Archives pour la catégorie ◊ Découverte Ontologique ◊

• Mercredi 31 août 2011 à 19 h 50
Auteur :

Mais plutôt un subterfuge d’écrivaillon de province afin de contenter mes trois derniers lecteurs qui sont inéluctablement dans l’attente d’un nouvel article qui tarde à montrer le bout de son nez. Eh bien mes braves, que voulez-vous que je vous raconte ? Je ne sais pas. En plus, je ne fais rire que vous. Moi je trouve pas ça très drôle ce que j’écris.

Bref. Pour finir dans le non-rigolo absolu, je vous mets un texte de Tolstoï découvert tout à l’heure, pas très long, mais tellement édifiant. Comme ça, les trois derniers lecteurs se suicideront et je pourrai enfin parler des tortues de Nouvelle Guinée tranquillement, sans recueillir vos quolibets moqueurs qui chaque jour remettent en cause cette passion pourtant inébranlable que je voue aux tortues de Nouvelle Guinée. Merci.

« II m’arriva ce qui arrive à tous ceux qui ont contracté une maladie interne mortelle. D’abord, on voit  apparaître un symptôme insignifiant auquel le malade n’accorde nulle importance, puis les symptômes reviennent de plus en plus souvent et se fondent en une seule souffrance indivisible dans le temps. La souffrance augmente, et en un clin d’œil le malade se rend compte que ce qu’il a pris pour une légère indisposition est ce qu’il y a de plus important au monde pour lui, que c’est — la mort.

La même chose m’arriva à moi. Je compris qu’il ne s’agissait pas d’un petit malaise, mais d’une chose importante, et que si les mêmes questions revenaient sans cesse, il fallait y répondre. Et je tentai d’y répondre. Ces questions semblaient si stupides, simples, enfantines. Mais dès que je les effleurai pour essayer d’y répondre, je dus me rendre à l’évidence que premièrement, ces questions n’étaient ni enfantines ni stupides, mais au contraire les plus importantes les plus profondes, et que deuxièmement, malgré toutes mes réflexions, j’étais impuissant à y répondre. Avant de m’occuper de mon domaine de Samara, de l’éducation de mon fils, de l’écriture de mes livres, je devais savoir pourquoi je le ferais. Tant que j’en ignorais la raison, je ne pouvais rien faire, je ne pouvais pas vivre. Au milieu de mes pensées à propos de l’organisation de mon domaine, qui m’occupaient beaucoup à cette époque, une question me venait soudain à l’esprit: « Bon, mettons que tu auras 6 000 dessiatines (une dessiatine égale approximativement un hectare) dans le gouvernement de Samara, 300 chevaux, et après ?… » Je plongeais dans une complète hébétude, ne sachant plus ce que je devais penser. Ou bien, dès que je me mettais à réfléchir à l’éducation de mes enfants, je me disais: « A quoi cela sert- il? » Ou encore, lorsque je me demandais comment le peuple pouvait accéder à l’aisance, je me disais soudain: « Et en quoi cela me concerne-t-il ? » Ou, pensant à toute la gloire que mes œuvres me procureraient, je me répondais à moi-même : «Bon, d’accord, tu seras plus connu que Gogol, Pouchkine, Shakespeare, Molière, tous les écrivains du monde, et alors ? » Et je ne pouvais rien y répondre. Les questions n’attendaient plus, il fallait y répondre immédiatement. Si je n’y répondais pas, je ne pouvais plus vivre. Or, il n’y avait pas de réponse.

Je sentis que ce sur quoi je tenais s’était brisé, que mes pieds n’avaient plus d’appui, que ce qui m’avait fait vivre n’existait plus, que je n’avais plus rien qui me fasse vivre.

