Archive pour ◊ mai, 2011 ◊

• Lundi 30 mai 2011 à 21 h 21
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Je sais si vous vous en rendez compte, mais je viens d’enfourcher ma plume pour parler d’un rappeur, chose absolument incongrue s’il en est une. Moi qui dans ma playlist a, avec fierté, les polonaises de Chopin et les impromptus de Schubert, je me découvre une passion pour le rap.

Une passion, c’est beaucoup dire en fait. Une passion pour Orelsan. On en avait parlé il y a quelques mois suite à sa chanson « Sale pute« , dans laquelle il parlait avec une certaine violence d’un adultère subit. Je lui avais déjà apporté mon soutien par principe, puisque je suis pour une liberté d’expression totale, et surtout parce que le texte était drôle et bien pensé. Je ne m’étais par contre pas penché plus que ça sur oeuvre toute entière.

Comme les mots clés sont là et que les détracteurs risquent d’arriver sur cette page, je dis d’emblée : je n’y connais que dalle en rap. Je suis telle une coiffeuse à qui on essaierait d’expliquer la relativité restreinte de M. Einstein (M pour Monsieur, pas pour Michel, décidément). Donc voilà, rien à foutre de ce que ces analphabètes prolétariens en mal d’amour péripatéticien peuvent dire sur l’inculte rappistique que je suis.

Je vais maintenant parler en tant que pseudo littéraire dramaturge-poète-romancier-critique-polémiste-éditorialiste-futur-maître-du-monde. Orelsan, c’est une écriture fabuleuse que l’on n’a plus connu depuis… bah, moi je connaissais pas en fait. Une tonne d’humour qui transpire au travers de textes finement ciselés, une capacité à l’auto-dérision fabuleuse et des punchlines (JE CROIS QUE ÇA S’APPELLE COMME ÇA, OUI) incroyablement géniales qui frappent sur tout le monde, les vieux, les mecs fashions, les femmes, les gays, etc.

Le truc d’Orelsan, c’est qu’il parvient magistralement à être dans son époque.

J’ai vraiment mal au dos. Ceci n’a pas forcément de rapport, mais c’est la catharsis. Peut-être que si je le dis, je me sentirai mieux. En fait non, mais ça valait le coup d’essayer. D’ailleurs, je vais vous faire un article sur le théâtre sous peu. Promis.

Donc, voilà. En accord avec son temps. Ça parle d’MSN, d’Emule, de lol, de Wizz, de Game-Boy (génération un poil rétro, mais sérieusement, faites pas chier). C’est parfois vulgaire mais avec tellement de références qu’on se demanderait presque si c’est pas fait exprès. On soupçonne, sans être sûr, qu’Orelsan est cultivé, ce qui est difficile à admettre pour un rappeur. Parce que je vous l’avoue, dans mon esprit, rappeur = CAP.

Je ne reviendrai jamais sur l’avis que j’ai sur les CAP.

Mais Orelsan. Ah Dieu, que c’est beau. Saint-Valentin m’a fait hurler de rire, les liens faits dans Pour le pire me font jouir, Changement et Peur de l’échec me font sortir les griffes pour m’accrocher au rideau tellement c’est beau. Un homme faible et qui le montre dans ses chansons, c’est juste fabuleux. D’ailleurs, son dernier tube sorti, Raelsan, est génial de ce point de vue. On sort de la merde ambiante des ratés musicaux préfabriqués pour entrer dans le monde d’un artiste qui se pose comme étant génialement génial. Je crois que c’est là en fait que se joue la différence. On sent qu’on a pas à faire à un gros con qui pense que Pétain est une rue de Bourges-les-Olivettes.


J’voudrais apporter quelque chose de positif, comme le depistage de Freddy Mercury <3

Donc voilà, vous savez tout. Moi, Mathieu Guglielmino (et j’ai pas peur de vous le dire), je suis transporté par tant de talent. Ça me fait autant gicler qu’un poème de Baudelaire.

Categorie : Musique  | 10 Commentaires
• Samedi 21 mai 2011 à 20 h 51
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Bonjour à tous et à toutes (oui, mesdames, même vous, car je suis dans un moment de générosité et je pense que la simplicité de la formule « bonjour » conviendra à la bassesse de votre intelligence qui n’est aujourd’hui plus de besoin de remettre en question tant vos fins traits d’idiotie sont flagrants),

Aujourd’hui, chose étrange, j’ai tenu la chandelle au cinéma. Pas la chandelle du couple habitué qui est déjà sur la fin de sa vie, les dernières bougies de la passion s’éteignant et la cire durcie s’étant toute étalée sur le parquet, non, la chandelle du couple tout neuf qui n’existait pas avant l’entrée dans le cinéma.

