Nous sommes Samedi soir. Il est donc normal que j’écrive un article sur les bonheurs et les sommets extatiques atteints chaque lundi matin depuis les trois lustres printaniers que j’ai pu passé depuis ma naissance. C’était un jeudi, il pleuvait, je m’en souviens, le vent glacial soufflait dehors.
Le lundi matin. Je vais un peu prendre sa défense, le voir critiqué et lacéré par des paroles virulentes aux premières lueurs matinales d’un week-end révolu me donne un peu la nausée. Le pauvre n’a jamais rien demandé, il n’est pas raciste, homophobe, paraplégique et n’appartient pas à la gente féminine. Et surtout, il n’est pas militaire, parce-que bon. Aucune tare donc. Pourtant…
Car le lundi matin, je me sens pas pire qu’un mardi, mercredi, jeudi voire vendredi ou samedi matin (sans parler du dimanche matin, parce-que hein). Chaque jour, je me lève, je me cogne le petit orteil qui n’existe que pour se cogner dans une putain de porte qui n’existe que pour le petit orteil se cogne dedans. CQFD. Le lundi matin, je me prends le mur que j’évite le mardi matin, le mardi matin, je renverse mon café sur mon pyjama que je préserve avec brio le mercredi matin, le mercredi matin je me trompe de trou pour passer ma tête dans mon pull (genre ça vous ait jamais arrivé) et je met deux chaussettes différentes que je met au sale le jeudi matin, le jeudi matin je sais même plus ce que je fais, je suis fou, me demande le sens de la vie et je suis obligé de récupérer un truc que j’avais mis au sale parce-que j’ai plus rien de propre (pas les chaussettes du mercredi non plus) (genre ça vous ait jamais arrivé ça aussi, on y croit).
Tous les matins ont la même saveur amère de celui qui est seul, la même dureté brisante, éprouvante, épuisante, éreintante, esquintante, excédante, exténuante, fatigante, lassante, harassante (J’ai un très bon dictionnaire des synonymes, je remercierai mon libraire à l’occasion). Le même matin au vitriol acide d’une rengaine éternelle, la même terreur angoissante du soleil qui apparait aplani à l’horizon.
Tous ces matins durant lesquels on passe dix minutes à tenter de régler la température de l’eau en dosant le chaud et le froid de la douche (et le débit pour les plus téméraires, la plupart mette le chaud au maximum et règle le froid, mais soyons maniaques), on se trompe encore de plaque pour faire chauffer le café de la veille. Tous ces matins aux lustres éblouissants qui vous crèvent la rétine, et pour peu que vous ayez oublié de changer l’heure de réveil lors du changement d’horaire, vous êtes mort.
Que le lundi matin repose en paix car il n’est pas seul : existe-il un jour sans qu’on ne tire notre chaude couverture pour ne pas avoir à glisser une nuque nue dans l’air frais d’un hiver rude ? Chaque jour, il y a cette heure qui me fait aspirer à mieux, qui m’offre l’espoir d’une vie ou je commencerai à 10h30.
Et tous les jours, ça recommence…










