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• Lundi 02 janvier 2012 à 18 h 10
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Je suis en train. Pas en train de manger ou en train de repeindre un tractopelle. Non, vraiment en train. Avec de vrais rails et des chemins de fer.

De façon périodique, je prends le train. Pas n’importe quel train, le TER n° 17718 en provenance de Marseille St-Charles et en direction de Lyon Part-Dieu. Bien sûr, seulement que je pars d’Avignon. Quand je pars de Lyon, ça doit en être un autre, va savoir, je suis pas Mme SNCF. Je connais pas tous les trains personnellement.

Toutefois, la dernière fois, un drame s’est produit. Alors que, comme à l’accoutumée, j’étais en retard pour la gare, je me suis égaré dans les dédales de ma conscience, confondant les lettres, les chiffres, les horaires et les couleurs.

13h23 : J’ai mon train à 13h26, je n’ai pas pris mon billet.

13h25 : Comment dire, je crois que c’est ça qu’on appelle l’apocalypse. Plus qu’une minute avant mon train. Je regarde en vitesse les affichages, cherchant frénétiquement comme un colombien en quête de poudreuse le salvateur « Marseille St Charles » clignotant sur le tableau d’affichage. Dans un sursaut de bonheur humide au niveau au niveau de l’entrejambe, je l’aperçois : Voie H. Départ imminent.

13h25 et 32 secondes (car je suis très rapide) : Je suis sur la voie. « Madame, dîtes-moi, vous qui dans votre resplendissante beauté aérienne connait de ce monde tous les mystères enfouis, c’est le train pour Marseille St Charles ? ». Après avoir répondu dans son infinie sagesse et son immense mansuétude « Ouais ouais, c’est ça, mais là je suis pressée quoi alors zut », je rentre.

13h 29 : Départ du train.

13h 31 : « Monsieur, je crois que vous êtes à ma place ». Hm ? Pris de surprise et tétanisé à l’idée de devoir déplacer le bordel qui en deux minutes avait amplement eu le temps de s’éparpiller, composé essentiellement de physique et de mathématiques (car je suis en maths sup, ouais, tu m’as compris !), j’accepte cependant la sentence fatale et me décide à déplacer l’amas de muscles qui constituent mon corps d’athlète (car je suis en maths sup, ouais, tu m’… en fait, oubliez) d’un geste fluide et souple.

13h 33 : L’effort m’a asséché la trachée et un sentiment assoiffé habite désormais l’étroit habitacle des muqueuses de ma gorge. Je demande s’il est possible de se rafraîchir dans ce train, avec toutefois la conscience de l’homme moderne qui vit avec son temps et qui sait bien que dans le TER, l’eau est aussi rare que les A offerts à la Grèce par Standard & Poor’s. Pourtant, alors que je m’apprêtais à me résigner, la larme à l’oeil et la détresse au coeur (et deux e dans l’o que WordPress ne veut pas faire),on me conseille le bar situé à l’extrémité du wagon.

13h 35 : Je paye 4€ ma Vittel et je pleure, rêvant d’avoir une hache/tronçonneuse/moissonneuse-batteuse/kalachnikov/stérilet de Geneviève de Fontenay — rayez la mention inutile.

13 h 36 : Je suis de retour à ma place.

13 h 36 bis : Il y a des TGV magazines sur les tablettes de gens. What the fuck ?!

13 h 38 : « Le TGV n° 53645 en provenance de Marseille St Charles ».

13 h 39 : Ah.

13 h 40 : Putain.

13 h 41 : « Allô Maman ? »

13 h 42 : « Oui bon, ça arrive à tout le monde »

13 h 43 :  » TGV et TER, CA COMMENCE PAREIL ! ».

13 h 48 : Après une conversation agitée me conseillant de ne pas me faire contrôler, le contrôleur passe. « Alors, vous allez rire, mais je crois que je me suis trompé ». « Ah oui, vous êtes trompé. Et là, c’est pas la deuxième classe ».

13 h 49 : Yeah baby, j’me suis fait contrôler dans le mauvais train en première classe.

Bref. Finalement, j’ai payé que 10€ d’amende parce que ma carte bleue est pourrie donc ils acceptent pas et puis le contrôleur était sympa, lui (pas comme vous, bande d’ingrats).

Sinon, là, je suis dans le bon train, et c’est plus long. Je me surprends à rêver d’îlots, d’archipels et de soleil opaque. De sable fin, de gravier chaud, de vagues s’échouant au crépuscule sur les rochers endormis de la rive rafraîchie. Mais rien n’y fait. Seul un TER penché, une oppressante promiscuité qui ne me permet même pas de regarder Brazil, ou Pulp Fiction (prévus spécialement pour l’occasion) à cause de cet oubli idiot de casque. Donc je me coltine avec l’aide inconsciente de mon voisin des épisodes de Dexter en accéléré (car il les regarde en accéléré, oui, en ACCÉLÉRÉ) que j’ai déjà vu.

D’ailleurs, ce final. Mon-Dieu. Terrible. D’ailleurs son « Oh god » est juste génial.

Bref. J’ai pris le train (et là je complexe car il y a des tonnes de mathématiciens qui travaillent alors que moi je vous raconte mes satanés conneries ferroviaires qui n’intéressent personne).