Archive pour ◊ janvier, 2011 ◊

• Lundi 24 janvier 2011 à 22 h 50
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J’ai vu que vous étiez seul, assis au comptoir, accompagné semblait-il par la seule présence de votre cigarette enfumée. Je n’ai plus de cigarettes, je n’ai plus pensé à en racheter avec la mort de papa. Cela vous dérangerait-il de m’en dépanner une ? Merci beaucoup. Ah, il est indéniable que cette douce épaisseur a des effets indispensables à la vie d’un artiste. N’êtes-vous pas d’accord ? Oui, en effet, je suis artiste. Du moins, je tente de l’être, comment pourrais-je en être sûr ? Du moins, je savoure mes cigarettes autant que je jubile durant le sexe. Mais je me confie peut-être un peu trop, pour un étranger. Serveur, mettez-nous donc deux whiskys.

Vous aimez le whisky j’espère, je ne vous ai pas demandé ? Bien. Les bonnes gens aiment toujours le whisky. Vous pensez, avec une cigarette, vous avez à la fois les mains et la bouche occupées. Que demander de plus pour s’abstenir de réfléchir ? Vous aimez réfléchir ? C’est bien dommage, les gens qui pensent sont souvent ceux qui comprennent le moins bien. Cela me semble évident, mais je me rends bien compte à votre air perplexe que vous n’êtes pas convaincu. Prenez donc un exemple simple, celui d’un Dieu qui saurait tout, et qui ainsi comprendrait tout. Ne trouverez-vous pas sa situation déplorable, tant ses divagations seraient prévisibles ? Et au final, de tout ce qu’il sait il en aura ôté les surprises. Et comment mieux apprécier la vie qu’avec ses surprises ?

Je suis d’accord. Il y a de bonnes et de mauvaises surprises. La mort de papa en était une mauvaise, je crois. Il est mort hier. Mais ne soyez pas gêné, il n’était pas grand-chose pour moi. Voyez ce grain de poussière ? Je balaye. C’était papa. Ne soyez pas choqué, cette relation était bien réciproque. Ah, ne parlons plus de choses désagréables. Buvez donc votre boisson, comme je bois la mienne. Que ce liquide s’écoule vite, et la braise tombe rapidement. J’ai l’impression que je viens de l’allumer. C’est dommage, en entendant cette extrémité crépiter pour la première fois, j’avais l’impression d’être autre chose, peut-être quelque chose de différent, assis dans un petit café agréable, tamisé, en charmante compagnie. Mais maintenant que je l’ai finie, je me rends bien compte que ce café est crasseux, que les chaises sont sales et les bouteilles poussiéreuses. Regardez comme le barman a l’air triste ! Pourquoi sommes-nous donc ici ? Je l’ignore, je pensais qu’il serait bien de venir un peu plus loin de là où je vais d’habitude.  Le petit moulin de cette rue m’attire, je ne sais pas pourquoi, je connais des moulins à eau, mais ces algues vertes accrochées aux pales me fascinent. Le remous permanent auquel on finit par s’habituer, son parcours concentrique, tout cela déclenche en moi des folies de liberté qui me font monter aussi haut qu’un empereur romain !

Que cela est absurde, vous allez me prendre pour un fou. S’il vous plait, ne le faites pas, même si je sais que tous les gens bien le sont. Vous semblez encore une fois perplexe. Mais la folie permet d’échapper. A quoi ? Je l’ignore. Pourquoi le saurais-je, enfin ? Un fou ne sait pas à quoi il échappe, il sait juste qu’il y échappe, et il s’en contente. Je m’en contente. Mais je ne suis pas un fou à proprement parler. J’aime me convaincre que je suis fou sans que les autres, eux, n’en soient vraiment convaincus. Ceci me permet, entre autre, de justifier (justement, me direz-vous) mes petites folies. Qu’il est bon de claquer une porte qu’on aurait pu laisser ouverte, briser un verre qu’on aurait pu ranger, cueillir une fleur qui aurait pu faner.

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• Vendredi 14 janvier 2011 à 21 h 10
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Cet article parlera de cigarettes, pas d’amour. Je peux sentir votre déception, mais je m’en moque. Vous voulez de l’amour, allez voir Sandra Bullock. L’amour, ça n’existe pas.

La cigarette, oui. Mais je ne fume pas, évidemment. Non, le jeune garçon sage que je suis ne laisserait jamais l’infâme filtre d’une cigarette toucher ses lèvres de façon plus rapprochée que le seul plaisir exceptionnel que cela doit être. Du moins laissez-moi y croire.

