• Lundi 09 juillet 2012 à 0 h 19
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Le festival d’Avignon a commencé le 7 Juillet, festival qualifié par les plus téméraires de plus grand théâtre du monde. Que ne faut-il pas un peu de témérité pour se plonger dans les méandres tortueux d’un des festivals les plus – s’il n’en est pas LE plus – mal foutu de l’histoire de l’univers.

Car le festival d’Avignon 2012, c’est l’explosion du nombre de spectacle. C’est le marronnier de chaque année : il y a de plus en plus de pièces présentes à Avignon, et il en devient impossible de faire le tri. On ouvre le programme de la taille d’un annuaire, aux horaires qui nous intéressent, et on pioche au hasard.

Grand mal m’en fut. Il n’en fallait pas plus pour tomber sur une pièce s’intitulant sobrement « Temps de Femmes », un brûlot en apparence féministe qui, se situant en 3012 (soit 1000 ans après le Big Big (notons la finesse et la subtilité qui, plus tard, caractériseront l’ensemble de cette pièce à l’humour exquis et pas du tout graveleux), qui a détruit toute trace de ce qui avait existé avant 2012), en profite pour décrier une société dominée par les femmes et où les hommes sont finalement les sous-fifres délégués aux tâches ménagères. Pitch surréaliste s’il en est un.

Toutefois, servie par des textes de Victor Hugo, Louise Labé ou encore Aristophane, on pouvait s’attendre à quelque chose qui se regarde, faute de s’apprécier. Mais c’est devant la comédienne seule sur scène, qui s’embourbe au fil de minutes qui apparaissent interminables dans des failles temporelles proportionnelles aux failles de l’attention que lui porte le public, on se rend bien compte que cette heure et demi sera longue.

Un décor médiocre pour un prix de quinze euros, un régisseur portant une moustache qui aurait fait honte à Freddy Mercury et des tentatives ratés dans les domaines de la mise en scène, de l’humour, de l’engagement politique et de l’écriture, voilà le lot de solitude qui constitue l’essentiel de « Temps de Femmes ». Ce qui était censé être une œuvre à l’hommage de la splendeur féminine et de ces inégalités qui conduisent à la création de ministères, n’est finalement rien de plus qu’une succession creuse d’inutilités crasses qui au bout du compte vous donnent envie de vous suicider avec une cuillère à soupe.

Bien entendu, cette recette de l’échec annoncé ne va pas sans cette volonté omniprésente de faire participer un public qui n’en demandait pas tant. De longs regards qui mettent mal à l’aise, des insistances désagréables et des LUNETTES EN CARTON.

Mais qui diable fait porter à son public des lunettes en carton ? Personne, je vous le dis. Au  lieu de s’évertuer à écrire des pièces qui, si elles m’avaient été confiées, auraient été torché en l’espace d’une défécation sur le rose d’un carré de papier toilette, que ces auteurs en papier mâché aillent relire un Aristophane que, manifestement, ils n’ont pas compris.

À bon entendeur.

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5 Responses

  1. 1
    Ed 

    Bon, j’irai pas la voir…

  2. 2
    Arthur 

    Excellent article, comme d’habitude !
    C’est cool de faire un résumé comme ça des spectacles, si tu tiens jusqu’à la fin, parce que c’est galère de se faire des idées et c’est surtout le bouche à oreilles qui fonctionne !

    Pauvre pièce quand même, tu lui en as mis pour son grade ^^

  3. 3
    Licorne Rose 

    Toujours avec beaucoup d’humour et de finesse.

  4. 4
    Compagnie 

    Je te réponds parce que j’ai été choqué par le manque d’objectivité de ce texte.

    D’abord, je n’arrive pas à comprendre pourquoi tu parlaies des « failles d’attention » du public, quand nous recevons chaque jour des commentaires très positifs de très nombreux spectateurs, notamment le soir où tu étais là.

    Je ne comprends pas non plus pourquoi tu évalues le décor au prix de sa valeur économique (« un décor médiocre pour un prix de quinze euros »). C’est vrai qu’à l’heure des lunettes 3 D, les lunettes en cartons, c’est peut être un peu ringard !
    Aujourd’hui, des spectateurs nous ont justement félicités de ce décor bricolé, fait de « bric et de broc », qui propose un théâtre à la portée de tous, facile à faire, et qui ne demande pas forcément les milliers d’euros souvent investis dans les décors…
    Mais ceci est un débat qu’il serait intéressant d’ouvrir, plutôt que de trancher sommairement la question comme tu le fais dans ce texte.

    J’ai du mal aussi à comprendre pourquoi tu émets des critiques sur la moustache du régisseur en le comparant à Freddy Mercury… Quel est le rapport avec notre texte

    Pourquoi parles tu d’un spectacle « apparemment féministe »? Nous avons reçu des réactions très positives de spectatrices féministes de diverses associations nationales qui trouvaient ce spectacle assez équilibré dans sa vision de la femme et de l’homme….

