceur exquise, à la tendre musique. J’avais perdu ma route sur les flots de ses yeux sombres, noirs comme un lac. Quand j’ouvrais les yeux et que je regardais par-dessus l’horizon le coucher du soleil, les couleurs étaient vives, si vives, les sons étaient clairs, et si claires étaient les saveurs. Les sens aux aguets, j’écrivais à la beauté des vers insensés, je couchais de ma plume ses formes aux muscles saillants et aux lèvres si chaudes. Et sous des artifices de poète raté, me voilà enjambant sans état d’âme les dépouilles encore chaudes des lieux communs qui font mon écriture.

A quelques mètres de moi, un homme d’une cinquantaine d’années, la calvitie prononcée et le manteau usé, avait le regard dans le vague et la canne posée sur son bras replié. Si je tournais légèrement la tête, je pouvais entrevoir un adolescent à l’allure florissante et à l’âge magnifique rajuster ses épais cheveux noirs. Sa cravate partait se morfondre à l’intérieur de son gilet, il serrait contre lui une jeune fille effondrée. Ensemble, ils s’abritaient sous le même parapluie gris.

Nous devions être une vingtaine de privilégiés, moi plus que les autres, placés ici sous le tonnerre et les éclairs, essorés par la danse entrainée d’une pluie torrentielle. Je baillais presque – mais là morale chrétienne m’interdisais de m’avachir dans ce genre de comportements – et commençais à être un peu engourdi. C’est bientôt fini ? Non ? En même temps, je dois vous le confesser, mais ce n’est pas comme si j’avais autre chose à faire. Aujourd’hui, rien de plus important que cet enterrement aurait pu avoir lieu. Il fallait bien que j’y assiste. Et pourtant, que de pleurs chatoyants, de complaintes déchirantes ! Je fustige ceux qui m’ont forcé à venir ici, ignorant ma mauvaise foi. Les rares fois où je me suis rendu à des évènements de ce type, c’était pour profiter du buffet posthume. Oui, j’aime beaucoup qualifier ces buffets de posthumes, cela me plait. Et bien figurez-vous qu’aujourd’hui, comble de misère sadique, je ne pourrai y assister à cause d’un léger empêchement inopiné qui, d’ailleurs, ne devrait plus tarder.

Et le vent sifflait bruyamment parmi les arbres aux branches mortifères. Les roses n’étaient pas belles, les oiseaux vieillis de l’hiver avaient leurs pattes en l’air. Et la pluie cognait et frappait, elle crachait de longs et épais glaviots sur les façades mornes de la cathédrale émergeante au loin. Et le tonnerre fouettait, les éclairs martelaient, tout autour de moi faisait plus de fracas que les cœurs réunis de deux amants trop longtemps séparés (c’est beau).

J’ai toujours beaucoup ri de ce rite qu’est l’enterrement. On est tous là, à chaque fois, pour pleurer quelqu’un qui ne soucie absolument plus de vous puisque qu’il est mort. Mort, ma foi, cela se comprend non ? Pensez bien que d’ici quelques semaines, le visage du mort tombera en lambeaux de peau putride qui iront bien vite réjouir les asticots. Buffet posthume. Tout le monde y a droit, ne cédons pas aux facilités de la ségrégation à tout va. Son corps boursouflé et recouvert de pustules odorantes moisira dans la terre, son costume trois pièces sera déchiqueté tandis que son cercueil tentera de résister aux supplices du temps qui passe. Sans succès probablement.

Moi, je voulais me faire incinérer. On aurait jeté mes cendres dans la mer, tandis que le soleil heurterait de ses tendres lèvres écarlates l’horizon lisse et opaque d’un océan tumultueux. Un peu comme dans les films. Et j’aurais couru sur la houle, caressant par l’esprit les embruns écumeux jetant sur les falaises des gouttelettes glacées. Mais non, ils avaient décidé de m’enterrer.

Je n’entendis même plus le souffle de Dieu qui faisait tanguer les voiles quand ils fermèrent mon cercueil en bois d’ébène.

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• Mardi 06 avril 2010 à 23 h 14
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Laisse-moi, crépuscule, ralentir ta venue, retenir ta descente, contenir ton étreinte. Laissez-moi, vous étoiles, poser mon regard sur vos prunelles fermées, sentir vos fraicheurs qui illuminent le soir. Laisse-moi, nuit féconde, profiter un peu plus, caresser de ma main ses audaces effrénées. Laissez-moi, douces lèvres, vous embrasser encore, vous effleurer toujours dans mes rêves nocturnes.

Matin tant douloureux d’arriver au vermeil des dédales fermés, laisse-moi respirer. Prend ton temps, laisse-moi, une seconde peut-être, juste un souffle perdu. Soleil écarlate, je t’en prie, ta lumière vient ternir mes vœux, garde pour les guerres tes chaleurs terrifiantes.

Retiens encore un peu l’obscurité terrible, laisse-moi enchainer les première lueurs, oublie l’aurore qui vient briser les parfums de nos nuits. Garde ta tête ronde contre mon palpitant, laisse ta main posée contre mon sein brulant. Oublie tout, oublie moi, oublie jusqu’à l’indécence. Ne bouge pas, ne parle plus, laisse encore la respiration cajoler mon cou nu.

Sens ma peau, mes paupières. Voyageons sur les îles, naviguons sur les flots, vite ! Dépêchons-nous de nous aimer avant que notre nuit s’effile, avant notre nuit s’effrite, avant que notre nuit s’enflamme sous le ciel brulant d’un nouveau jour.

