J’ai fait cette nuit un rêve étrange et pénétrant. Exactement : étrange et pénétrant.
J’étais coincé dans un casino en ligne. Alors ne me demandez pas d’où je sors cette idée, c’est très simple. Voilà déjà des jours éternellement étirés que je cherche comment écrire un article drôle, engagé, violent, avec du sexe et des morceaux d’amour dedans, lyrique et poignant et qui caserait, entre autre, les mots « casino en ligne », pour la simple et bonne raison que j’adore les casinos (surtout quand ils sont en ligne, d’ailleurs).
Si bien que je suis tombé dans une violente psychose névrotique. J’ai tué trois personnes en essayant de leur soutirer leurs idées, dont une qui m’a confessé vouloir se découvrir des pouvoirs de super-héros et une autre qui avait l’ardent désir de quitter son statut de prolétaire affiché pour devenir péripatéticienne de luxe dans les quartiers branchés de la capitale. J’ai torturé femmes, enfants, nègres (ceux de PPDA notamment) et adolescents semi-pubères à coups de porte dans le petit orteil. Mais rien. Rien rien rien. Personne ne savait comment résoudre ce problème insoluble.
Et finalement, me voilà bouffé par la haine et l’inévitable folie psychédélique de mon être machiavélique et destructeur. J’aurais pu me trainer dans mon vomi et mes glaires sous les ponts obscurs de San Francisco ou de Saint-Yrieix-la-Perche, dans le limousin, que ce n’aurait pas été différent.
Je vous ai déjà parlé de Saint-Yrieix-la-Perche, dans le Limousin ? Non ? Diantre. Petite ville pittoresque au centre d’une région d’élevage, c’est à ses foires que la cité doit une part importante de son activité. Toutefois, ne déconsidérons pas son imprimerie employant jusqu’à 470 personnes et ses entreprises de fabrication de porcelaine. N’est-ce pas formidable ?
Mais comment, comment parler de Saint-Yrieix-la-Perche, et je m’étonne que vous ne m’ayez pas encore interrompu pour me le demander, oui, comment parler de Yrieix-la-Perche sans évoquer son histoire passionnante, qui débute en 510, avec la naissance du légendaire (oui, tenez-vous bien) Arède d’Atane, je vous le donne dans le mille ! Evidemment, vous le savez, mais c’est lui qui fonda le monastère très célèbre qui se transforma en collège de chanoines en 1044 avant Christine Boutin. N’est pas fantastique ?
Mais peu importe. Cette nuit, avachi sur un banc froid car n’ayant depuis plus de raison de vivre, j’ai fait ce rêve où j’étais coincé dans un casino en ligne. Où étaient mes deux sacoches d’herbe, mes soixante-quinze pastilles de mescaline, mes cinq feuilles d’acide-buvard carabiné, ma demi-salière de cocaïne, et ma galaxie complète et multicolore de remontants, tranquillisants, hurlants et désopilants que j’avais l’habitude de prendre quand j’allais au casino ? Sans téquila, sans rhum, et sans ampoules de nitrite d’amyle, la fête serait beaucoup moins drôle.
Penaud, je me suis donc rendu à la roulette russe, avec l’espoir de me faire un peu de fric pour subvenir à mes besoins et nourrir mes six gosses. Mais ces cons avaient perdu la boule, on a dû jouer avec l’œil de verre de Madame qui rentrait difficilement dans le flingue.
Quand je me suis rendu compte que personne n’avait de chaussettes, j’ai compris que cette soirée serait dramatique. J’ai bien essayé de m’enfuir sur le sol qui faisait xylophone, mais les machines à sous me barraient le passage ! Puis je me suis réveillé, en sueur, avec l’idée de génie me permettant d’inclure mes mots très discrètement. Mesdames, messieurs, bonsoir !



