Archive pour ◊ juin, 2011 ◊

• Lundi 27 juin 2011 à 17 h 44
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Tout a commencé avec cet article, publié sur Rue89 et intitulé « Dix ans après, Catherine Millet vous reparle de sexe (et d’amour)« . Dans cet article qui va sans doute faire beaucoup de bruit même si pour le moment c’est tout relatif (il me semble), la brave Catherine s’exprime en ces mots :

Je risque de choquer, mais je ne comprends pas les femmes qui se disent traumatisées, sévèrement traumatisées par un viol.

OH MON DIEU ! Good lord ! Ouïs-je bien, mes sens ne seraient-ils pas entrain de tromper ma pauvre conscience ? Une femme, qui dit qu’en fait le viol, c’est pas non plus si grave que ça en a l’air ? Je me meurs, sur place, transpercé par le couteau de cette affirmation inhumaine. Mais avant tout, demandons-nous qui est Catherine Millet.

Catherine, tout d’abord, est une femme. Elle a publié en 2001 un ouvrage que je n’ai absolument pas lu et que je ne lirai sans doute jamais, à caractère autobiographique et sobrement intitulé « La vie sexuelle de Catherine M.« , dans lequel elle raconte ses expériences sexuelles débridées, le caractère vraiment dérisoire du sexe, en tentant finalement de montrer (il me semble) que tout ceci est amusant, et qu’il faut bien consumer une vie qui se trouve être unique. Bon. Bien. A la limite, on s’en fout. Elle est également critique d’art, apparemment érudite, et elle a dit que le viol, c’était pas traumatisant.

Je crois que je vais encore faire un article pas très drôle, mais on va quand même essayer malgré la gravité du sujet. De toute façon, combien d’entre vous me liront jusqu’au bout, je vous le demande.

Gravité qui en vérité, vous allez très vite le comprendre, n’en est pas vraiment une. En sortant un propos pareil de son contexte, on le prend, brut, comme une phrase à elle seule et évidemment on s’offusque devant une sentence si peu enrobée et si peu politiquement correcte. Je vous incite donc à lire l’article complet qui est d’ailleurs très intéressant. Mais peu importe, essayons de dépasser tout ça, comme il faut également ne pas tomber dans l’absurde en disant que seuls les violeurs et les pédophiles sont contre le rétablissement de la peine de mort pour ces derniers.

Relisons cette phrase.

Je risque de choquer, mais je ne comprends pas les femmes qui se disent traumatisées, sévèrement traumatisées par un viol.

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Categorie : Actualité  | 22 Commentaires
• Jeudi 02 juin 2011 à 13 h 08
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La semaine dernière, j’ai eu l’activité de bourge par excellence : je suis allé au théâtre. Autrement plus subtil que le cinéma, le théâtre réunit beaucoup de personnes qui viennent de divers milieux. Les riches riches côtoient les riches moyens sans la moindre trace d’antipathie pour aller écouter pendant 1h 50 des alexandrins. Ah, le théâtre. Surtout l’Opéra-Théâtre d’Avignon. Démonstration :

L'Opéra-Théâtre : classification par statut social

L'Opéra-Théâtre : classification par statut social

Vu comme ça, on se rend pas vraiment compte quand on y réfléchit. Oui, c’est sympa, ça fait vraiment XVIe arrondissement, y’a du doré partout et c’est super. Regardez un poil mieux, et peut-être que l’image qui suit vous aidera à comprendre.

L'Opera-Théâtre : schéma

L'Opera-Théâtre : schéma

Sur ce schéma rikiki sur cette page (il faut cliquer dessus pour mieux voir), nous nous intéresserons à deux choses. Tout d’abord, la couleur bleu foncé « Visibilité restreinte » — qui indique que dans ces lieux, il y a de la visibilité restreinte, incroyable — et les petits points qu’on peut voir par exemple à la deuxième galerie, sièges 22, 38, 54, 53, 37 et 21. Crois-le ou pas, ces points, ce sont les colonnes (voir figure 1).

Les colonnes. On y pense pas, hein, à ces colonnes ! Dans les films, quand tu les voies à l’Opéra, avec leurs jumelles et tout, tu te dis pas qu’en fait c’est une ignominie ce genre de lieux pour un peu que tu te choppes la colonne. Ils se gardent bien de l’indiquer dans la légende en plus. Donc voilà. Opéra : 1 – Visibilité : 0.

Donc voilà, t’imagines la suite. Je me suis pas pris la colonne.

Ah ah, je t’ai bien eu.

Non, moi j’avais le chandelier.

Opéra : 2 – Visibilité : 0. Preuve à l’appui.

Ma vie, mon oeuvre, mon chandelier

Ma vie, mon oeuvre, mon chandelier

Encore, si les sièges n’étaient pas si éloignés, ça pourrait passer, on se mettrait plus près, accoudé à la rambarde avec un glamour, certes, avoisinant la sensualité d’un kilo de beurre laissé au soleil un 18 Juillet, mais on pourrait voir. Mais là, les sièges sont à un mètre du bord, ce qui fait que tu te retrouves avec le bas de la colonne vertébrale posé au bord du fauteuil, en train d’agoniser. Pendant 1h 50.

Le théâtre, c’est tout un art. Mais ne restons pas sur de telles considérations matérielles qui au final sont bien peu de choses par rapport à la représentation en elle-même.

Bérénice, Racine. Une Bérénice de 54 ans qu’on appelle « Princesse », un Titus à moitié chauve, un Antiochus un peu niais et un décor fabuleux constitué de 6 colonnes et d’un rideau qui s’ouvre un tout petit peu quand on passe d’un acte à l’autre. Allégorie transcendantale du désir. Un jeu ultra-statique, ce qui fait que si pendant un acte ils sont du côté « Chandelier », c’est foutu, vous ne les reverrez qu’à l’acte suivant.

Et une chaleur. Encore un truc qu’on ne nous dit jamais. Mais vu le nombre de places, le théâtre devient vite une serre humaine non-climatisée dont la température monte, monte, monte. Bien sûr, les bourges du bas ont leur éventail en or du XIIe siècle fabriqué à Venise par un ciseleur à l’histoire obscure, mais plus on monte dans les étages, plus les moyens de se faire de l’air se raréfient. De mon côté, j’avais pris mon sac de cours dans lequel il ne restait que mon agenda.

Voilà. Je me suis fats de l’air avec mon agenda. Au théâtre. Pendant Bérénice, de Racine, avec un chandelier en plein milieu.

C’était super <3