    Pour finir, pourquoi nous proposes tu de « relire un Aristophane, que manifestement, ils n’ont pas compris »?
    Pour avoir traduit plusieurs de ses pièces (reçu premier au concours de l’ENS Ulm en Grec Ancien) cela m’intéresserait que tu m’expliques ton point de vue sur Aristophane et la comédie antique.

    Pour une vision un peu plus objective de cette pièce, je conseille aux gens qui lisent le blog de regarder sur les sites des critiques journalistiques: Le Monde.fr, le progrès, le comtadin, et bientôt Avinews et le Dauphiné Libéré. Tous ses journaux ont bizarrement consacré des articles à cette pièce que tu aurais « torché en l’espace d’une défécation »…. La scatophilie élevée au rang de critique théâtrale?

    C’est le droit de chacun de ne pas aimer un spectacle et de le dire. Mais quand on se place en position de critique, il faut bien maitriser son sujet…

    La critique est intéressante quand elle est constructive, non quand elle cherche à enfoncer une pièce pour mettre en valeur le talent de son auteur. Au prix de passer complètement à côté de la pièce que l’on prétend critiquer…

    D’ailleurs si tu as envie de parler avec nous du spectacle pour essayer d’en dégager une critique qui fera progresser notre travail, on est tout à fait ouvert à une discussion productive, tu trouveras notre contact sur le site de la compagnie.

    Bonne route à toi!

  5. 5
    Araen 

    Le manque d’objectivité de ce texte ? Quel manque d’objectivité ? Parce que je suis actionnaire d’une pièce dans le festival qui est desservie par la présence de la vôtre ? Je dois dire que j’ai du mal à voir à quel moment je manque d’objectivité. Je dis ce que je pense, et je n’ai absolument aucune espèce de pression qui me pousserait à le faire, contrairement aux journalistes qui, contrairement à ce que vous avez l’air de penser, partent souvent en se disant « j’en écrirai une bonne critique » ou l’inverse. Tout est conditionné. Je suis une personne normale qui parle aux personnes normales, et je dévoile ici mon avis personnel et argumenté. Rien de plus.

    Ensuite il faut arrêter avec cette définition du théâtre populaire (ne nous voilons pas la face, c’est exactement ce que vous sous entendiez quand vous avez évoqué le « théâtre à la portée de tous ») qui est un théâtre censé prendre les gens pour des cons. Le théâtre populaire, c’est pas le théâtre bric et broc qu’on fait dans la rue, avec 3 bouts de ficelles et 2 morceaux de papier kraft. Le théâtre populaire, c’est un théâtre qui s’ouvre à tous, certes, mais pas que. La simplicité n’en est pas une caractéristique. Quand je vais au théâtre, je l’ai déjà dit mais on ne le dira jamais assez, j’ai envie de me dire en sortant que j’aurais été incapable de faire une telle chose. Et là, excusez-moi du peu, mais une défécation m’aurait suffit. Après, félicitations d’avoir réussi l’exploit d’être major au concours de Grec Ancien de Ulm, mais il semble que ça ne vous empêche pas d’écrire « Tous ses journaux », ce qui me parait grave et vous fait perdre tout forme de crédibilité dans l’art littéraire. Ensuite, la traduction est une chose, la compréhension en est une autre. Le texte d’Aristophane que vous avez choisi, à mon sens, est superficiellement un plaidoyer en faveur des femmes, mais quand on s’y penche, c’est un ramassis de clichés qui s’entassent et qui desservent la cause. Voilà ce que je voulais dire.

    Et ne venez pas me dire que ce n’est pas un spectacle féministe, je vous en supplie. Evidemment que vous prônez l’égalité, mais sous couvert d’égalité n’en demeure pas moins une volonté féministe. Et c’est pas forcément une critique, le féminisme c’est pas complètement con tant que ça tombe pas dans les extrêmes. Mais là, j’ai trouvé que c’était mal fait. Je l’ai expliqué, je ne le referai pas.

    Ensuite, j’ai ri tellement fort : une critique est objective (c’est à dire sur : Le Monde.fr, le progrès, le comtadin et bientùot Avinews et le Dauphiné Libéré) parce qu’elle est bonne ? Je suis désolé, mais ça ne marche pas comme ça. Une fois de plus, ce n’est pas parce que ma critique peut vous sembler désagréable qu’elle n’en est pas moins objective. Encore un problème de vocabulaire.

    PS : Je trouve que ma critique fait avancer votre travail. Par exemple : Quand vous avez du temps libre, utilisez-le pour faire autre chose que du théâtre.

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