Ma vie s’arrêta. Je pouvais respirer, manger, boire, dormir, ne pouvant pas ne pas respirer, manger, boire ou dormir; mais je n’avais point de vie, car il n’existait plus de désirs dont la réalisation m’eût paru raisonnable. Si je désirais quelque chose, je savais à l’avance qu’il n’en résulterait rien, et peu m’importait de satisfaire ou non mon désir. Si une fée m’était apparue me proposant de réaliser un de mes vœux, je n’aurais su que demander. Si, dans des moments, d’ivresse, il m’arrivait d’éprouver sinon des désirs, du moins un souvenir d’ancien désir, aussitôt dégrisé je savais que c’était une illusion, qu’il n’y avait rien à désirer. Je ne pouvais même pas désirer connaître la vérité, car j’en avais déjà une idée. La vérité, c’était l’absurdité de la vie. C’était comme si j’avais vécu en me dirigeant vers un abîme et qu’à présent, je me trouvais devant et que je voyais clairement que devant moi il n’y avait rien en dehors de ma perte. Je ne pouvais ni m’arrêter, ni reculer, ni fermer les yeux pour ne pas voir que devant moi il n’y avait rien d’autre que souffrances et vraie mort, anéantissement complet.

Lire la suite…

• Samedi 21 mai 2011 à 20 h 51
Auteur :

Bonjour à tous et à toutes (oui, mesdames, même vous, car je suis dans un moment de générosité et je pense que la simplicité de la formule « bonjour » conviendra à la bassesse de votre intelligence qui n’est aujourd’hui plus de besoin de remettre en question tant vos fins traits d’idiotie sont flagrants),

Aujourd’hui, chose étrange, j’ai tenu la chandelle au cinéma. Pas la chandelle du couple habitué qui est déjà sur la fin de sa vie, les dernières bougies de la passion s’éteignant et la cire durcie s’étant toute étalée sur le parquet, non, la chandelle du couple tout neuf qui n’existait pas avant l’entrée dans le cinéma.

Alors évidemment, avant, ce genre d’inconvenance est déjà arrivé. Qui ne s’est jamais retrouvé avec un couple au cinéma, toutefois entouré d’autres potes célibataires pour partager de façon équitable le poids de cette chandelle harassante ? Personne. On a tous furtivement entrevu au bout de la rangée un bisou mielleux et plein de bave alors que vous vous contentez, seul, des derniers reliquats de ce pop-corn vraiment dégueulasse qui est plein de bouts de maïs pas éclatés et durs que vous êtes obligés de jeter au loin en toute discrétion. Ces étreintes remplies de mamours vomitifs aux fragrances urinaires, ces mains baladeuses pleines de peaux mortes se posant avec la douceur du nazi découvrant l’anatomie du juif et ces chuchotements qui ne s’arrêteront jamais alors que BORDEL c’est un moment vachement important du film ils vont tout rater !

Mais alors ces chuchotements, c’est un truc affreux. Surtout quand vous êtes seul, dans une salle comble, assis à côté d’un vieux qui arrête pas de soupirer. Vous vous retrouvez alors douloureusement comprimé entre le 3e âge et cette boudinasserie soit-disant érotique entrain de se faire nettoyer la luette au kärcher lingual.

N’est-ce pas incroyable ? Alors que vous essayez de vous concentrer sur cette scène vraiment pas facile à comprendre et de peur de rater une autre blague extraordinaire comme « J’approuve la position du missionnaire », la vision d’à côté vous obnubile comme si vous visualisiez un ébat reproductif entre Jude Law et Robert Downey Jr.

Parce que bon dieu, vous n’avez pas eu de relation incluant un tralala et un pilou-pilou depuis des siècles (je ne parle pas de moi, mais j’adresse bien sûr cette  phrase à tous les frigides sexuels qui me lisent par centaines de milliers, et big kiss à ma prof de philo), et par conséquent, quand Sparrow sort la bouteille de la gueule du canon, vous trouvez ça sexy. Alors imaginez un peu l’érotisme de la bande son d’un débouchage d’évier en prime-time live exclusivity of the World.

Tout ça pour finalement dire quoi ? Rien, sinon bien faire chier la nana engagée dans des relations bucco-dentaires et qui m’a diantre empêché de me concentrer de toutes mes forces sur ce chef du 7e art qu’est Pirates des Caraïbes.

Voilà. Passez une bonne soirée.