Alors évidemment, avant, ce genre d’inconvenance est déjà arrivé. Qui ne s’est jamais retrouvé avec un couple au cinéma, toutefois entouré d’autres potes célibataires pour partager de façon équitable le poids de cette chandelle harassante ? Personne. On a tous furtivement entrevu au bout de la rangée un bisou mielleux et plein de bave alors que vous vous contentez, seul, des derniers reliquats de ce pop-corn vraiment dégueulasse qui est plein de bouts de maïs pas éclatés et durs que vous êtes obligés de jeter au loin en toute discrétion. Ces étreintes remplies de mamours vomitifs aux fragrances urinaires, ces mains baladeuses pleines de peaux mortes se posant avec la douceur du nazi découvrant l’anatomie du juif et ces chuchotements qui ne s’arrêteront jamais alors que BORDEL c’est un moment vachement important du film ils vont tout rater !

Mais alors ces chuchotements, c’est un truc affreux. Surtout quand vous êtes seul, dans une salle comble, assis à côté d’un vieux qui arrête pas de soupirer. Vous vous retrouvez alors douloureusement comprimé entre le 3e âge et cette boudinasserie soit-disant érotique entrain de se faire nettoyer la luette au kärcher lingual.

N’est-ce pas incroyable ? Alors que vous essayez de vous concentrer sur cette scène vraiment pas facile à comprendre et de peur de rater une autre blague extraordinaire comme « J’approuve la position du missionnaire », la vision d’à côté vous obnubile comme si vous visualisiez un ébat reproductif entre Jude Law et Robert Downey Jr.

Parce que bon dieu, vous n’avez pas eu de relation incluant un tralala et un pilou-pilou depuis des siècles (je ne parle pas de moi, mais j’adresse bien sûr cette  phrase à tous les frigides sexuels qui me lisent par centaines de milliers, et big kiss à ma prof de philo), et par conséquent, quand Sparrow sort la bouteille de la gueule du canon, vous trouvez ça sexy. Alors imaginez un peu l’érotisme de la bande son d’un débouchage d’évier en prime-time live exclusivity of the World.

Tout ça pour finalement dire quoi ? Rien, sinon bien faire chier la nana engagée dans des relations bucco-dentaires et qui m’a diantre empêché de me concentrer de toutes mes forces sur ce chef du 7e art qu’est Pirates des Caraïbes.

Voilà. Passez une bonne soirée.

