
A quoi ressemble un prix Nobel ?
L’extrait suivant est tiré de Désert un ouvrage du nobélisé Français Jean-Marie Gustave Le Clézio. Dans cet extrait, il se pose finalement la question du feu dans tous ses états, comment on l’allume, comment on l’éteint, l’étincelle, la flammèche, et tout ce qui se trouve autour de l’art du feu (la passion, la brindille, etc.). Publié aux éditions Folio, p 142-143. En italiques, mes commentaires personnels.
Lalla aime le feu (d’entrée, Le Clézio est bouleversant. Lalla, jeune fille de son roman qui vit dans le désert, n’aime pas les sucettes, les bonbons ou les petits plaisirs qui font la candeur des jeunes filles en fleur. Non, elle aime le feu). Il y a toutes sortes de feux, ici, dans la Cité (on passe aux choses sérieuses). Il y a les feux du matin, quand les femmes et les petites filles font cuire le repas dans les grandes marmites noires (voilà le premier item d’une longue liste d’épithètes qui ne se refrènent pas et que l’on ajoute à tort et à travers à tout ce qui bouge sans le moindre état d’âme), et que la fumée court le long de la terre (« je suis trop un poète », nous confie Le Clézio, car pour moi, la fumée court le long de la terre. Elle ne plane pas avec paresse, elle ne flotte pas avec malice, elle court), mêlée à la brume de l’aube, juste avant que le soleil apparaisse au-dessus des collines rouges (« collines rouges »). Il y a les feux d’herbes et de branches, qui brûlent longtemps, tout seuls, presque étouffés, sans flammes (voilà un feu qui a l’air utile). Il y a les feux des braseros, vers la fin de l’après-midi, dans la belle lumière (« belle lumière ». Le Clézio ne cède pas à la tentation de la lumière dégueulasse du désert. Celle-ci doit être belle) du soleil qui décline, au milieu des reflets de cuivre. La fumée basse (« fumée basse ») rampe comme (à l’épithète se rajoute la comparaison, on n’arrête pas le talent) un long serpent vague (« long serpent vague » : combo ! Voilà comment on gagne un prix Nobel et un million d’euros. Un serpent ? Ça ne veut rien dire. Le serpent doit être long & vague), appuyée de maison en maison, jetant des anneaux gris (« anneaux gris ») vers la mer. Il y a les feux qu’on allume sous les vieilles boîtes (« vieilles boites ») de conserve, pour faire chauffer le goudron, pour boucher les trous des toits et des murs.
Ici tout le monde aime le feu, surtout les enfants et les vieux (le cycle de la vie, en somme. L’oeuvre de Le Clézio s’adresse à tous. Car finalement, le feu, c’est son oeuvre. De là à dire qu’il faudrait la brûler, il n’y a qu’un pas). Chaque fois qu’un feu s’allume, ils vont s’asseoir tout autour, accroupis sur leurs talons, et ils regardent les flammes qui dansent (cette manie qu’ont les flammes de toujours « danser ». De même, retenez que le feu en règle générale « lèche », le soleil — comme la fumée — « court », de préférence sur la peau, les sourires « errent » sur des visages, les pelouses « frissonnent ») avec des yeux vides (très important : des yeux des flammes, il faut relever l’existence et dire qu’ils sont vides). Ou bien ils jettent de temps à autre de petites brindilles sèches (« brindilles sèches ». Il faut indiquer au lecteur que l’on n’allume pas un feu avec des brindilles humides) qui s’embrasent d’un coup en crépitant (là encore, Le Clézio nous prend par surprise. Les brindilles crépitent, elles ne zinzinulent pas !), et des poignées d’herbe qui se consument en faisant des tourbillons bleutés (« tourbillons bleutés » : extraordinaire). […]
Ensuite, il allume son feu (ie : le pêcheur, car c’est de lui qu’il s’agit) avec son briquet à amadou, en faisant bien attention à mettre la flamme du côté où il n’y a pas de vent (remarquez ce sens de la précision proprement exceptionnel ! Comment est le briquet ? A amadou. Comment met-il sa flamme ? Du côté où il n’y a pas de vent. Ce qui n’est pas sans rappeler aux fumeurs — dans une rare communion entre l’auteur et son lecteur — de longues journées venteuses aux abords du palais des papes d’Avignon. Le Clézio répond à toutes vos questions, et même à celles que l’on ne posait pas). Naman sait très bien faire le feu, et Lalla regarde tous ses gestes avec attention, pour apprendre. Il sait choisir l’endroit, ni trop exposé, ni trop abrité (il y a ici un point de rupture essentielle. En fait, tandis que précédemment Le Clézio nous confiait comment étaient les choses avec ses épithètes à foison, voilà que désormais, il nous confie également comment elles ne sont pas), dans le creux des dunes (il termine en rajoutant le détail essentiel qui manquait : où fait-on le feu. Voilà une leçon de premier choix).





C’est les vacances. Pour moi, c’est les vacances. Mon marathon de concours s’est terminé hier (
