J’ai besoin de me confier loin de la moite intimité gastrique. Sans savoir pourquoi, les lamentations solitaires ont moins d’effets, elles glissent comme des épées dans l’eau, sans qu’aucune des beautés accouchant de ma bouche ne viennent s’accrocher à une quelconque oreille. Ce serait comme effeuiller des marguerites sans en compter les pétales, ou contempler des grâces sans jamais oser les embrasser.
Il faut donc lancer la confession comme un cri, ce long frisson qui fait naître les mots les plus travestis et les images les plus colorées. Parler à l’auditoire de la pâleur du privé, et l’exprimer comme si l’on était seul.
Je ne sais pas par où commencer. Peut-être par nos débuts. Ce fut un éclair peut-être si vif que je n’arrive pas à m’en souvenir, une simple foudre qui fait s’évaporer les vins et les champagnes. Puis nous sommes devenus amis. Et, inéluctablement, les parois de mon coeur se sont mises à fondre et ont laissé leur givre rafraîchir mes angoisses. Les palais d’argent et les diamant aiguisés ont commencé à fondre, et dans des torrents de boue ils ont dévalé les collines de mes sentiments dissimulés. Les donjons ont explosé, les chapelles se sont écroulées, et les flèches se sont brisées, les chars étouffés et les violences éteintes.
Ne subsista alors plus que la douceur et la flamme douce qui peut parfois brûler dans les enclaves les plus heureuses. Sans vraiment s’avoir de quoi il s’agissait, son seul nom agitait bien souvent les roseaux de ma perception, et sa présence devint vite l’ancre de mon regard. Il me suffisait de m’ouvrir, près de lui, pour que les mots coulent de ma gorge, pour que les confessions se fassent plus simples et la confiance plus naturelle. Il y avait quelque part, loin des beautés du corps, cet éclat qui vous pousse à avoir confiance et à vous accrocher, juste un peu.





