J’oserai, peut-être un jour. Je prendrai mes mains trop souvent apposées sur les parquets de l’angoisse, pour m’envoler sous les voluptés nuageuses de l’audace. J’oserai, peut-être un jour.
Peut-être un jour, demain sans doute, j’oserai récupérer les mèches de rêves tombées de mon cuir chevelu, je les récupérerai et les accrocherai dans les épines de tes cheveux. Et mes rêves deviendront les tiens, et enfin ils t’appartiendront. Et aussi sûrement qu’il flotteront sous ton encolure équine, ils glisseront sur la douceur de ta peau tandis que mes ongles, peut-être un jour, effleureront les veines de ton cou.
Un jour j’oserai te dire que j’ai seulement envie de souiller la blancheur de mes dents avec les rougeurs de ta gorge, que je voudrais tirer jusqu’à moi ce qui fait que tu es toi, jusqu’à ne plus laisser de place pour être moi-même. Je m’oublierai, j’oserai te le dire de mes quelques mots bafoués, je te le confesserai, la paume devant les lèvres pour retenir la douce lumière qui, comme des perles azurées, s’échappe en une vibration et éclaire les ténèbres que j’aurais voulu garder un peu plus longtemps.
J’oserai retenir au matin les langueurs de la nuit pour ne plus jamais échapper à la beauté des traits qui peuplent souvent les sentiers de ma rêverie. J’oserai soudain arrêter de pleuvoir, et j’accrocherai à ta peau l’ancre de mon regard, l’encre de mes mots et les maux, ceux de t’avoir trop souvent pensé, oseront rester muets aux ouvroirs de nos délicatesses qui sauront s’emmêler.
J’oserai ne plus jamais dessiner le galbe de tes hanches pour ne plus jamais ternir de mes traits la courbe de ton corps. Je cesserai de m’allonger dans la boue et dans le sang sec, j’arrêterai soudain de me sentir aplati sous la rigidité de la terre. Et nous parlerons, sans marcher, sans même partir loin de ce qui nous a vu naître. J’oserai rester là, assis, rapprocher de ton genou la courbure de mon index, peut-être t’effleurer. Et j’oserai pencher mon corps, je lui dirai « Marche ! », sans même qu’il ne fut debout, et il marchera sans que le sol ne se mette à trembler. Et mon bras se déplacera un peu, il descendra sur ta joue ou sur ton mollet, sans que tu ne réagisses, sur les délices du lobe de tes oreilles, et la protubérance de ma pomme viendra se poser, galante, effarouchée, sur les raideurs de ton deltoïde.
Et un jour, j’oserai arracher à la commissure de tes lèvres le coquelicot de ta bouche, et tu te laisseras souiller, ivre, comme le serait ma voile battante aux zéphyrs.
Et un jour, demain peut-être, tu oseras te laisser faire.