• Vendredi 13 mai 2011 à 23 h 02
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Nous marchions sur les rives de la promenade, tranquillement agrippés la main dans la main, savourant par ailleurs les souffles délicats qui roucoulaient sur les toits rougeâtres de la ville, comme tous les hivers – cela va sans dire que celui que nous étions en train de vivre était de loin le plus froid que la cité n’ait jamais connu, et ce même en considérant le blizzard qui avait détruit pas mal d’installations il y a quelques années, alors que nous ne nous connaissions pas encore (cela est venu quelques mois plus tard, un jour de printemps, parce que c’était elle et parce que c’était moi, au bord de cette même promenade par ailleurs, maintenant que vous en parlez, je ne m’en souvenais plus mais oui, je peux à présent revoir les canards qui marchaient clopin-clopant sur les pelouses du parc pour s’en aller ramer avec leurs pattes rapides sur l’eau frétillante sous les hennissements d’un ciel pourtant serein, sentir les épaisses gouttes de soleil glisser le long de mes narines jusqu’au fond de ma gorge et gratter ma luette avec la délicatesse d’une gourmandise caramélisée, entendre avec clarté les tintements sourds du clocher qui indiquait 17h dans les palais lumineux), mais tout cela était bien loin des mornes décès hivernaux du moments qui frappaient la région, pendant que la neige silencieuse tombait au sol et explosait dans un craquement alors qu’un soulier venait s’y poser avec la tendresse de l’homme effrayé, comme toutes les neiges par ailleurs qui ne peuvent s’empêcher de craquer sous les pas, de façon similaire au sable quand on y pense, le sable des plages azurées, fin et légèrement collant, l’été dernier, quand nous avons pris quelques jours de vacances pour nous rendre dans les villes bourgeoises de la Côte et savourer un soir ou deux les glaces fraiches des champs toujours illuminés par la lueur tamisée d’un lampadaire usé par le temps et le froid des hivers qui chaque année viennent frapper à nouveau d’une massue languissante les cheminées enflammées et les chaussettes épaisses qui doivent alors protéger des morsures grinçantes de la nuit, comme j’aurais dû moi-même la protéger avant qu’elle ne disparaisse en un souffle, emportée par le mistral vrombissant qui faisait vibrer la toiture, et je savais que je pourrais la sentir à mes côtés autant que je le voudrais, cela ne la ferait pas revenir, et le fait d’y penser m’y ramenait toujours, et toujours je sentais sa main agrippée, les phalanges blanchies, s’évanouir au creux de ma paume, tant bien même j’aurais essayé de la retenir, de m’agripper de mes violences aux volutes de ses robes, cela n’aurait au final rien changé, et comme de l’eau dans une passoire elle se serait effilée, et comme du sable dans un sablier elle se serait écoulée avec lenteur, perdant de sa superbe avant de se retrouver aspirée par le décor de fond, noyée dans sa propre pâleur translucide, le sourire s’estompant avec les courbes voluptueuses de ses genoux auxquels j’aurais voulu offrir encore quelques temps la pulpe douce de mes lèvres, et j’aurais dû, malgré les vents et les pluies, et les intenses cyclones qui auraient pu venir ravager les façades ternes, j’aurais dû la tenir plus fort, user jusqu’aux dernières forces de mon souffle pour ne pas la voir tomber dans cet immense puits sans fond aux braises calcinées, sentir pleurer mes muscles jusqu’aux fatales déchirures qui auraient légitimement arrachées de mes yeux des larmes cristallines, mais j’aurais tout fait et tout offert, et je n’aurais plus eu à m’endormir le soir dans les tristes draps de mon grand lit froid en versant ces mêmes larmes qui avec elles emportent en plus les douleurs vives du regret de n’avoir pas tout fait, cette conscience violente de l’échec et de l’impossibilité du recommencement alors que mon monde s’écroule tandis que les chicots rouillés des marins continuent à s’agiter, sur les ponts humides, aux détours d’un bon mot ou d’une anecdote, et que les fleurs ne cessent même pas de fleurir pour honorer comme il se doit le départ de tout ce qui faisait mon souffle et mon âme et ma vie et mon corps, et mon cœur, dirons-nous, affirmons peut-être ici (sinon jamais) les écoulements liquides qui en ont pu s’échapper sans un bruit pendant que ma main essayait en vain d’en sentir le battement pour me convaincre de cette humanité qui fait les diamants de l’existence, tout ça pour savoir que je n’étais pas rien, mais il me faudra arrêter, car moi-même je disparais et deviens translucide, la promenade de chaque jour devient trop vive pour ma rétine frêle, et je sens bien qu’il me faut disparaître avant la nuit tombée, rejoindre des lieux qui ne m’appartiennent pas mais dans lesquels je serai libre de m’abstenir de toutes ces volatiles considérations qui font les pleurs et les souffrances de tout un chacun,  ce sommeil de plomb, lourd et épais, qui pour l’éternité me permettra de ne plus jamais penser à celle que j’ai aimé plus que tout et qui s’est éteinte en même temps que les effets étranges qui faisaient que j’étais moi-même.

• Lundi 02 mai 2011 à 21 h 48
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Je compte lancer le journal du lycée (oui, en mai, ta gueule), parce que je me suis rendu compte que je ne l’avais pas encore fait moi-même et qu’il fallait bien répondre à mes besoins mégalomaniaques de reconnaissance. Mais le problème qui se pose, outre la rédaction des articles, c’est le financement de l’imprimeur. Parce qu’un truc artisanal, bonjour la mégalomanie.

Tu me comprends. Donc, direction le proviseur, où une discussion très intéressante a eu lieu.

- Bonjour
- Bonjour
- On voudrait lancer un journal du lycée, une sorte d’édition zéro test pour les générations futures, prendre le pouls de l’opinion publique. Et on a besoin de financement.
- Un journal du lycée ? Et vous voulez combien de pages ? 1 ? 2 ?

