Il se trouve que je vous avais déjà envoyé dans la tête mon aversion pour le matin, que ce soit un lundi ou pas. Même le dimanche je suis dans les vapes, c’est pour vous dire hein, je ne me ferai jamais à l’oppressante obligation inhérente à la condition de tout être, celle qui vous compresse sous le poids horrifiant d’une obscurité écrasant vos reins balafrés au-dessus des ressorts aiguisés d’un sommier fatigué par ces nuits agités aux cauchemars diluviens.
Mais j’ai l’impression de m’écarter du sujet, qui était le matin (rappelons-le) avant mes divagations schizophrènes (mais nous allons mieux). Bien. En temps normal, pour un matin ordinaire, je me lève, je te bouscule, tu ne te réveilles pas, comme d’habitude. Et comme t’as les cheveux gras, je passe quand même pas ma main dans tes cheveux.
En admettant que je me lève à 7h10, car je suis quand même une grosse feignasse (avouons-le), je prends 10 minutes pour boire mon café tout en sachant que si je dépasse ce temps, ça sera retranché du brossage de dents.
Au bout de tergiversations matinales plutôt épuisantes, il va sans dire que je retourne me coucher. Ou du moins, j’aimerais bien. Mais c’est là, après la dernière gorgée de café, qu’il faut aller s’habiller.
S’habiller le matin. Sérieux, dénoncez-vous. Tu mets ton pull de la veille, t’as une chaussette qui tombe d’une des manches parce-que, parce-que bon (d’ailleurs, il faudra que je change de machine à laver, l’actuelle à la fâcheuse manie de séparer les couples), de temps à autres t’as même un caleçon sale qui vient avec. Enfin, le gros truc bizarre qui te fait rire comme un vrai porc, parce-qu’à 7h30, on a dix minutes pour finir de se préparer et un sens de l’humour carrément altéré.
Je fais une ellipse sur la galère pour s’habiller, surtout pour les hommes (normaux, parce-que y’a les autres aussi…). Parce que la FEMME, elle, elle a ses habits repassés, pliés, posés sur l’étagère prévue à cet usage depuis le soir même, c’est presque si elle a pas un planning vestimentaire. Le mâle, lui, après s’être battu contre un cintre, s’empare d’une chemise (pas repassée, parce-que c’est super chiant à faire) et d’un pantalon. Pas assortis.
Le pantalon qui n’a pas encore l’ourlet. Le pantalon trop long, avec les grandes poches. Le pantalon neuf. La phobie du matin. Il est 7h35, vous partez habituellement à moins le quart, vous voulez mettre ce pantalon. Vous vous dites tant pis pour les dents, il vous reste des chewing-gum à la chlorophile ; vous tentez de faire l’ourlet. Tout d’abord, parce-que vous êtes pressé, vous cherchez une agrafeuse, qui est la machine à ourlet par excellence. Vous en avez pas, et là survint le drame : vous sortez le scotch.
C’est le matin, il est 7h42, et vous avez sorti du scotch pour faire l’ourlet. DU SCOTCH POUR FAIRE UN OURLET ! Le scotch ne marche pas dans la conception des ourlets, sachez-le, ou alors faut avoir une putain de technique. Le scotch ne tient pas sur le tissu, ça remonte, ça se colle sur les doigts et on se retrouve à devoir attendre que quelqu’un vienne nous délivrer.
Tout les matins, on part avec ce con d’ourlet naturel, l’ourlet qui angoisse, qui se défait toujours. Mais on a toujours nos chewing-gums, dédramatisons.

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