Laisse-moi inopportun temps assassin d’un si bref baiser qui n’aura duré que le temps d’une lune, le simple temps d’un argent qui brille au firmament, au-dessus de nos voix à présent essoufflées. Oublie-moi encore, jusqu’à la prochaine fois.

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• Mardi 30 mars 2010 à 17 h 48
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30 Mars 2014. Paris.

Messieurs les sénateurs, c’est un succès. Voilà déjà une semaine que l’Imminente Police mise en place fait régner l’ordre sur ce pays dont nous avons pu fermer les frontières. Nos hommes parcourent les terres, patrouillent les nuits à la faible lueur d’un lampadaire grisonnant, ils cherchent et épient, ils traquent et détruisent.

Notre Imminente Police a commencé avec brio le rôle que nous lui avions confié. Les sources de culture ont été détruites, la quasi-totalité des bibliothèques et des librairies de notre état a été brûlée ou condamnée. Il n’existe aujourd’hui plus aucune forme de savoir écrit. De même, les réseaux filaires ont été sabotés la nuit dernière, empêchant toute communication avec le monde extérieur, empêchant toute connexion avec le monde virtuel qui devenait trop puissant et qui mettait en péril l’organisation d’un pays enlisé dans une culture de masse et dans cette révolte constante des hommes qui pensaient être au-dessus de nos Lois.

Les télécommunications sont tombées sous notre tutelle, les lettres ne sont plus capables de se déplacer. Les rédactions de nos plus grands journaux ont cessé de battre au rythme d’une publication quotidienne, les articles passent tous par le département de la Correction Démocratique. Plus rien ne semble être en mesure de nous défier, de nous critiquer ou d’élever les idées contraire à la Constitution que nous défendons, dorénavant. La liberté d’expression que tous défendaient est enfin régulée. Enfin, après nos combats ! Après nos cris ! Nos désespoirs et nos promesses !

Rappelez-vous dont, messieurs les sénateurs ! Le peuple commençait à s’élever ! Surgissaient dans les hurlements frénétiques de ces éternelles revendications des idées dangereuses à notre survie ! Ils disaient que la plupart des trafiquants étaient noirs et les arabes. Ils disaient la vieillesse devenait gênante, que la jeunesse s’enlisait chaque jour un peu plus dans une pauvreté d’esprit inévitablement fatale. Les plus téméraires criaient à la normalité de l’homosexualité, et soulignaient la différence des sexes ! C’est l’ethnocentrisme généralisé qui se répandait comme une trainée de poudre, messieurs les sénateurs ! Qu’importe de savoir s’ils disaient la vérité, messieurs les sénateurs, cela ne m’intéresse pas ! Ni moi, ni vous, ni notre Constitution ! Le simple fait d’avoir énoncé une vérité, contraire à ce que nous avons pu vous apprendre, vous le peuple, c’est à vous que je m’adresse, est contraire à nos Lois et mérite d’être puni !

Il ne nous faut plus laisser dépasser par une liberté qui empiète et qui laisserait aujourd’hui une marge de réflexion à un peuple incapable de réfléchir. Notre Imminente Police est présente, messieurs les sénateurs, et c’est un franc succès. Les gens ont cessé de se révolter pour se rallier à nos causes. Enfin la normalité a été définie, enfin les critères acceptables ont été énoncés ! C’est une victoire, messieurs les sénateurs, une victoire pour nous, une victoire de nos esprits sur les faibles ! Nous entrons dans un nouveau monde, dans ce monde utopique où la haine n’existe plus, où les idées ne se développent plus !

Messieurs les sénateurs, bienvenus dans ce nouveau monde régi par l’Universalité de nos propres pensées…

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• Samedi 09 janvier 2010 à 14 h 29
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J’ai décidé de centraliser les divagations de ma plume poétique dans un même recueil, histoire que si je meurs d’ici la fin de l’année je laisse quelque chose derrière moi. Et je me suis dit que j’allais vous faire part d’un de mes poèmes (en alexandrins messieurs dames !) que j’ai intitulé « Fille de joie« .  Si vous avez des avis, au plaisir :)

Elle n’existe pas ailleurs que dans les lits,
La pauvre a les mains nues, souvent mille maris,
Chaque jour elle est belle et rayonne au plaisir
De gros lards interdits qui payent pour gémir.

Elle n’a d’autre vie que celle de l’amour,
Elle donne son corps, chaque nuit, chaque jour,
Elle cède en cadeau cette offrande divine
Qui, au petit matin, lui caresse l’échine.

Sous un ciel accablant de toutes les couleurs,
Elle marche et revient sur des trottoirs usés,
Et sans savoir que dire ou que faire à son cœur,
Elle offrira en vain sa pureté brisée.

On méprise son âme et ses bas en nylon,
Sa carcasse vivante, on lui crache dessus,
Et sous son bleu regard on lance les jurons
Qu’elle accepte en pleurant sous la pluie, presque nue.

Merveilles et bonheur, elle en fait son business,
Mais elle a vu flamber le sang de sa jeunesse
Qu’elle regrettera dans les moments de peur
Qui cristalliseront tous ses cris de malheur.

Et au septième ciel, pays de la démence,
Pays artificiel où l’on oublie l’errance,
L’homme à la démarche de chryséléphantin
Rit de ses blessures d’un doux air enfantin.

Si un jour elle est mal et puis prend des rondeurs,
Qu’un enfant, de son sein, s’extirpe atrocement,
Elle devra aimer jusqu’à son dernier chant
Le fruit des secs à-coups de son fou géniteur.

Peut-être sous un chêne elle le mettra, lui,
Un enfant au nez rose, aux petits doigts de môme ;
Sais-tu toi qui me lis si tu n’es pas celui
Qu’elle a abandonné au beau milieu des hommes ?

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