Voilà. Non mais franchement.

- Voilà, à ça près, ça fera 32, mais ne pinaillons pas, vraiment.
- Ola, mais c’est un gros journal ! Y’a pas beaucoup de journaux qui font 32 pages !

Closer : 103 pages. Mais ça reste Closer, donc bon.

- Oui, en 1 page ou 2, on peut étonnamment pas dire grand chose, ça limite le propos je trouve.
- Il y a des articles très courts et très biens. C’est pas la quantité qui compte, c’est la qualité.
- Oui, voilà, vous avez raison, une page c’est très bien, mais là on en veut 32. Sinon, il nous faut du financement. Parce qu’on a vu l’imprimeur, il nous facture les 300 exemplaires à 1113€.
- 300 exemplaires, ça fait beaucoup quand même !
- Il faut bien compter ça.
- Oui, en plus y’a les lycéens professionnels qui comptent aussi.
- Oui, les lycées professionnels vont probablement nous lire par centaines de milliards.
- Sinon, c’est bien beau tout ça, mais vous avez l’accord du proviseur ?

Lui, c’est le proviseur adjoint. Le sous-fifre en fait.

- Non, pas besoin.
- Ah mais si, toute publication dans le lycée doit avoir l’aval du proviseur. C’est comme ça, et surtout pour un journal du lycée. Il est juridiquement responsable.
- Je voudrais pas vous contredire, mais selon la circulaire n° 02-026, ce n’est pas le cas, et on a certainement pas besoin de son autorisation.
- Vous devriez relire vos papiers, monsieur
- Et vous donc. Mais ce n’est pas le problème. On avisera plus tard, là, il nous faut des fonds.
- Oui, le financement. On peut rassembler le CVL en réunion extraordinaire.

Cette expression, « réunion extraordinaire », m’a toujours fait bander. Va savoir pourquoi.

- Je band… je PENSE, excusez-moi, que ça peut être une bonne idée. On a personnellement réuni aux alentours de 200€ en démarchant les commerçants pour de la pub. Il faudrait aussi qu’on voit comment les encaisser, l’ordre, tout ça.
- Ah, mais s’ils payent la pub, ça paye l’imprimeur !
- 1113€ ≠ 200€. C’est pas moi qui le dit, c’est les maths.
En gros, ça c’était le matin.

Mais ça continue, l’après midi, le retour (aux alentours de 16h, alors que j’étais en cours de philo normalement)

- Bonjour
- Bonjour
- Effectivement, vous aviez raison. Vous avez pas besoin de l’autorisation du proviseur, mais il peut retirer un article par sa géniale censure, c’est donc mieux de lui montrer d’abord et d’avoir son autorisation. En plus, il faut pas que ce soit diffamant, injurieux, raciste… Et faut pas que ça crée de désordre dans l’établissement, c’est les règles du journalisme.
- Oui, le Watergate, ça a pas du tout créé de désordre. J’avais oublié.
- Oui, mais le Watergate, on a encensé les journalistes responsables, mais Richard Nixon a dû démissionner ! Alors qu’il était un des plus grands présidents des Etats-Unis, tout le monde est d’accord. C’est un peu sévère comme sanction.
- Je vous demande pardon ?
- Oui.
- C’est cela, Richard Nixon le plus grand président de tous les temps. Soyons sérieux s’il vous plait. Sinon, c’est quoi injurieux pour vous ?
- Bah…
- Vous connaissez Charles Bukowski ?
- Oui, quand même.
- Non, mais on sait jamais… C’est injurieux ?
- C’est subjectif.
- Mais encore ?
- Ses propos (hop, là j’ai décroché, je lui parlais de ses livres, mais bon, sans doute trop ardus pour un vice proviseur). Vous, vous devriez éviter.
- Enfin, le but du journalisme, c’est quand même de provoquer le débat, de susciter l’attention et la discussion.
- On peut susciter le débat, mais il faut faire attention, c’est là tout le talent du journaliste.
- De toute façon, c’est pas injurieux, c’est neutre politiquement et pas diffamant.
- Alors ça va. Mais montrez le au proviseur. Pour qu’il vous dise si vous pouvez.

Voilà, maintenant, on va essayer de faire accepter au proviseur des réalités estudiantines comme « bite » et « coït ». Je sais pas pourquoi, j’ai l’impression que le journalisme est mort.