Archive pour ◊ juillet, 2012 ◊

• Mercredi 18 juillet 2012 à 14 h 24
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ELLE : Mais qu’est-ce que la vie, sinon ce profond bouleversement ?

LUI : Ce profond bouleversement. C’est…

LA NARRATRICE : C’est un détail !

LUI : C’est un détail.

ELLE : On a perdu nos rires.

LUI : Nos rires qui éclataient, comme des balles au-dessus de nos têtes. Mais on a plus de rires, ces rires bien gras qui giclaient de notre bouche en gros éclats, non, on a plus de ces rires… Il ne nous reste que les balles, les balles qui sifflent dans un bruit de mort au-dessus de nos têtes. Les balles… Plus de rires, non, plus de rires.

ELLE : On a plus de rires.

LA NARRATRICE : Plus de rires…

LUI : Et toi, tu es partie ! Tu as disparu !

ELLE : C’est ce qu’ils disent, que j’ai disparu. Mais je ne suis pas la seule. Oh, ça, non, pas la seule.

LUI : Mais qui sont-ils, ces disparus ? Je vais aller regarder le foot, parce qu’on a gagné la coupe du monde, et que du coup, j’oublie.

LA NARRATRICE : Etre normal…

LUI : Je voudrais être normal, être normal en regardant le foot. Me lever le matin.

ELLE : Je ne connais plus de matin.

LUI : Me lever le matin, et profiter d’un lever de soleil.

LA NARRATRICE : Ou d’un crépuscule ? La narratrice enlève ses chaussures et tire des coups de feu avec en faisant du bruit avec sa bouche

LUI, se baissant et murmurant : Mais toujours ces balles au-dessus de ma tête. Est-ce la guerre ?

ELLE, criant : Ca ne se peut pas !

LUI : Non, ça ne se peut pas. Il n’y a pas de morts. Il n’y a pas de guerre sans morts. Ici, il n’y a que des disparus. Tu as disparu…

Ensemble, ils se mettent à jeter des papiers en l’air dans une chorégraphie obscure, puis s’enroulent dans du papier kraft.

LUI : Je suis prisonnier de mon corps.

ELLE : Je suis prisonnière de mon corps.

LA NARRATRICE : Ils sont prisonniers de leur corps.

LUI : Je voudrais me coucher…

ELLE : Dans mes draps frais…

LUI : A ses côtés. On ne sait, à 15 ou 18 ans, rien de tout ça. C’aurait été une amourette, un truc passager qu’on oublie vite le prochain printemps venu…

ELLE : Ou même l’automne.

LUI : Oh !

La narratrice tourne une boite à musique posée dans la boite d’un violon, assise par terre.

ELLE : J’entends une musique au loin. Est-ce un souvenir ?

LUI : Mais le souvenir de quoi ?

ELLE : Nous n’avons plus de souvenirs.

LA NARRATRICE : Ils ont oublié. Il le fallait bien. Pour oublier les balles au-dessus de leur tête.

UNE HEURE ET DEMI PLUS TARD, après un enchaînement d’actions complexes

 LUI : Saute avec moi dans la piscine à boules, regarde, il y a du soleil !

ELLE : Cette patinoire est si belle !

LA NARRATRICE : La forêt est luxuriante. Montons en haut des arbres.

LUI : Je t’aime.

ELLE : Je t’aime !

LA NARRATRICE : Ils se manquent. Elle a disparu. Il a en bas de la tour Eiffel. Quand on a 15 ou 18 ans…

LUI et ELLE : Mais tout, un jour, sera comme avant.

LA NARRATRICE : Car c’est toujours mieux avant…

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• Mardi 10 juillet 2012 à 22 h 50
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La danse habituelle se remet en route. On se fait tracter, on remballe les « tracteurs », on discute avec eux ou on leur fait la tirade d’Otis. De temps à autres nous sommes tristes de penser que des pièces comme « Faites l’amour avec un Belge » ou « Le sexe pour les nuls » (voire « Le Buzz », qui n’a malheureusement rien à voir avec Toy Story) existent et contribuent à la décadence d’un des festivals de théâtre qui était jadis parmi les meilleurs. On pense à Jean Vilar avec une certaine nostalgie – ce créateur du festival comme on le connait (l’on fête par ailleurs aujourd’hui le centenaire de sa naissance) – et l’on se demande ce qu’il en penserait. Car finalement, dans ce marasme coagulant que forment ces quelques 1500 pièces de théâtre, il en est peu qui valent vraiment le coup d’être vues.

Je vais aujourd’hui vous parler d’une pièce en particulier, « L’importance d’être Wilde ». Peut-être n’êtes-vous pas sans savoir que je voue un culte à Oscar Wilde, que je l’adule, lui, son allure de dandy, ses réparties féroces, sa mégalomanie criante, sa décadence créatrice et ses « outrages aux bonnes mœurs » pour lesquelles il fut condamné à de la prison, avec travaux forcés. J’aime tout ça. Car l’auteur du Portrait de Dorian Gray a apporté au monde une nouvelle conception de l’art et a renouvelé cette littérature qui s’étiolait dans les clichés absconds de l’amour et de la morale. Voilà pourquoi j’aime Wilde.