J’ai donc essayé la cigarette il y a pas très longtemps, quelques semaines peut-être, ayant hérité d’un paquet n’ayant plus de propriétaires. J’ai donc, en l’espace de quelques jours, fini le paquet. Le premier paquet, celui qui arrive alors que tu n’as pas l’habitude, qui te fait un peu tourner la tête et te rend euphorique, parce que tu sais que c’est interdit et que tu aimes l’interdit, parce que tu es un peu con. Du coup, ce premier paquet, tu le fumes devant ton ordi, te prenant pour un artiste qui écrit du cul et de la violence, parce que l’art c’est l’immoralisme. Oui, tu connais un peu Flaubert.

Donc tu dégustes, tu revis, tu as l’impression d’enfin exister, d’avoir la classe avec ta clope fumante, de laisser les volutes de fumée s’incruster dans les tissus histoire que ça pue bien le tabac froid. Et tu essaies de faire le maximum de trucs avant que la vibration de dernière inhalation ne s’en aille et qu’il faille en griller une autre.

Ainsi, pendant le premier paquet, tout va bien, tu as l’impression qu’il va te durer une éternité, que de toute façon, JAMAIS tu n’en achèteras, parce que tu ne fumes pas, bien évidemment. Et pourtant, fatalement, arrive la dernière cigarette.

Celle que tu préserves, dans un coffre fort à la banque, souviens toi, ou alors dans un coin parce que tu es trop fatigué pour sortir (depuis que tu fumes, un voile s’est posé à la surface de ton diaphragme, si tu cours, tu meurs). Et toujours inévitablement, un truc va te stresser, et comme tu connais beaucoup de gens qui te disent « La cigarette ? Ouais, grave, t’es trop détendu après », tu la fumes.

Et c’est là que c’est rigolo. T’es décidé à pas l’acheter ce putain de paquet, parce que tu imagines le nombre de carambars que tu pourrais t’acheter avec 5€ 90, et que ça te fait tourner la tête. Donc tu grattes. Tu vas dans la rue, t’observes les gens. Et tu te rends compte que nom de Zeus Marty, le nombre de personnes qui fument ! Tout le monde semble avoir une cigarette à la main, et ils marchent droit.

Moi, j’ai une cigarette à la main, je marche, je titube. Bref, observation cruelle de tous ces gens, tu oses pas les aborder parce que ça fait crevard de demander une clope à des gens qui fument déjà, ça les met au pied du mur, très désagréable comme sensation. Donc tu analyses. Lui, il a les dents jaunes mais du marron sur les doigts, c’est donc un fumeur de roulés (ou un scatophile qui fume des Marlboro, mais cela ne nous regarde pas), elle, elle a une affreuse tête de droguée, si je l’accoste, elle va me vomir dessus, lui il est au téléphone, je demande pas, elle, elle est en galère avec ses deux mioches qui courent et sa poussette donc je vais pas la déranger. Et au final, tu te retrouves que tu demandes à des gentilles dames avec les cheveux bouclés qui te disent « Désolé, je fume pas. Et vous devriez en faire autant ».

Mais je fume pas, connasse, c’est exceptionnel ! Et c’est pas parce que depuis que j’ai pas fumé je suis parano, qu’on peut tout de suite me qualifier d’addict. Sous-merde celle-là.

Mais bon, il y en a toujours qui t’en fileront. Le grand baraqué des banlieues qui te fais « Ouais, bien sûr » avec sa grosse voix, la petite dame qui te dit « — Mais c’est des cigarettes de filles — C’EST PAS GRAVE, FILE ! », et tu te retrouves avec une cigarette toute fine qui fait que tout le monde dans la rue te regarde. En plus, les premières, t’as l’impression de faire un truc obscène.

De la sorte, après avoir gratté à tout le monde des jours durant, me prenant des vents ou n’osant pas, pour me retrouver finalement seul, chez moi, sans plus personne sinon la pâleur de mon âme évanouie dans les méandres du labyrinthe de ma vie, j’imagine une cigarette dans ma bouche. J’imagine l’amitié de cette cigarette, sa capacité de me réconforter. Celle qui redonne l’inspiration quand l’écriture et au point mort, à ce qu’elle pourrait te procurer alors que tu n’es plus rien.

Tu sors, en courant, dans le froid. Tu achètes un paquet.

Mais tu ne fumes pas. Tu ne fumeras jamais.

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