« Je ne voyage jamais sans mes mémoires. Il faut toujours avoir quelque chose de sensationnel à lire dans le train ».

Cette pièce donc, présentée au théâtre du Balcon (compagnie Philippe Person) avec Emmanuel Barroyer, Anne Priol, Pascal Thoreau et mis en scène par Philippe Person, nous propose une quasi-rétrospective de la vie du personnage Irlandais. Toutefois, le principal défaut dont je parlerai est que cette pièce est uniquement portée par les textes de Wilde.

Alors de fait, il me semble qu’il devient un peu facile de monter une pièce, de piquer dans les textes d’un auteur connu de façon sporadique, et de les déclamer en faisant des mimiques avec la bouche. Les acteurs ne sont pas mauvais, loin de là, et on leur trouve un certain charme, mais cela ne suffit pas. On a pas forcément l’impression d’une certaine cohérence et les textes (issus du Portrait, de pièces et de lettres diverses) sont diffusés comme un déodorisant dans la chambre de grand-mère, pour dissimuler les quelques pets de ses incontinences.

Les éléments comiques qui fonctionnent sont répétés jusqu’à l’extrême usure et, quand on n’a plus rien à dire, on déclame quelques aphorismes bien pensés écrits par un génie du genre. Cette pièce s’est parfois transformée en compte Twitter. Alors certes un compte Twitter de qualité, mais un compte Twitter quand même.

Je vais au théâtre pour me dépasser, pour voir une pièce qui me fasse me dire à la fin « Jamais je n’aurais été capable d’écrire quelque chose de cette puissance, d’avoir cette idée de génie ». Je veux penser que je suis une merde artistique.

Et ce n’est pas le cas de « L’importance d’être Wilde ». On se souviendra néanmoins qu’il s’agit d’Oscar, et que ses textes méritent d’être lus et relus, quand bien même le seraient-ils dans une ambiance manquant d’originalité.

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• Lundi 09 juillet 2012 à 0 h 19
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Le festival d’Avignon a commencé le 7 Juillet, festival qualifié par les plus téméraires de plus grand théâtre du monde. Que ne faut-il pas un peu de témérité pour se plonger dans les méandres tortueux d’un des festivals les plus – s’il n’en est pas LE plus – mal foutu de l’histoire de l’univers.

Car le festival d’Avignon 2012, c’est l’explosion du nombre de spectacle. C’est le marronnier de chaque année : il y a de plus en plus de pièces présentes à Avignon, et il en devient impossible de faire le tri. On ouvre le programme de la taille d’un annuaire, aux horaires qui nous intéressent, et on pioche au hasard.

Grand mal m’en fut. Il n’en fallait pas plus pour tomber sur une pièce s’intitulant sobrement « Temps de Femmes », un brûlot en apparence féministe qui, se situant en 3012 (soit 1000 ans après le Big Big (notons la finesse et la subtilité qui, plus tard, caractériseront l’ensemble de cette pièce à l’humour exquis et pas du tout graveleux), qui a détruit toute trace de ce qui avait existé avant 2012), en profite pour décrier une société dominée par les femmes et où les hommes sont finalement les sous-fifres délégués aux tâches ménagères. Pitch surréaliste s’il en est un.

Toutefois, servie par des textes de Victor Hugo, Louise Labé ou encore Aristophane, on pouvait s’attendre à quelque chose qui se regarde, faute de s’apprécier. Mais c’est devant la comédienne seule sur scène, qui s’embourbe au fil de minutes qui apparaissent interminables dans des failles temporelles proportionnelles aux failles de l’attention que lui porte le public, on se rend bien compte que cette heure et demi sera longue.

Un décor médiocre pour un prix de quinze euros, un régisseur portant une moustache qui aurait fait honte à Freddy Mercury et des tentatives ratés dans les domaines de la mise en scène, de l’humour, de l’engagement politique et de l’écriture, voilà le lot de solitude qui constitue l’essentiel de « Temps de Femmes ». Ce qui était censé être une œuvre à l’hommage de la splendeur féminine et de ces inégalités qui conduisent à la création de ministères, n’est finalement rien de plus qu’une succession creuse d’inutilités crasses qui au bout du compte vous donnent envie de vous suicider avec une cuillère à soupe.

Bien entendu, cette recette de l’échec annoncé ne va pas sans cette volonté omniprésente de faire participer un public qui n’en demandait pas tant. De longs regards qui mettent mal à l’aise, des insistances désagréables et des LUNETTES EN CARTON.

Mais qui diable fait porter à son public des lunettes en carton ? Personne, je vous le dis. Au  lieu de s’évertuer à écrire des pièces qui, si elles m’avaient été confiées, auraient été torché en l’espace d’une défécation sur le rose d’un carré de papier toilette, que ces auteurs en papier mâché aillent relire un Aristophane que, manifestement, ils n’ont pas compris.

À bon entendeur.

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